Parasite: à la hauteur de sa réputation

C’est avec, dans ses valises, la Palme d’or du dernier festival de Cannes et le Golden Globe du meilleur film «étranger» que Parasite débarque en Acadie. Et croyez-moi, ce film coréen qui déborde d’humour noir est à la hauteur de sa réputation.

À l’image de la très grande majorité des films non nord-américains, Parasite a bénéficié d’une distribution occidentale quelque peu erratique.

Lancé en Corée du Sud au printemps, ce n’est qu’à la mi-octobre qu’il a commencé à être présenté sur les écrans du Canada et des États-Unis.

Et encore là, il s’agissait d’un lancement nord-américain très ciblé puisque le film n’avait alors été diffusé que dans… trois salles.

La distribution de Parasite s’est lentement élargie par la suite, l’oeuvre étant projetée sur 600 écrans (ce qui représente moins de 1,5% de toutes les salles nord-américaines) à la fin novembre.

La récente conquête d’un Golden Globe et une possible nomination à l’Oscar du meilleur film font en sorte que plusieurs cinémas risquent de présenter l’oeuvre du vétéran cinéaste Bong Joon-ho (Snowpiercer, Mother, The Host) au cours des prochaines semaines.

C’est notamment le cas à Caraquet, où la version française de l’oeuvre est à l’affiche cette semaine.

Constat: Parasite est un film qui déborde d’un délicieux humour noir et dont la critique sociale sur la distribution de la richesse est universelle.

Des arnaqueurs

Les quatre membres de la famille Kim ne roulent pas sur l’or. Ils vivent dans un taudis d’une grande ville anonyme (qui pourrait être Séoul) et gagnent leur vie en multipliant les arnaques et les petits boulots.

Un jour, le garçon adulte de la famille se fait offrir de remplacer un ami à titre de professeur d’anglais privé de l’adolescente d’une riche famille.

À l’aide de tractations inspirées, le garçon parvient ensuite à faire embaucher sa soeur comme professeur d’arts pour l’autre enfant de la même famille.

Par le biais d’autres manipulations et mensonges, ce sera au tour du père de se retrouver à l’emploi de la famille (comme chauffeur), puis de la mère (à titre de gouvernante).

Même si leur petite arnaque tient à un fil, les Kim se marrent comme des fous, absolument médusés de voir tout l’argent qu’ils parviennent à soutirer de leurs crédules riches.

Un événement totalement surréel viendra toutefois mettre à mal leur petite entreprise. Et leur vie prendra une tangente pour le moins bizarre et inquiétante…

Imprévisible

Le meilleur terme pour résumer Parasite est probablement «imprévisible». Du moins, une fois passé la première heure, quand l’opération manipulation des Kim fonctionne comme sur des roulettes.

À ce moment, impossible de savoir où le scénariste et réalisateur Joon-ho souhaite nous amener.

En fait, absolument personne ne peut deviner l’atout que le cinéaste cache dans sa manche. Et une fois qu’il a joué cet atout, attention mesdames et messieurs, toutes les cartes sont sur la table et bien malin celui qui pourra deviner de quelle façon toute cette tragédie comique va se terminer!

Joon-ho nous fait constamment douter, nous entraînant dans un formidable confort dans lequel on se plaît à se laisser doucement bercer d’une révélation à l’autre.

Noir, ironique et porteur

Ma grande surprise en voyant Parasite a été de découvrir à quel point l’humour est accessible.

Nul besoin de posséder une maîtrise en sociologie coréenne pour saisir toute la noirceur et l’ironie derrière les gags – qui font beaucoup plus souvent sourire que rire.

Il faut dire que le thème central du film, celui du choc entre les classes sociales, est universel.

Parce qu’au-delà des petites combines qui rappellent celles des Bougon et de la dure ironie sous-jacente à presque chaque scène, Parasite raconte l’histoire d’une famille très pauvre qui est chaque jour confrontée à l’opulence, à la mondanité et à l’arrogance du 1%.

Certaines images démontrant la différence entre les deux classes illustrées par un escalier sous la pluie sont d’un à propos époustouflant.

Bong Joon-ho livre son message d’une façon tellement habile et convaincante qu’à la fin du film, il est impossible de savoir qui sont les vrais parasites: les pauvres qui vivent au crochet ou les riches dont l’insouciance et l’égoïsme constituent la pire forme de cruauté…

 

FICHE TECHNIQUE

En bref: Quatre membres d’une famille coréenne au chômage se font embaucher sous de fausses identités par une riche famille.

Appréciation: Un des films les plus originaux et imprévisible des dernières années; l’humour noir, l’ironie et le scénario ne sont pas sans rappeler un étrange mais délicieux croisement entre Les Bougon et Ocean 11!

Version française: Parasite
Genre: Comédie dramatique
Réalisateur: Bong Joon-ho
Scénario: Bong Joon-ho
Avec: Kang-ho Song et Sun-kyun Lee
Durée: 132 minutes
Budget: estimé à 11 millions $ US
Une production des studios: Barunson E&A

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 5
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 4
Originalité: 5
Divertissement: 4

Total: 22 sur 25 (quatre étoiles et demi)