Avant de remiser les personnages de la crèche pour une autre année, l’Église célèbre la fête du baptême du Seigneur. Une dernière occasion de jeter un regard sur le temps de Noël qui se termine.

Dans la nuit de Noël, l’Église fait retentir les paroles du prophète pour annoncer la Bonne Nouvelle.

«Un enfant nous est né, un fils nous a été donné! Son nom est proclamé: Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-paix» (Isaïe 9,5). C’est ce dernier nom qui est souvent retenu. Puisqu’il est le dernier, je suppose! Et surtout qu’il fait écho à notre désir de paix universelle.

Cette année, un titre m’a rejoint davantage: Conseiller-merveilleux. Parce qu’on a beaucoup parlé de conseillers cette année. Il y a les firmes d’experts-conseils, les conseillers municipaux, les membres des conseils d’administration, etc. Les conseillers pullulent. Ils se font entendre. Ils sont essentiels.

Même l’élection fédérale cet automne a montré leur importance. Plusieurs se sont réjoui du statut minoritaire du nouveau gouvernement en place.

«Ça va les obliger à écouter les conseils des autres… ils ne pourront pas gérer sans se soucier du point de vue des autres!»

Un gouvernement minoritaire (à Ottawa et à Fredericton) est vulnérable par définition. Peut-être que cette faiblesse leur permet de mieux (se) gouverner. Et si c’était aussi le cas dans nos vies?

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Dans l’Ancienne Alliance, les prophètes prenaient la parole pour parler au nom de Dieu. «Dans ces temps qui sont les derniers, Dieu a envoyé son Fils pour nous parler» (Hébreux 11, 2). Pour les chrétiens, Il ne parle pas au nom de Dieu: Il est Dieu lui-même puisque le Père demeure en Lui.

Pour écouter un conseiller

et suivre ses avis, il nous faut passer parfois par des défaites. Lorsqu’on est fort, on fait fi de la parole des autres. Leurs recommandations semblent futiles. C’est lorsque nous sommes minoritaires, vulnérables et dépendants, que le conseil de l’autre est nécessaire.

Noël fait naître un Conseiller-merveilleux. Même enfant (in-fans, sans paroles), Il montre comment vivre sans se soucier éperdument du lendemain; Il invite à cultiver un cœur simple. Plus aucun doute: en régime chrétien, se sentir minoritaire, c’est faire aller vers la majorité.

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Le Christ s’est fait petit. Évidemment, à la crèche. Même devenu grand, il s’est aussi abaissé au commencement et à la fin de sa vie publique. Il inaugure son ministère en allant vers Jean le Baptiste et se baisse pour recevoir de lui le baptême. Et il termine son ministère en s’agenouillant au pied de ses disciples pour leur laver les pieds.

Se faire petit, c’est se mettre à hauteur divine. Pas toujours besoin de faire des efforts pour s’abaisser. Certains événements jettent littéralement par terre et font tomber. Même notre monde, à force de jouer au plus bête, au plus riche ou au plus fort, semble s’écrouler à certains jours.

Le monde vient de chanter qu’un enfant peut changer le monde. Cet enfant tend la main. Pour la saisir, nul besoin de montrer sa force. C’est même le contraire qui est meilleur. Le Très-haut devient le Très-Bas. Il accepte la faiblesse humaine et devient solidaire avec chacun. Le christianisme, c’est la fête de la solidarité: Dieu avec nous, nous avec Dieu. Et avec les autres.

Dieu va plus loin encore: Il devient le réfugié à accueillir, le malade à accompagner, le pauvre à secourir. C’est ainsi qu’il prend sa place. Sa juste place:

On l’appelait au ciel, Il est sur la terre.
On le cherchait au Temple, Il est à l’étable.
On acclamait son soleil, Il est dans la nuit.
On l’habillait de gloire, on le retrouve nu.

On attendait un baptême de purification, c’est un baptême de feu qu’Il apporte.