Précisions sur l’air du temps

En 2020, je voyais quasiment la paix s’installer dans le monde et BANG!, à peine le temps de l’écrire que les États-Unis font assassiner un voyou haut-gradé d’Iran, provoquant une contre-attaque de ce pays.

Si les États-Unis avaient riposté à leur tour, c’était carrément la guerre. Dieu merci, Trump s’est apparemment calmé le pompon. Peut-être prend-il de nouveaux médicaments?

Malheureusement, au même moment, pour des raisons qu’on s’explique encore mal, l’Iran a abattu «par erreur» un avion de ligne, le confondant apparemment avec un missile, causant la mort horrible de 176 innocentes victimes, dont plusieurs Canadiens.

C’est immédiatement après la parution de ma toute dernière chronique – dans laquelle je faisais état des menaces à la paix mondiale causées par les tensions entre les États-Unis et l’Iran – que ces événements ont eu lieu.

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Dans cette chronique, je blâmais le bonhomme Trump pour son incurie dans ce dossier.

Un lecteur perspicace m’a écrit pour me rappeler gentiment que, contrairement à ce que je semblais croire, Trump n’était pas le seul à blâmer dans cette affaire, car le voyou en question, Qassem Soleimani, avait du sang sur les mains, beaucoup de sang. Ce lecteur a parfaitement raison.

En fait, ce qui s’est produit, c’est qu’en écrivant cette chronique mon but n’était pas de départager les bons et les méchants dans cette affaire, encore moins de trouver des vertus à Soleimani, mais de montrer que Trump était encore allé se mettre les pieds dans les plats, question diplomatie internationale, et que cela nous était tous et toutes préjudiciables.

Quant à Soleimani, je n’ai pas besoin de faire son procès: il était internationalement honni. Et même dans son pays, les récentes manifestations citoyennes contre le régime ont démontré qu’il n’était pas un héros pour tout le monde.

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Cela dit, je ne suis pas en faveur de ces assassinats politiques. L’état de fébrilité dans laquelle baigne notre planète à l’heure actuelle, et la présence à la tête de plusieurs pays de crackpottes qui n’hésiteront pas une seconde à imiter le bonhomme Trump, augurent du pire!

Verrons-nous soudainement éclore sur terre une épidémie d’assassinats politiques?

Pourtant, ce n’est pas comme si l’humanité était complètement démunie devant ces personnages sulfureux, tyrans sanguinaires et autres énergumènes dangereux. Et ce ne sont pas les instances internationales qui manquent pour venir à bout des contentieux entre les États.

Déjà, l’Organisation des Nations unies (ONU) dispose d’outils spécifiques pour mener à bien des opérations de cette envergure. Notamment, la Cour internationale de Justice (CIJ), chargée de régler des conflits juridiques entre États; et la Cour pénale internationale (CPI), créée par le Statut de Rome, chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre.

Sans oublier la capacité de l’ONU de mettre en place des tribunaux spéciaux, tels que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, ou ceux pour le Rwanda, pour la Sierra Leone, ou encore pour le Liban.

Certes, plusieurs États rechignent à l’idée de se soumettre à ces instances, mais un fait demeure: ces instances existent, et nul pays qui se respecte et qui respecte l’État de droit ne devrait tenter de s’y soustraire.

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À la suite de ces graves incidents, le premier ministre Trudeau est apparu à la télé à au moins deux reprises, l’air effondré. Même sa nouvelle barbe cachait mal cet effondrement.

Franchement, je me demande si notre infortuné premier ministre ne fait pas un épuisement professionnel – ou un burn-out, si vous préférez.

Déjà, au moment de la campagne électorale, je trouvais qu’il avait l’air déconfit, abattu, fatigué. Certes, les accusations dont il avait fait l’objet au sujet du «blackface», les moqueries sur ses costumes et les péripéties de l’affaire SNC-Lavalin, entre autres, suffisantes pour briser la superbe de n’importe qui, devaient jouer un rôle dans cet abattement, d’autant plus que le premier ministre Trudeau est un homme qui porte haut son idéal.

Quand son idéal s’écroule, on ne traîne pas impunément la blessure narcissique profonde qui s’ensuit: elle nous ronge de l’intérieur et finit par nous jeter à terre. C’est exactement ce qui m’est arrivé après l’échec du journal Le Matin, et j’en supporte encore des séquelles trente ans plus tard.

C’est pour cette raison que l’état de santé du premier ministre m’inquiète, je le dis sincèrement. Et je lui souhaite tout le courage et le soutien possible. Le Canada a besoin d’un premier ministre en forme, et ce ne sont pas quelques facéties de jeunesse qui devraient l’empêcher de gouverner la tête haute.

Surtout au moment où pullulent sur terre des hurluberlus incontrôlables qui menacent la paix du monde.

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J’espère qu’il n’y avait pas trop de «grands mots» dans cette chronique, comme me l’a reproché un autre lecteur, apparemment très agacé. Paraît que ces «grands mots» font peur au monde.

Perso, ce qui me fait peur c’est qu’on en soit rendu, en Acadie de l’an 2020, à demander à des écrivains, car c’est ce que je suis avant tout, de se retenir d’utiliser des mots parfaitement français, aussi vieux que la bonne vieille langue acadienne que l’on prétend vouloir célébrer, sous prétexte que cela dérange la tranquillité d’esprit de certains lecteurs zé lectrices.

J’aimerais qu’il soit bien clair que je n’ai aucun moyen de savoir quels sont les mots que les gens connaissent ou non! Et que je ne commencerai certainement pas à écrire en bébé-lala sous prétexte que je m’adresserais à un lectorat illettré aux dires de certains!

La langue acadienne est suffisamment malmenée dans certains coins de la province pour que j’évite d’en rajouter!

Je préfère respecter votre intelligence, futés lecteurs zé lectrices futées, et m’adresser à vous avec mon esprit taquin, ma grande gueule, mes effets dramatiques et toutes sortes d’autres artifices langagiers qui font la richesse et la vitalité de la langue, NOTRE langue française.

Je n’ai pas l’intention de changer à cet égard. Du moins, jusqu’à ce que le journal me mette à la porte.

Voilà. C’était quelques précisions sur l’air du temps.

Han, Madame?