Dolittle: un spectacle virtuel qui manque de raffinement

À quelques exceptions près, Robert Downey Jr a passé la dernière décennie à sauver le monde bien protégé derrière le cynisme de Tony Starks et l’armure d’Iron Man. Un rôle qui a marqué toute une génération. Les chances que le premier film post-Avengers de Downey Jr en fasse autant sont à peu près nulles, Dolittle (en salle depuis jeudi soir) se révélant être un spectacle informatique sans substance.

Docteur Dolittle fait partie de la culture populaire anglo-saxonne depuis exactement un siècle.

Tout a commencé quand l’auteur britannique Hugh Lofting a publié un livre pour enfants racontant les aventures d’un médecin qui peut parler aux animaux.

Le succès a été tel que 14 bouquins ont suivi en l’espace de 32 ans. S’en suivit une série d’adaptations allant d’un film muet allemand tourné en 1928 à une série radiophonique diffusée sur les ondes de NBC au milieu des années 1930, en passant par au moins trois pièces de théâtre majeures et une série télévisée (de 1970 à 1972).

De nos jours, le Dr Dolittle est surtout connu en raison d’un film de 1998 qui a relancé la carrière d’Eddie Murphy.

C’est dans ce contexte que débarque la nouvelle incarnation du Dr Dolittle interprétée par Downey Jr. Le film est assez spectaculaire certes, mais malgré plusieurs couches de sentiments extrêmement mielleux, il a bien peu de contenu à offrir.

Au secours de la reine

Nous sommes en Angleterre, à l’époque victorienne. Après avoir perdu sa femme dans une expédition en bateau, John Dolittle s’est coupé du monde. Pour lui, s’attacher à un humain ne peut mener qu’à la tristesse.

Un jour, une adolescente cogne à la porte du manoir du docteur. Elle lui explique que la reine est malade et qu’elle a personnellement demandé à ce que Dolittle l’examine.

Après un refus catégorique, le docteur change son fusil d’épaule quand il apprend que, dans le cadre d’un vieux contrat, son domaine et ses animaux deviendront la propriété de l’État en cas de décès de la monarque.

Dolittle et ses animaux (un ours polaire frileux, un gorille peureux, un perroquet savant, et un chien myope, notamment) s’embarquent donc pour Londres, où le docteur établit le diagnostic que la reine a été empoisonnée.

Dolittle et ses amis n’ont donc que quelques jours pour entamer l’aventure de leur vie: celle de se rendre sur une île mythique afin de cueillir le fruit rare qui peut sauver la reine.

Un spectacle

Dolittle est d’abord un véhicule pour l’humour bien particulier de Robert Downey Jr. Chaque scène ou presque contient un gag dont le succès repose sur les épaules du comédien.

Ceux qui ont vu Chaplin (1992) vont reconnaître le style très physique de l’Américain.

Loin de l’humour noir de Tony Stark, Downey Jr s’inspire plutôt par moment de Johnny Depp et de son pirate des Caraïbes constamment éberlué.

Malgré de beaux efforts, l’interprète de Dolittle a déjà été meilleur. À sa décharge, il ne doit pas être facile de lancer 90% de ses répliques à des animaux qui n’existent pas.

Parce que c’est ce qu’est Dolittle: un comédien entouré d’un paquet de créatures créées par ordinateur.

C’est vraiment exceptionnel de voir ces animaux exprimer leurs émotions, parler et interagir avec Downey Jr, mais la magie s’estompe un peu quand on réalise que Babe a fait exactement la même chose… il y a 15 ans.

Peu de substance

Le problème avec Dolittle, c’est qu’au-delà de ses impressionnants pixels et du jeu de Downey Jr, il s’adresse à un public préadolescent.

Le message sur l’amitié et le besoin de faire face à ses peurs manque carrément de raffinement. L’humour reste également un peu trop souvent au niveau du sol, plusieurs gags semblant avoir été écrits par les élèves d’une classe de maternelle.

La scène qui met en vedette un dragon constipé est particulièrement gênante…

Qu’à cela ne tienne. J’ai vu le film en compagnie de mon petit assistant âgé de huit ans et je peux vous dire qu’il a adoré. Il est resté concentré pendant les 101 minutes de l’oeuvre et, à notre sortie du cinéma, il m’a demandé s’il pourrait revenir revoir Dolittle avec sa mère dans les jours à venir! Il est aussi déterminé à se procurer le DVD du film une fois qu’il sera disponible.

Bref, je vous donne le choix aujourd’hui: soit vous vous fiez sur le critique-de-cinéma-cynique-qui-se-prend-peut-être-un-peu-trop-au-sérieux que je suis, ou vous basez votre décision de voir le film sur celle d’un membre du public cible qui a adoré sa soirée!

 

FICHE TECHNIQUE

Version française: Dolittle
Genre: Comédie fantastique

Réalisateur: Stephen Gaghan
Scénario: Collectif
Avec: Robert Downey Jr
Durée: 101 minutes
Budget: estimé à 175 millions $ US
Une production des studios: Universal Pictures

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 2
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 3
Originalité: 3
Divertissement: 3

TOTAL: 15 sur 25 (trois étoiles sur cinq)