C’est en janvier que j’apprécie le plus les décorations de Noël. Je laisse durer mon plaisir jusqu’au deux février. Parfois jusqu’au mercredi des Cendres. C’est une habitude d’étudiant de la ville de Québec qui encourage ses citoyens à garder leurs lumières allumées jusqu’à la fin du carnaval pour illuminer les longs soirs d’hiver.

Avec janvier, un nouveau départ est possible: chaque année marque un commencement. Comme chaque mois d’ailleurs. Chaque semaine aussi. L’idée de remettre les compteurs à zéro me donne toujours l’impression de pouvoir repousser les limites du possible.

Des conventions humaines et des cycles naturels nous font avancer d’un commencement à un autre. Comme le début d’une année ou l’arrivée d’une nouvelle lune. Les saisons de la vie permettent aussi de nouveaux commencements: ne parle-t-on pas du début de la retraite? Même en avançant profondément dans la vie, il y a toujours du neuf. Des choses se terminent, d’autres commencent.

50 ans, c’est aussi un point de bascule, me semble-t-il. C’est ainsi que je le vis; je vous en reparlerai dans un an!

J’aurais voulu que l’anniversaire passe inaperçu. J’avais prévu, sitôt les 12 jours de Noël terminé, une excursion de ski de fond pour m’éclipser quelques jours. Mais les médias sociaux et l’amour des communautés m’ont rappelé la valeur d’entreprendre ensemble les commencements.

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Il y a des événements, heureux ou déstabilisants, qui nous obligent à revoir notre manière de voir et nos manières de faire. La perte d’un être cher, un changement d’emploi, un accident, l’annonce d’une maladie, la nécessité de changer un comportement, tout cela peut s’avérer être le commencement d’une vie autre et belle.

Chaque commencement n’est pas la répétition de ce qui a été. Le temps passé renforce celui qui va venir. Les expériences vécues nous forment et nous permettent d’aller plus loin. Mieux outillé, plus conscient de notre unicité, chaque commencement ouvre une nouvelle étape qui peut être belle, avec notre consentement. Tout chapitre s’écrit avec des mots nouveaux dans l’histoire d’une vie.

Cela peut même arriver à la fin d’une longue traversée. Lorsque j’accompagne des familles avec un proche en fin de vie, il m’arrive souvent de leur dire que le temps qu’ils vivent est important: il peut être comblant s’ils acceptent de le vivre intensément.

Lorsqu’un patient est admis aux soins palliatifs, j’aime croire que c’est le commencement de quelque chose d’infiniment précieux pour tous les membres d’une famille: un temps pour se dire, pour se faire proche, pour laisser le cœur prendre sa revanche. Il faut saisir toutes les occasions de commencements.

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Après les fêtes, plusieurs sont retournés à leurs occupations quotidiennes. L’Église aussi est entrée dans le temps ordinaire pour célébrer, non pas les grands mystères de la vie du Christ (comme sa naissance ou sa mort), mais sa vie de tous les jours avec ses disciples.

Ce n’est pas la vie cachée du Christ qui est mise en valeur durant le temps ordinaire, mais sa vie publique.

C’est le temps de commencer à consentir à l’ordinaire de nos vies. Sans cela, nous vivons ailleurs. Dans un monde et un temps qui n’existent pas. Accepter l’ordinaire, c’est se savoir aimé de quelques personnes. L’amour de quelques-uns, c’est suffisant. Vouloir être aimé de tous, c’est être condamné à n’être aimé de personne.

Il arrive à des personnes de chercher constamment l’approbation des autres. Et avec cela, leur amour. Ça peut devenir épuisant de compter le nombre de «j’aime» sur une publication. Et de vouloir être aimé de tous… alors que c’est l’amour de chacun qui compte le plus.

Pour les croyants, l’amour de Dieu est le plus grand. Mais les autres trouveront dans l’amour d’un parent, d’un enfant ou d’un ami, une puissance pour aller de commencements en commencements.

Voilà un souhait pour l’année nouvelle. On a tout le mois de janvier pour exprimer nos vœux de «bonne année»? Non?

On peut tout de même, à longueur d’année, souhaiter l’amour à notre monde qui en a tant besoin.