Interdit d’aider!

J’étais prête à vous amuser avec un récit de la tempête à Terre-Neuve, à vous dire combien ma dernière chronique sur l’insécurité alimentaire a pris tout son sens durant l’état d’urgence, mais un fait divers m’a mise tellement en colère qu’il a priorité.

Quelque part dans le comté de Kent, vit un homme bien défavorisé, qui affronte l’hiver dans sa petite maison sans électricité. Oui, vous avez bien lu: sans électricité. Donc, sans chauffage et en plus sans eau courante. La compagnie électrique lui réclame 3000$ qu’il est bien incapable de payer, avec moins de 600$ d’assistance sociale par mois. On lui a donc coupé le courant.

Quand j’ai lu ça, je me suis dit, comme d’autres, qu’il fallait faire quelque chose. L’entraide n’est-elle pas au cœur de nos sociétés? Pour aider les résidents de ma ville à supporter près d’une semaine d’état d’urgence, pour animer le bénévolat et la générosité sans lesquelles nos sociétés fonctionneraient bien mal?

«Bien», on s’est dit, «on va se mettre à plusieurs, payer les 3000$ et problème réglé!» Eh bien, non! Prière de ne pas aider cette personne dans le besoin. Si on paie, nous a-t-on expliqué, la compagnie électrique avisera les services sociaux qui couperont une partie des prestations sociales du monsieur. Même chose, si on lui donne l’argent pour qu’il paie lui-même la facture. Comme l’a si bien titré Radio-Canada, ce monsieur est «condamné à la misère» et nous qui voulons l’aider, «condamnés à l’impuissance».

Des gens comme lui, il y en a partout. Nous sommes nombreux à vouloir aider et à en être empêchés. On nous dit que ces gens qui souffrent sont «tombés dans les craques du système». Depuis le temps qu’on en parle, il me semble qu’on aurait pu trouver le moyen de les boucher ces craques, «tout en préservant l’argent public», comme les autorités s’empressent de dire, pour se justifier.

Aujourd’hui, devant les médias qui s’agitent, on offre au monsieur un logement social et trois repas chauds par jour. Mais, sur le fond, rien n’est réglé. Ni pour lui ni pour ceux à qui on offre un sparadrap à mettre sur une plaie béante, ni pour celles et ceux qui aimeraient aider. Régler le très court terme, toujours, au diable la dignité humaine.