Bad Boys for life: comme un vin qui a très bien vieilli

Si le premier Bad Boys (1995) est aujourd’hui considéré comme un film culte, on ne peut en dire autant de sa très ordinaire suite (2003). Vingt-cinq ans après leur première aventure, Mike (Will Smith) et Marcus (Martin Lawrence) nous reviennent dans Bad Boys for Life, une oeuvre qui, tel un vin qui a bien vieilli, regorge de surprenantes subtilités.

Accueilli plutôt froidement par la critique lors de son lancement, Bad Boys figure aujourd’hui parmi les films les plus marquants des années 1990.

Propulsé par un Will Smith immensément populaire grâce à la série télévisée Fresh Prince of Bel-Air (1991-1996), le film, réalisé par un jeune Michael Bay (Transformers, Armageddon, Rock), peut être considéré comme un des ancêtres du phénomène The Fast and the Furious.

Lancé huit ans plus tard, alors que la carrière de Smith avait déjà commencé à se refroidir, Bad Boys 2 n’a impressionné personne. L’oeuvre a amassé 273 millions $ aux guichets, ce qui fut tout juste assez pour rembourser les coûts de production et de marketing.

Malgré cet échec, Sony a tenté dès 2004 de tourner un troisième volet aux aventures de Mike et Marcus, les deux inspecteurs les plus incontrôlables de la police de Miami.

De nombreux scénaristes et réalisateurs ont été associés au projet, qui n’a jamais réellement pris son envol. Les choses ont pris une tournure plus sérieuse il y a quelques années, mais encore là, de 2015 à 2017, Sony a repoussé la date de lancement du film à trois reprises avant d’abandonner le projet.

Il aura fallu qu’un duo de jeunes réalisateurs belges du nom de Adil El Arbi et Bilall Fallah pour remettre le wagon sur les rails.
Lancé le 15 janvier en Amérique du Nord, Bad Boys for Life est une très agréable surprise et démontre que, parfois, à Hollywood, la patience et la prudence valent mieux que la précipitation et l’aveuglement du coup d’argent facile.

La retraite et la vengeance

Maintenant grand-père, l’inspecteur Marcus Burnett décide de prendre sa retraite. Lors d’une petite fête, le coéquipier de Marcus, Mike Lowrey, est atteint de quatre projectiles tirés par un mystérieux motocycliste.

Six mois plus tard, Mike est prêt à reprendre le boulot. Et il n’a qu’une seule chose en tête: retrouver celui qui a tenté de l’assassiner.
Mike intègre alors une équipe spéciale menée par une de ses ex, mais est incapable de convaincre Marcus de sortir de sa retraite pour l’aider dans sa quête.

Petit à petit, Mike et ses coéquipiers remonteront la trace du tueur et Marcus se retrouvera au coeur de l’action (après tout, on est mauvais garçon pour la vie, n’est-ce pas?).

L’humour et l’action

La marque de commerce de Bad Boys, de ses ancêtres (Miami Vice, Lethal Weapon, Beverly Hills Cop) et de ses rejetons (The Fast and the Furious) est une combinaison unique d’humour et d’action.

En ce sens, Bad Boys for Life n’a rien à envier à personne.

Le départ de Michael Bay de la franchise a peut-être réduit le niveau de destruction et de décibels de l’oeuvre – ce qui est une excellente chose -, les poursuites en voiture (et à moto), les explosions et les fusillades ne sont pas pour autant laissées de côté.

Côté humour, c’est Martin Lawrence qui vole la vedette. Relégué au rôle de faire valoir du plus charismatique Smith dans les deux premiers films, Lawrence éclipse cette fois son coéquipier chaque fois qu’il ouvre la bouche.

For Life est aussi une oeuvre beaucoup plus artistique que les deux films précédents. Adil El Arbi et Bilall Fallah jouent avec la lumière, les couleurs et le décor de Miami, en plus de guider leurs caméras montées sur drones de mains de maître.

Les deux jeunes nous offrent le film d’action le plus élégant depuis Mission: Impossible – Fallout (2018).

Le vieillissement

Reste que s’il est un domaine où le nouvel opus de la franchise se démarque, c’est au niveau de son scénario.

Alors que l’histoire des deux premiers films était inutilement longue et frôlait l’absurdité, Bad Boys for Life impressionne par la simplicité et l’intelligence de son récit – du moins, pour le genre.

Le film est en fait une longue analogie sur le vieillissement.

Alors que Marcus tente de s’ajuster à la retraite, son beaucoup plus zélé ancien coéquipier, lui, refuse totalement de vieillir.

Les méthodes de l’ancienne école de Mike (qui consiste à tabasser les témoins ou à tirer maintenant et à poser les questions plus tard) se heurtent à celles de ses jeunes coéquipiers, qui eux, préfèrent avoir recours aux technologies pour enquêter.

Parfaitement dans leur élément dans les deux premiers films, nos vieillissants inspecteurs sont forcés, dans cette nouvelle aventure, d’évoluer et de s’adapter.

À ma grande joie, il ne faudra pas attendre trop longtemps avant de renouer avec les Mike et Marcus nouveaux puisque le quatrième épisode de la franchise est déjà en préparation.

FICHE TECHNIQUE

Version française: Mauvais garçons pour la vie
Genre: Film d’action
Réalisateurs: Adil El Arbi et Bilall Fallah
Scénario: Collectif
Avec: Will Smith et Martin Lawrence
Durée: 124 minutes
Budget: estimé à 90 millions $US
Une production des studios: Columbia Pictures et Sony

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 4
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 4
Originalité: 3
Divertissement: 4

Total: 19 sur 25 (quatre étoiles sur cinq)