Le pouvoir aux députés

Le ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail a utilisé cette semaine un nouveau vocable pour décrire une réalité vieille comme le monde.

En annonçant mardi le retour de l’intervention directe des députés dans l’attribution des subventions de stage d’été pour les étudiants, Trevor Holder a expliqué en anglais que cette mesure faisait partie de la stratégie du gouvernement progressiste-conservateur «to empower» les élus.

Malheureusement pour le public francophone, il n’existe pas d’équivalent satisfaisant en français pour ce mot fourre-tout. Faute de mieux, on peut traduire «to empower» dans le contexte qui nous concerne comme l’action de conférer aux députés le pouvoir d’agir et de faire une différence dans leur circonscription.

Selon M. Holder, les députés sont ceux qui sont le mieux placés pour décider quelles organisations dans leurs circonscriptions méritent le plus d’obtenir un stagiaire durant l’été aux frais des contribuables parce qu’ils connaissent mieux que quiconque leurs régions. Cette connaissance quasi omnisciente serait si pointue, selon le ministre, qu’elle neutralise tout risque de clientélisme de la part des élus.

C’est également dans le cadre de cette stratégie «d’empowerment» des députés que le gouvernement a décidé dans son dernier budget de leur offrir 50 000 $ chacun à dépenser dans des projets d’infrastructures communautaires de leur choix. Ici aussi, il ne s’agit pas d’inciter les élus à faire du favoritisme, mais tout simplement de leur donner le pouvoir de faire du bien dans leur circonscription.

Le gouvernement n’a pas indiqué jusqu’où il entend aller dans ses efforts «d’empowerment» des députés. Voici donc quelques suggestions pour inspirer les progressistes-conservateurs qui n’ont absolument rien à voir avec le népotisme: pourquoi ne pas demander aux élus de déterminer quelle route nécessite davantage d’être repavée dans leurs communautés, quelle entreprise mérite d’obtenir un contrat public et quel chômeur a le plus besoin d’un emploi au gouvernement? Si ça, ce n’est pas de «l’empowerment», je n’y comprends plus rien.