Le procès historique de Donald Trump

Quelle qu’en soit l’issue, le procès en destitution de Donald Trump, qui s’est ouvert au Sénat américain mercredi, est historique à deux importants égards. D’abord, c’est seulement le troisième visant un président américain depuis la fondation de la République, ce qui en dit assez sur son importance.

Ensuite, l’élection à la présidence de Trump en 2016 a dangereusement rapproché les États-Unis d’une «présidence impériale», c’est-à-dire qui existe au-dessus et en dehors des règles que les pères fondateurs de ce pays phare dans le monde avaient sciemment conçues pour empêcher une telle dérive.

«L’Amérique, c’est Trump»

Louis XIV de France résumait sa vision du pouvoir par l’expression rendue célèbre: «L’État, c’est moi». Le rejet systématique par Trump des lois de son pays le distingue de tout autre président américain de l’époque moderne. «L’Amérique, c’est Trump!». Il décide quelles lois suivre. Dans l’univers trumpien, il est à la fois juge, bourreau et victime lorsque cela sert bien sa cause.

Aujourd’hui, même un vulgaire partisan de Donald Trump n’aurait guère de peine à reconnaître que le magnat de l’immobilier converti politicien l’instant d’une élection a plus d’une fois enfreint les lois américaines. En faisant obstruction à la justice lorsque, ainsi que le rapport Mueller l’a bien démontré, il cherchait à mettre fin aux enquêtes ouvertes sur lui, sa campagne et son administration.

Sauf que, déplorait en mai le chroniqueur du New York Times Charles M. Blow, «les républicains ont proclamé Trump leur roi et se sont inclinés devant sa majesté maléfique».

Des «révélations explosives»

Cette semaine, alors même que le procès historique de Trump s’ouvrait au Sénat pour abus de son pouvoir présidentiel et obstruction au travail du Congrès, la presse américaine y allait de nouvelles «révélations explosives» qui menacent de transformer ce procès en un véritable cauchemar pour Trump.

Le New York Time parle d’«une foule de nouveaux textes, de messages vocaux, de notes d’agenda et d’autres documents remis par Lev Parnas, un associé de l’avocat personnel du président, Rudolph W. Giuliani», qui constituent autant de preuves que le président Trump serait effectivement intervenu auprès des autorités ukrainiennes pour qu’elles compromettent Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle de 2020.

Lev Parnas, cet homme d’affaires d’origine ukrainienne inculpé en octobre pour violation des lois sur le financement des campagnes électorales, va encore plus loin: il affirme que le président savait tout des efforts qu’il menait dans le cadre de ce honteux stratagème.

Pour sa part, le Government Accountability Office, un organisme de surveillance fédéral non partisan, a estimé que la décision de M. Trump de retenir près de 400 millions $ d’aide militaire destinés à l’Ukraine était en fait une violation de la loi qui limite le pouvoir du président de bloquer l’attribution des fonds alloués par le Congrès.

Un «simulacre de procès»?

Ces révélations renvoient en effet clairement la balle dans le camp du Congrès. C’est la seule voie légale par laquelle un président américain en exercice peut être puni. Et la Constitution donne un nom propre à cette punition: la destitution.

Il faudrait un minimum de 20 sénateurs républicains pour appuyer sa condamnation. Pour le moment, aucun des 53 que compte le Sénat n’a donné la moindre indication d’un éventuel vote en ce sens.

Les sénateurs républicains restent toujours insensibles aux preuves contre Trump, fussent-elles plus accablantes les unes que les autres. Le chef de la majorité républicaine, Mitch McConnell, promet même de travailler «en totale coordination» avec la Maison Blanche sur la défense de Trump.

Les gestionnaires de la Chambre des représentants (six Démocrates) agiront, certes, à titre de procureurs pendant le procès. Mais ce sont les républicains, majoritaires qui en ont défini les règles de procédures. Celles-ci ont été conçues de manière à empêcher les démocrates d’y amener des nouveaux témoins dont l’intervention pourrait être déterminante dans l’opinion américaine.

La promesses d’une «justice impartiale» est donc au mieux extrêmement improbable. L’hypocrisie des républicains dans ce dossier est telle que le sénateur démocrate Chuck Schumer pense qu’il s’agit d’un «simulacre de procès».

Sauf que, les procureurs démocrates ne s’adressent pas qu’aux républicains, mais plus largement à l’opinion américaine. Il reste donc à voir, en cas d’un verdict qui lui serait favorable, si Trump en sortira également grandi politiquement. Les Américains pourraient nous le faire savoir lors des élections de novembre 2020.