Trop tard moins quart!

Il y a de cela presque une année, alors qu’il prononçait son discours sur l’état de la province, Blaine Higgs, en plein milieu de sa présentation a pris une pause, a serré les poings, s’est mordu les lèvres et dit à peu près ceci: «Personne ne pourra m’acheter, et si le Québec veut avoir accès à notre réseau d’électricité pour vendre ses surplus il devra écouter nos doléances au sujet du corridor énergétique.»

Quelques minutes auparavant au cours de ce même discours, il avait aussi attaqué le Québec sur la fermeture de sa frontière à plusieurs corps de métier, rendant ainsi difficile l’accès des chantiers québécois pour les travailleurs du Nouveau-Brunswick.

Même s’il n’a pas totalement tort sur certains points, le premier ministre pratique toutefois un sport très dangereux quand il ne manque pas une occasion de faire du Quebec bashing. Ses propos presque dégradants à l’égard du groupe Océan dans le dossier du chantier naval de Bas-Caraquet, n’a rien là non plus d’éloquent pour le dirigeant d’une province comme la nôtre.

Mais voilà cependant que les choses semblent vouloir changer. La semaine dernière, Énergie NB annonçait en grande pompe la conclusion de trois ententes avec Hydro Québec touchant d’abord l’achat d’électricité produite au Québec, une collaboration pour la remise à neuf de Mactaquac et enfin des discussions pour améliorer notre réseau de transmission permettant ainsi au Québec de transporter de l’électricité vers le reste de l’Atlantique et les États-Unis.

Que s’est-il donc passé pour que le furieux premier ministre se transforme du méchant loup qu’il était l’an passé à un mouton dont la gentillesse et la docilité en étonnent plusieurs?

Précisons d’entrée de jeu que Higgs ne s’est pas montré le visage à la conférence de presse et qu’il a laissé au PDG d’Énergie NB la tâche de vanter les mérites de cette entente. Il a probablement constaté que toutes ses attaques à l’égard du gouvernement fédéral et de celui du Québec dans le dossier de la taxe du carbone et du corridor énergétique n’ont rien donné et qu’il lui a fallu battre en retraite pour s’assurer que la province puisse ramener une certaine solvabilité à notre production électrique.

Faut-il rappeler que l’entente signée entre les deux compagnies électriques repose sur la même prémisse qu’avaient proposée Shawn Graham et Jean Charest en 2009. La seule différence est que l’entente de la semaine dernière est loin d’avoir l’attrait de la première.

D’abord, celle de 2009 aurait garanti des taux rattachés à l’inflation, aurait éliminé totalement la dette Énergie NB et aurait transféré à Hydro-Québec tous les risques inhérents au réseau de distribution.

Si l’entente de la semaine dernière nous garantit un accès à de l’énergie propre, on devra la payer au prix du marché et assumer entièrement le maintien des infrastructures et du paiement de la dette de plus de 5 milliards $. N’oublions pas également que cette entente signe pratiquement l’arrêt de mort pour la centrale de Belledune.

Trop peu trop tard, pouvons-nous dire!