Maritime Iron à Belledune: rêve ou cauchemar?

Le projet d’une usine de lingots de fer à Belledune, tel que proposé par les promoteurs de Maritime Iron, a récemment franchi une autre étape avec le dépôt d’un document d’une quarantaine de pages auprès du ministère de l’Environnement de la province, instaurant ainsi l’étude d’impact sur l’environnement du projet. Si toutefois importante comme première démarche concrète vers la réalisation de cette usine de 1,5 milliard $ qui créerait quelque 200 emplois permanents, il y a loin de la coupe aux lèvres. Trois autres étapes importantes devront être franchies: d’abord l’octroi d’un permis d’opération par le ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick; et, si émis, celui-ci sera vraisemblablement assorti de plusieurs conditions, dont l’approbation préalable du taux d’émission de gaz à effet de serre par Ottawa; finalement, les promoteurs du projet devront obtenir le financement requis en trouvant des investisseurs prêts à risquer le coup.

Déjà, plusieurs résidents du Nord, des groupes environnementalistes et le chef du Parti vert ont annoncé leurs couleurs: on ne peut permettre l’addition de 1,8 million de tonnes de gaz à effet de serre par an dans notre province qui a comme objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2030.

Et comme nous en informait Mathieu Roy-Comeau dans son texte de jeudi dernier, cette usine deviendrait ainsi le troisième plus grand émetteur de la province.

D’autre part, les élus, dont le maire de Belledune, le premier ministre Higgs et le chef de l’opposition officielle disent souhaiter que le gouvernement fédéral donne le feu vert à ce projet, étant donné la fermeture récente de la fonderie Glencore à Belledune qui a entraîné la perte de 400 emplois dans la région. Les élus accrochent leur chapeau sur l’impact global de ce projet. En construisant cette usine près du port de Belledune, il en résulterait une réduction importante de la distance de transport du matériel brut présentement exporté en Chine et en Corée pour y être raffiné. Donc, l’émission globale de gaz à effet de serre des navires en serait considérablement réduite.

Mais ce rêve de nos élus (que je partage) est-il réalisable aujourd’hui dans le contexte des changements climatiques planétaires? Peut-on ignorer l’impact des gaz à effet de serre que nous vivons quotidiennement dans notre province avec des inondations annuelles, des températures extrêmes, des vents violents, des crises de verglas, l’érosion de nos côtes et j’en passe.

À mon avis, de sérieux doutes existent quant à la durabilité environnementale de ce projet. Le ministre de l’Environnement, Jeff Carr, a d’ailleurs récemment exprimé des inquiétudes à cet effet.

D’autre part, un autre doute important existe quant à la possibilité de trouver des investisseurs privés pour financer ce projet. La fluctuation des prix du marché des métaux décourage souvent les investisseurs potentiels. Évidemment, si une entreprise multinationale comme la Glencore si intéressait, ça serait différent. Mais si les promoteurs pensent pouvoir obtenir du financement auprès des gouvernements pour lancer leur projet, oubliez ça!

Durant mes années à l’APÉCA, un promoteur privé du NB a approché les agences gouvernementales pour un projet semblable qui aurait été localisé dans le comté de Kent. Il n’a évidemment pas trouvé d’oreille attentive et sympathique auprès des deux paliers gouvernementaux.

Ceci dit, on ne peut que féliciter les efforts du gouvernement provincial et des élus de la région, députés et maires inclus, pour trouver du travail aux employés déplacés par la fermeture de la raffinerie de Belledune. Un comité d’ajustement a rapidement été mis sur pied sous l’habile direction de Denis Caron, pdg du port de Belledune. Ce comité a depuis organisé une foire d’emplois à l’intention des employés déplacés et certains se sont trouvé un autre emploi.

Glencore a aussi offert de transférer des employés de Belledune à une autre fonderie près de Montréal.

Malheureusement, le rêve d’une usine de lingots de fer à Belledune risque de devenir un cauchemar pour notre environnement et la qualité de vie des gens du Nord de la province.

Bonne semaine à tous.