Perceptions

Une des premières choses qu’on m’a enseignées lorsque je me suis lancée en journalisme était que la perception était souvent plus importante que la réalité. Sur le coup, je me suis dit que c’était là une position exagérée. Éventuellement, j’ai compris qu’il fallait souvent faire attention au «paraître» pour ne pas entacher ou risquer d’entacher la vérité. Ça, c’était avant, bien avant, l’avènement des médias sociaux et du règne absolu et tyrannique de la perception.

Si je vous en parle cette semaine, c’est que différentes nouvelles m’ont interpellée.

Il y a d’abord eu la décision du Front pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick de lancer une campagne de lutte aux fausses perceptions. On souhaiterait que ces énergies aillent à aider les démunis, mais il est indéniable qu’il faut lutter contre ces jugements négatifs du genre: «Ces gens-là sont des fainéants, qui veulent vivre sur la rue et qui mendient pour boire». En effet, ces généralisations mensongères affectent directement la façon dont on traite les plus vulnérables.

Depuis une dizaine de jours maintenant, on est aussi pendu aux nouvelles de Chine pour suivre la progression d’un virus moins dangereux que l’influenza et dont j’imagine que la probabilité de l’attraper dans notre région doit avoisiner nos chances de gagner le gros lot de la 6/49! Encore là, tout est perception… Et si après avoir semé la terreur, les médias semblent vouloir maintenant se faire les voix de la raison, la peur du virus continue son chemin au grand galop à travers la planète.

Et puis, il y les politiciens de tout bord, régulièrement attaqués, noircis, insultés et menacés sur les réseaux sociaux. Pourquoi? Parce qu’on peut tout simplement, et parce qu’on croit, à tort, que ces hommes et ces femmes sont responsables de tout. La perception «c’est tous des vendus et des malhonnêtes!» a encore de beaux jours devant elle.

C’est tellement grave que pendant ce temps-là, au Sénat américain, les faits ont abandonné la bataille et quitté la scène au profit d’une réalité tellement alternative qu’on en reste bouchée bée. Que cela nous serve à tous de leçon et nous rende beaucoup plus prudents dans ce que nous disons, lisons et acceptons.