Moyen-Orient: un «deal» mort-né?

Le président Donald Trump a dévoilé mardi à la Maison Blanche, en compagnie du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, son nouveau plan pour une «solution réaliste à deux États». Une farce diplomatique, ont crié en chœur analystes et Palestiniens.

Le nouveau plan américain propose pour l’Autorité palestinienne une souveraineté conditionnelle sur environ les deux tiers des territoires occupés par Israël. Et promet un investissement sans précédent de 50 milliards $. Le plan va jusqu’à mentionner les mots «capitale palestinienne» et Jérusalem dans une même phrase.

Pourtant, les analystes voient surtout dans ce que Trump présente comme le «deal du siècl » un feu vert à Israël en vue de l’annexion des territoires en Cisjordanie, qu’il a colonisées au cours du dernier siècle. Le gouvernement de M. Netanyahu s’est même empressé de dire qu’il demandera à la Knesset (Parlement israélien) d’annexer toutes les colonies et la vallée du Jourdain dès ce dimanche.

Derrière la mince couche d’acceptabilité du plan Trump se cache un programme plus insidieux. Celui-ci est conçu de manière à éliminer toute véritable solution à deux États, tout en normalisant l’occupation et l’annexion permanente israélienne dans en réalité un seul État.

Un deal gagnant-gagnant?

Le biais de Trump vis-à-vis d’Israël est bien connu. Le «timing» pour l’annonce de son plan paraît toutefois suspect. Il n’échappe en effet à personne que Donald Trump et le premier ministre israélien sont actuellement tous deux liés par un même destin politique.

Le procureur général d’Israël inculpait l’année dernière M. Netanyahu sur la base de graves accusations de fraude. Quelques semaines plus tard, la Chambre des représentants des États-Unis destituait M. Trump pour abus de pouvoir.

Le plan Trump prend dès lors l’allure d’un «deal gagnant-gagnant» entre deux politiciens redoutablement talentueux. L’objectif du plan est vraisemblablement d’augmenter les chances de réélection de M. Trump et du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Dit autrement, le «deal» pour le Moyen-Orient n’aurait pas plus à voir avec la paix dans la région que la pression de Trump sur l’Ukraine n’avait à avoir avec la lutte contre la corruption.

Deux États, une solution viable?

Invité par Le Figaro à dire s’il croyait encore à une solution à deux États, mantra de la diplomatie française depuis quarante ans, le président Emmanuel Macron a répondu de manière sibylline: «Je crois en deux souverainetés».

Ces propos jugés inédits dans les milieux diplomatiques français pourraient amorcer une évolution sémantique, consacrant ni plus ni moins qu’«un renoncement à deux États, sans le dire explicitement».

Emmanuel Macron, à l’instar de nombreux analystes, ne croirait pas dans les chances de réussite du plan Trump. «Il faut être deux pour faire la paix. On ne peut y parvenir avec une seule partie». Ce serait donc un mort-né.

Les autorités palaisiennes n’ont pas assisté au dévoilement du plan à Washington dont elles ont déjà rejeté la confection. Elles ont également refusé de traiter avec l’administration Trump. Se sentant trahis, les Palestiniens pourraient maintenant mener une lutte de style apartheid pour l’égalité des droits dans le pays entre le Jourdain et la Méditerranée. Ce n’est ainsi pas seulement l’avenir des Palestiniens qui serait en jeu ici, mais aussi celui des Israéliens.

Doit-on s’en étonner? 

Toute possibilité d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien était difficile, en raison de l’empiétement continu d’Israël sur les territoires palestiniens occupés. Avec l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en 2016, une telle solution est devenue tout aussi bien politiquement impossible.

Trump a déplacé l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, reconnaissant en fait la ville sainte – y compris Jérusalem-Est – comme capitale d’Israël. Il a ensuite fermé la délégation palestinienne à Washington.

Il a coupé le financement américain à l’agence des Nations Unies qui fournit l’éducation et les soins de santé essentiels à environ 5 millions de réfugiés palestiniens et à leurs descendants. Trump va jusqu’à couper l’aide aux hôpitaux palestiniens de Jérusalem-Est.

Le nouveau plan Trump n’est en fait qu’un nouvel acte confirmant toute l’absurdité en laquelle s’est transformée sa politique à l’égard d’Israël et de la Palestine ces trois dernières années.