Pour une dernière fois

Du clavier de mon ordinateur, c’est le cœur serré que je vous écris ce qui sera ma dernière chronique. Même si plusieurs d’entre vous s’en doutent, j’expliquerai en détail la semaine prochaine les raisons de ma retraite prématurée.

Il est temps pour moi de passer à autre chose, tandis que la santé, l’énergie et la passion le permettent! Au cours des sept dernières années, je me suis commis à peu près trois cents fois en livrant le vendredi matin une chronique à l’Acadie Nouvelle, pour qu’elle soit publiée dans son édition du samedi. De pouvoir exprimer à des milliers de lecteurs une opinion libre chaque semaine, sans que la direction du journal ne soit jamais intervenue pour changer une seule ligne de mes propos ou encore pour les influencer, est un témoignage vibrant du privilège que nous avons de pouvoir lire chaque matin un journal indépendant qui de surcroît nous appartient!

À ses débuts, ma chronique et celle de mon vis-à-vis se voulaient plus partisanes, défendant ou condamnant parfois sans trop de convictions, des politiques ou des actions des gouvernements qui se sont succédé au cours des dernières années. Il n’y a rien de plus gratifiant pour un chroniqueur que de recevoir de la part de ses lecteurs de l’interaction. Positive ou négative, on apprécie d’une façon générale que le public nous lise et qu’il réagisse à nos propos d’un côté comme de l’autre.

J’avouerai que je me suis senti beaucoup plus confortable quant au cours des deux dernières années, on a modifié le format de ma chronique en me distançant quelque peu des lignes partisanes tracées par mon passée politique. Sous les nouvelles règles, j’estime avoir exprimé des opinions plus objectives, reflétant davantage les changements dans notre société.

Il faut le reconnaître, notre monde a considérablement changé au cours des dernières années, forçant ainsi tous les acteurs de la société à revoir de façon draconienne notre vision de l’avenir.

D’abord, nous devons tous agir sans perdre un instant pour combattre chacun selon nos moyens les changements climatiques. Les scénarios les plus pessimistes ne nous donnent qu’une ou deux décennies pour corriger le tir. Ce n’est pas le problème des autres, c’est surtout le nôtre. De favoriser le développement économique sans tenir compte de l’environnement est le réflexe d’une autre époque.

Ensuite il faut reconnaître que le modèle capitaliste basé sur la croissance à tout prix a atteint les limites de sa capacité. Si dans l’ensemble la condition humaine s’est améliorée depuis deux siècles, il n’en sera pas de même si l’on ne change pas notre façon de vivre. De l’agriculture de proximité, à un partage plus équitable de la richesse, nous devons tous agir ensemble.

En conclusion, je remercie l’Acadie Nouvelle pour l’opportunité qu’elle m’a fournie d’échanger avec la communauté. Merci à vous lectrices et lecteurs de m’avoir suivis pendant ces années. Si vous avez eu le même plaisir à me lire que j’ai eu à préparer mes chroniques, je quitte avec le sentiment du devoir accompli!