Saint Jude, priez pour nous!

Cette semaine, nos tinamis américains ont du pain sur la planche, avec trois journées importantes au calendrier politique. Lundi: les caucus de l’Iowa. Mardi: le discours sur l’état de l’Union. Mercredi: le verdict du procès en destitution du bonhomme Trump.

Il y a déjà un flop: la divulgation des résultats des caucus de l’Iowa, lundi soir, n’a pu avoir lieu à cause de fâcheux ratés téléphoniques et informatiques dans le décompte des votes, ai-je compris.

Le système de votation retenu, assez complexe, devait permettre aux organisateurs d’établir trois listes de résultats obtenus dans plus de 1700 bureaux de vote. Primo, le pourcentage final de votes obtenus par les candidats. Puis, le résultat chiffré du nombre de votes par candidat au premier tour. Enfin, le résultat du second tour. (Car si un candidat n’obtenait pas 15 pour cent du vote au premier tour, ses sympathisants étaient appelés à se ranger du côté d’un deuxième choix qu’ils avaient préalablement indiqué.)

Ce n’est qu’à la suite de ce long processus qu’on pouvait déterminer le nombre de délégués qu’obtiendrait chacun des candidats pour le grand vote final de la convention démocrate qui doit avoir lieu en juillet prochain à Milwaukee, au Wisconsin. En Iowa, il y avait 41 délégués à rafler. Meilleur est son score, plus on obtient de délégués.

Ce qui compte le plus pour les candidats lors des caucus et des primaires, c’est donc le nombre de délégués que leur rapporte leur performance.

Au moment où je rédige cette chronique, mardi, les résultats ne sont toujours pas connus. C’est un fiasco clair et net pour l’organisation démocrate dans l’État de l’Iowa, et pour le Parti démocrate aux États-Unis. La semaine commence mal.

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Mardi, c’est le discours annuel sur l’état de l’Union que livre au Congrès le président des États-Unis. C’est toujours un moment empreint d’une solennité à l’américaine, c’est-à-dire une solennité du paraître plus que de l’être. Car la solennité américaine, contrairement à la solennité à la française, toute en majesté républicaine, ou à la solennité britannique, royale et imposante, a toujours un petit côté hollywoodien. On «joue» à paraître solennel.

Quoi qu’il en soit, même si j’écris cette chronique avant le discours, je sais déjà que le bonhomme Trump, fidèle à sa psyché agitée, se lancera des fleurs, s’attribuera tous les mérites, vantera ses prouesses. Déjà, il s’est proclamé seul et unique vainqueur des caucus de l’Iowa!

S’étant déjà auto-diagnostiqué comme un génie stable – le plusse-plusse stable depuis le début des Temps –, il serait étonnant qu’il se garde une petite gêne, même s’il livre ce discours la veille d’un vote sur sa destitution, ou, si vous préférez, sur le degré de corruption que ses amis républicains du Sénat sont prêts à lui concéder.

Tout indique qu’il sera acquitté: c’est dire la magnanimité des sénateurs républicains. Le mot pleutre me vient à l’esprit. Pleutre signifie lâche, veule, peureux. Mais en plus pathétique.

Bien sûr que Trump préférerait une entrée triomphale au Capitole afin de s’adresser à un Congrès qui lui soit totalement acquis. Mais ce rêve totalitaire lui est interdit parce qu’il reste encore suffisamment de têtes sensées aux États-Unis pour lui résister. Peut-être pas du côté des élus républicains, mais leur couardise ne fera qu’un temps.

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Demain, mercredi, à l’ordre du jour, c’est la grande bouffonnerie de «l’acquittement». Moment de gloriole pour Trump, mais fortement assombri par tant et de tant de mauvaise foi, de magouilles, de distorsions des faits! Le simulacre de procès télévisé auquel on a eu droit la semaine passée lors du vaudeville, qu’on a appelé procès en destitution, en atteste.

En refusant d’entendre des témoins-clés de l’affaire, et en refusant d’examiner les preuves des agissements louches de Trump et de sa bande de conspirateurs, les sénateurs républicains ont ni plus ni moins entériné leur camouflage de la saga du chantage envers l’Ukraine, chantage visant à obtenir des renseignements négatifs sur l’ancien vice-président Joe Biden en échange d’une aide militaire de plusieurs centaines de millions à l’Ukraine. Aide militaire déjà été autorisée par le Congrès et que le président n’avait pas le pouvoir de suspendre.

Évidemment, Trump n’aura pas besoin de plus que de cette apparence de justice pour se draper dans une virginité politique aussi vulgaire que grotesque.

À compter du moment où il s’estimera ainsi innocenté, et fort du blanc-seing offert par ses affidés républicains du Sénat, il est à craindre que ses lubies démesurées ne connaissent plus de limites.

Qui pourra le contrôler maintenant que même ses agissements suspects sont cautionnés par un des rameaux de la branche législative du gouvernement? Et que ces agissements pourraient l’être également par la branche judiciaire puisque la Cour suprême est majoritairement conservatrice?

Depuis déjà trois ans qu’il n’en fait qu’à sa tête, qu’il multiplie les inepties, qu’il manipule l’opinion publique, qu’il bafoue les dirigeants «normaux», qu’il fricote avec les racistes, qu’il rejette les conventions et renie les traités, qu’il fait l’éloge du pire, saura-t-il résister à la tentation de lâcher son fou, comme on dit?

Poser la question, c’est y répondre.

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Alors quoi? On attend la fin du monde?

Tiens, je lance une neuvaine à saint Jude, patron des causes désespérées! Et comme il est aussi le «saint de l’espoir», profitons-en pour faire d’une pierre deux coups et lui demander que les Américains aient assez de jugeote en novembre prochain pour élire un président ou une présidente qui a de l’allure, qui ne fait pas honte au monde entier, qui œuvre pour la paix et la sécurité planétaire!

Cela dit, prenons aussi le temps de respirer. Tiens, faisons comme si c’était encore la Chandeleur, la festa candelarum du 2 février, la bonne vieille fête païenne des chandelles, signe du retour de la lumière!

Autrefois christianisée, la Chandeleur est maintenant laïcisée, pour en faire… le jour de la marmotte. Au lieu de viser la lumière, on creuse son trou!

Décidément, l’humanité progresse.

Saint Jude, priez pour nous!

Han, Madame?