Le 11 février, ce sera la Journée mondiale des malades. Le thème est beau: «À pleines mains». En visitant un malade, nous arrivons souvent les mains pleines: avec des fleurs, un livre, un lampion ou des douceurs. L’autre aussi a les mains pleines de lumière, de bonté et d’accueil. Il y a une condition pour se laisser remplir les mains par l’autre: les ouvrir.

Un archevêque de Paris, le cardinal Veuillot, emporté par la leucémie à l’âge de 55 ans, a eu ce message pour ses prêtres: «Nous savons prononcer de belles paroles sur la maladie. Moi-même j’en ai parlé. N’en dites rien. Nous ignorons ce qu’elle est. J’en ai pleuré.»

Je pense à ces mots en écrivant cette chronique. Plutôt que de parler du mystère du mal qui «contient toute sagesse et met en échec tous les discours» (Ricoeur), je voudrais me tourner vers les personnes qui doivent transiger avec cette réalité: les malades et leurs proches.

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Difficile de vieillir et d’affronter la maladie. D’accepter de marcher moins vite, d’avoir des pertes de mémoire, de sentir que le souffle est plus court. Ces souffrances physiques sont douloureuses. Mais il y a plus que le corps qui est atteint.

La maladie nous rend dépendant des autres. Alors que l’autonomie est valorisée, il est difficile d’accepter qu’un autre nous conduise, cuisine nos repas ou nous rappelle de prendre nos médicaments.

De plus, la maladie nous isole: nous sommes à l’écart de la routine des gens qui continuent leur vie en s’adonnant à leurs travaux ou à leurs loisirs.

Pourtant, cette dépendance peut devenir l’occasion de nouer des relations fortes. La maladie permet aussi de faire grandir d’autres aspects de nos vies que nous négligeons parfois: la vie spirituelle, la prière, la communion. Quand le corps décline, le cœur prend sa revanche. Éprouvés dans leur corps ou dans leur âme, les malades apprivoisent une dure réalité jusqu’à en faire une compagne. Heureux ceux et celles qui osent s’approcher de ces maîtres.

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Connaître un malade, c’est un appel à la disponibilité et à l’audace. Il ne suffit pas d’offrir son aide. Il faut trouver ce qu’il est nécessaire de faire. Pour ensuite donner des mains à notre coeur.

Que de fois ai-je entendu quelqu’un dire à un malade (je l’ai dit moi-même): «s’il y a quelque chose que je peux faire pour t’aider, n’importe quoi, n’hésite pas.» Mais nous oublions cette vérité: les personnes éprouvées hésitent à demander; elles sont embarrassées de le faire.

Parfois, l’épreuve les empêche de voir précisément ce qui pourrait leur être utile.

Au lieu de demander à un ami en difficulté si nous pouvons faire quelque chose pour lui, vaut mieux réfléchir à ce qui lui serait utile… et le faire!

Beaucoup de personnes sont remplies de bonnes intentions. Cela n’est pas suffisant. Visiter, accompagner pour un rendez-vous, écouter, apporter un petit plat, s’atteler à une tâche domestique, voilà ce qui réconforte! Plus que les intentions, ce sont les œuvres d’amour qui comptent.

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Le don de soi est l’apogée de l’amour. Jésus a pris ce chemin avant nous: il a donné sa vie. Il ne s’est pas contenté de dire à Simon-Pierre qui s’enfonçait dans la mer agitée ou au larron crucifié qui lui demandait le salut: «Si je peux faire quelque chose pour toi, n’hésite pas.» Il a tendu la main, il a réconforté et il a donné.

Chaque année, la journée des malades est suivie de près par la fête de l’amour. Or, la Saint-Valentin, ça ne se vit pas seulement en tête-à-tête, lors d’un souper aux chandelles. L’amour ne se dit pas seulement avec des fleurs, même les plus belles offertes au temps de l’épreuve. Cupidon ne travaille pas seulement sur les réseaux sociaux.

Le 14 février se vit aussi dans les chambres d’hôpital, au-dessus du repas déposé sur un plateau. Il se vit à longueur d’année pour les proches aidants mis au défi de trouver le repos en se donnant. L’amour est aussi vécu par les enfants qui prennent soin de leurs parents, même les petits enfants qui soutiennent une mère violentée ou un père dépressif.

C’est dans le quotidien que l’amour est le plus authentique. C’est là qu’on prend la mesure de sa fidélité. Bonne Saint-Valentin à ceux qui donnent. Et à ceux qui reçoivent. À pleines mains. Et à plein coeur!