En attendant la Bonne Nouvelle

Les mauvaises nouvelles pleuvent sur nous. L’environnement se détériore à la vitesse grand V. Le vieillissement de la population pèse lourd sur les finances publiques. Le dépeuplement des villages à cause de la dénatalité et de l’exode des jeunes détruit les communautés rurales et l’immigration ne parvient pas à combler ce vide.

La langue française est menacée. Le taux d’assimilation fait son p’tit bonhomme de chemin, parfois avec la bénédiction d’intervenants, de leaders d’opinion, de personnalités qui manifestent plus d’intérêt à chercher des justifications à ce phénomène que de détermination à trouver des solutions à ce danger.

Le fait français pâtit de mille tracasseries politiques ou bureaucratiques, causées par des politiciens incompétents (il y en a), ou des hauts fonctionnaires incompétents (il y en a), ou même des intervenants publics incompétents (il y en a).

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C’est ainsi qu’on s’est retrouvé avec un service de soins de santé extra-mural – qui faisait l’orgueil de la province à une époque pas si lointaine où il était salué internationalement – maintenant placé dans les mains d’une sorte de sous-contractant. Officiellement pour des raisons «d’efficience» (quel mot laid!), mais en réalité, c’est pour délester le gouvernement de ses responsabilités en ce domaine.

Et quand ce n’est pas le service de traduction de la province qu’un p’tit Einstein veut vendre à l’entreprise privée, c’est une question d’autobus scolaire, ou une question d’ambulanciers qui fait vibrer les manchettes, ameutant les citoyens francophones lésés et leurs vis-à-vis alter-linguistiques intolérants.

Aujourd’hui, c’est l’annonce de nouvelles coupures dans les services d’urgence qui affolera la population francophone.

Y a-t-il une lumière au bout du tunnel et, si oui, est-ce un train qui fonce sur nous?

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Certes, je ne suis pas un expert en la matière, mais il me semble que ça ne prend pas la tête à Papineau pour prendre conscience qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette affaire.

Il ne faut pas s’être promené très souvent dans les régions rurales françaises de la province pour constater que les distances entre les points de service qui seront offerts peuvent carrément aggraver le cas de patients nécessitant des soins d’urgence, si ces derniers doivent voyager sur de plus longues distances pour obtenir ces soins d’urgence. Et la nuit, par-dessus le marché!

En écrivant ce dernier paragraphe, j’entends à la télé que les urgences en cause n’accueillaient pas plus de cinq patients par nuit en moyenne. Et que les «vraies» urgences, les «grosses urgences», étaient déjà acheminées vers de plus grands centres hospitaliers. Ouf, c’est rassurant de savoir qu’il ne sera pas nécessaire d’attendre l’ouverture de l’urgence pour faire une crise de cœur.

En revanche, si je comprends bien, les médecins qui travaillaient de nuit aux urgences, où ils ne voyaient pas grand monde, pourraient dorénavant être en poste le jour, ce qui leur permettrait de voir beaucoup plus de gens en consultation, réduisant le temps d’attente.

Sans oublier qu’en guise de compensation on ferait appel à des infirmières praticiennes qui prendront le relais. Mais je n’ai pas compris s’il s’agit d’un relais de nuit.

J’entends ça, et j’entends aussi les cris de protestation. Finalement, qui dit vrai?

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Tout ce que je viens d’écrire, ça entre dans la catégorie «information».

C’est là où j’en suis dans mes réflexions aujourd’hui. Comme vous, j’entends des informations catastrophiques à longueur de journée, et quand elles ne sont pas catastrophiques, elles sont plates.

Parfois, l’information fait mal à la conscience. Ainsi, dans son laïus, dimanche soir, aux Oscars, Joaquin «Joker» Phoenix a dénoncé le fait qu’on insémine artificiellement les vaches pour qu’elles produisent un veau qu’on leur retire illico afin de pouvoir mettre du lait dans nos céréales. Ça m’a d’autant plus bouleversé que lorsque j’étais gamin, j’étais devenu ami avec le veau de la vache Caillette à mon oncle Albert.

Ainsi, en recevant son Oscar, Phoenix nous a livré d’autres informations, qui ont été reprises par des médias, et répercutées comme des milliards d’autres informations, aux quatre coins du monde, même si la terre est ronde.

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L’information médiatique n’est plus uniquement le partage de renseignements sur tel ou tel sujet, sur telle ou telle situation, mais une sorte d’injection de mots, de faits, de chiffres, de dates, pour augmenter notre taux d’adrénaline, car aujourd’hui, on fonctionne à l’adrénaline sociale. Et comme pour toute autre drogue, la dose nécessaire pour nous requinquer augmente avec le temps.

Déjà, en 2012, le journal Libération titrait que «l’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en deux millions d’années».

On est rendu là. Notre échange d’information crée des paradoxes, des contradictions, de l’hystérie, de l’incompréhension, de la polarisation qui peuvent aussi bien déboucher sur du positif que sur du négatif.

Je ne sais pas dans quelle mesure et à quelle vitesse notre cerveau est capable de digérer toute cette information qui nous tombe dessus à longueur de journée.

Et je ne sais pas si l’humanité en sortira grandie, un beau jour. Ou si elle sera capable de manipuler suffisamment toutes ces infos, toutes ces données, afin de leur donner une consistance qui élargirait notre conscience.

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Entre-temps, nous tentons de faire face à la musique en absorbant journellement ce flux continu qui pourrait bien finir par nous insensibiliser tant il est normal chez l’être humain de se terrer dans sa bulle quand il ne peut plus en prendre.

C’est pourquoi je pense qu’on devrait créer une journée mondiale de la Bonne Nouvelle!

Il s’agirait d’une journée où les gouvernements, et les grandes instances mondiales jusqu’aux petites associations locales, les écoles, les médias, et tout ce qui brasse de l’information, ne diffuseraient que des bonnes nouvelles, que des nouvelles apaisantes, réjouissantes, éclairantes. Que des nouvelles joyeuses, rigolotes.

Quelque chose pour nous aider à voir plus clair dans le brouillard actuel qui nous rend malheureux en fait, alors que nous avons tous droit au bonheur!

Aspirer à voir la beauté du monde, est-ce trop demander?

Han, Madame?