Le coronavirus et l’avenir de la Chine

En tant que président nouvellement investi de la Chine en 2013, Xi Jinping s’était fait applaudir par une partie de ses compatriotes lorsqu’il a rendu public son rêve de faire de son pays – au nationalisme à fleur de peau – la grande puissance mondiale de l’avenir.

Pour être viable, une croissance économique exige toutefois de l’innovation. Or, celle-ci ne peut pas être dissociée de la « destruction créatrice », qui permet de remplacer l’«ancien» par du «nouveau» dans le domaine économique, quitte parfois à déstabiliser les relations de pouvoir établies en politique.

Li Wenliang, jeune médecin chinois de 33 an, et le premier à avoir eu l’intuition du nouveau type de coronavirus, est mort de l’épidémie, après été détenu par la police locale, puis contraint de signer une lettre attestant du fait qu’il a propagé de «fausses rumeurs» et «sérieusement perturbé l’ordre social».  Sa mort est une tragédie et un scandale. Elle pourrait être aussi un avertissement à l’intention de l’actuel leadership communiste.

La «controlocratie» chinoise

Sous sa présidence de Xi Jinping, la Chine s’est transformée en une «controlocratie». Malgré l’essor des médias sociaux, l’information est plus étroitement contrôlée en Chine que jamais. En 2013, un décret interne du Parti communiste chinois (PCC), connu sous le nom de Document n. 9, mettait en garde contre sept valeurs occidentales dangereuses, dont la liberté des médias et l’indépendance judiciaire.

Xi a également mis en place un système de crédit social (SCS). L’idée officielle est de collecter des centaines de données sur les individus et les entreprises, depuis leur capacité à tenir leurs engagements commerciaux jusqu’à leur comportement sur les réseaux sociaux, en passant par le respect du code de la route.

L’ambition de Xi est manifestement de renforcer l’emprise du PCC sur le pouvoir et de développer un programme national intégral, duquel dépend tout le reste – y compris la gestion de crises internes.

Cela explique en grande partie l’échec du gouvernement chinois à prévenir, ensuite freiner, la propagation du coronavirus. Lorsque, en janvier, les autorités chinoises ont enfin décidé de confirmer l’émergence de la maladie, elles avaient déjà perdu au moins deux précieuses semaines, qu’elles auraient pu mettre à profit dans les efforts de prévention et de sensibilisation publique.

La crise du coronavirus

Aujourd’hui, le nombre de personnes infectées dans le monde a grimpé à plus de 44000 et le nombre de décès dépasse maintenant 1100. Selon Pékin, 1700 travailleurs médicaux seraient infectés. Le virus se propage dangereusement à travers l’Asie – y compris au Japon, en Corée du Sud, à Singapour, en Thaïlande, au Vietnam et en Malaisie. Sont également touchés des pays d’Europe et d’Amérique du Nord, bien que peu de décès aient été signalés en dehors de la Chine jusqu’à présent.

Les autorités chinoises méritent du crédit pour avoir fait le bon choix de partager les informations génétiques concernant le virus. Les chercheurs chinois et du monde entier ont ainsi pu travailler diligemment et simultanément sur la détection, le traitement et les vaccins nécessaires.

Pékin a aussi adopté des méthodes draconiennes, dont seul un régime autoritaire paraît avoir le secret: mise en quarantaine de la ville de Wuhan, capitale de Hubei et épicentre de l’épidémie, ainsi que de plusieurs autres villes, afin d’essayer de freiner la propagation du coronavirus; construction d’un hôpital de soins spéciaux en 10 jours; utilisation des drones pour s’assurer que les résidents ne quittent pas leurs maisons inutilement et sans masque.

Les leçons non apprises

Cependant, si la Chine favorisait la liberté d’expression, il n’y aurait probablement pas eu de crise de coronavirus de cette ampleur. Le pays aurait certainement pu contenir la propagation de la maladie si seulement il avait su tirer les leçons de précédentes épidémies.

Entre autres, en 2002-2003, la Chine avait connu le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui avait fait environ 800 morts dans le monde et des milliers de malades. Depuis 2018, les autorités chinoises luttent également contre la grippe porcine africaine à l’échelle nationale, ainsi qu’une nouvelle épidémie de grippe aviaire dans la province du Hunan, proche de Hubei. Ici, c’est surtout l’apparente incapacité des dirigeants chinois à apprendre de leurs erreurs passées qui paraît inquiétante.