Mafia Inc: un drame intense qui n’a rien à envier à Hollywood

Le drame mafieux a connu son apogée dans les années 1970 et 1980, notamment grâce à Coppola et à Scorsese. Depuis, le genre continue d’inspirer les cinéastes, mais son âge d’or semble résolument révolu. Sans nécessairement innover, le film québécois Mafia Inc se compare tout de même avantageusement à ce que Hollywood nous offre depuis 50 ans.

Tourné par le cinéaste Podz, Mafia Inc s’inspire très librement d’un essai du même nom lancé en 2010 par les journalistes André Noël et André Cécilot.

Le livre raconte l’ascension et la chute du parrain de la mafia sicilienne montréalaise, Vito Rizzuto, et la façon dont la famille est parvenue, grâce à la corruption, à s’élever parmi les plus puissantes organisations criminelles du continent.

On y fait également mention des liens très forts qui unissaient le clan québécois avec les dirigeants de la toute puissante mafia italienne new-yorkaise.

On retrouve un peu de tout ça dans l’oeuvre de Podz, mais dans des proportions réduites. Le parrain a de plus changé de nom et l’omnipotence de la famille nous est montrée des yeux d’un petit lieutenant arriviste québécois et de sa soeur, fiancée d’un des fils du parrain.

Mafia Inc est un film efficace, porté par des prestations exceptionnelles de Marc-André Grondin et, surtout, de Sergio Castellitto.

Pendant 143 minutes, l’oeuvre nous tient en haleine, nous laissant incertains de qui prendra la prochaine balle.

Grandes ambitions

Vince Gamache (Grondin) côtoie la mafia sicilienne depuis qu’il est tout petit. D’abord parce qu’il est ami avec un des fils du parrain, mais aussi parce que son père (Gilbert Sicotte), est le tailleur «officiel» de la famille.

Petit à petit, Vince a monté les échelons de l’organisation criminelle, jusqu’à devenir un des lieutenants de confiance du parrain, Frank Paterno (Sergio Castellitto).

L’ambition pure coule toutefois dans les veines du Québécois. Malheureusement pour lui, un de ses coups d’éclat a le potentiel d’attirer l’attention sur la famille Paterno, qui elle souhaite au contraire jouer profil bas, afin de pouvoir investir en toute légitimité dans un lucratif projet de construction en Italie.

Quand la justice s’intéresse de près aux Paterno, Vince verra l’occasion de se hisser à la tête de la pègre montréalaise, ce qui déclenchera une véritable guerre au cours de laquelle les liens du sang seront mis à rude épreuve.

Simple et efficace

Je ne suis habituellement pas un grand amateur de cinéma mafieux. J’ai parfois l’impression que tous les films du genre se ressemblent et, je l’avoue bien humblement, j’ai tendance à avoir toutes les difficultés du monde à me démêler dans l’armada de personnages concernés par l’intrigue.

Je lève donc mon chapeau à Podz et au scénariste Sylvain Guy qui sont parvenus à créer un film dont l’intrigue est simple, les personnages bien définis et l’enjeu clair et net.

J’ai aussi adoré le fait que leur film est canadien, qu’il se déroule dans des lieux qui nous sont connus (il y est notamment question de Moncton et de la Nouvelle-Écosse) et qu’il fait référence à des événements d’actualité bien de chez nous.

Le film se déroulant dans les années 1990, la reconstitution est aussi ambitieuse que réussie. Des téléphones cellulaires gigantesques aux voitures en passant par les vêtements et les coupes de cheveux, l’esprit de la décennie est magnifiquement respecté.

Au-delà de l’intrigue – qui nous fait cogiter pour la peine -, le film est surtout une fenêtre très informative – et stupéfiante – sur les façons de faire de la mafia et du milieu interlope.

De grands comédiens

La réputation de Marc-André Grondin n’est plus à faire. Peut-être le comédien québécois le plus talentueux de sa génération, le jeune homme fait encore une fois montre de tout son talent dans le rôle du petit bum arrogant et calculateur.

La véritable révélation du film – du moins pour moi! – est toutefois Castellitto.

L’Italien âgé de 66 ans est un monument dans son pays, en plus d’avoir eu une petite carrière aux États-Unis et en France.

À ses débuts au cinéma québécois, Castellitto nous offre un Frank Paterno à la fois déterminé et déchiré.

Son personnage a le calme froid du Vito Corleone de The Godfather (1972), mais crève littéralement l’écran quand il lève la voix pour rappeler qui est le véritable patron.

Lucide, intense et plus puissant qu’au premier coup d’oeil… le parrain Paterno encapsule parfaitement ce qui fait de Mafia Inc un des bons films québécois des dernières années.

 

FICHE TECHNIQUE

Genre: Drame
Réalisateur: Podz
Scénario: Sylvain Guy
Avec: Marc-André Grondin, Gilbert Sicotter et Sergio Castellitto
Durée: 143 minutes
Budget: non dévoilé
Une production des studios: Caramel Films et Attraction Images

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 4
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 4
Originalité: 3
Divertissement: 4

Total: 19 sur 25 (quatre étoiles sur cinq)