Le recul de Blaine Higgs

En voulant adopter à la va-vite une réforme de la santé que les libéraux de Brian Gallant auraient prudemment gardée sur les tablettes en 2015, Blaine Higgs a finalement compris que cette décision menait son gouvernement vers une déroute électorale. Habituellement droit dans ses bottes, Blaine Higgs a plutôt opté de faire une volte-face et annuler la fermeture des urgences de nuit dans six hôpitaux ruraux de la province.

Cette décision de la onzième heure laisse toutefois des séquelles importantes puisqu’elle a entraîné la démission du gouvernement et du caucus progressiste-conservateur de l’unique député francophone qui siègera dorénavant comme indépendant. Le geste de Robert Gauvin qui détient maintenant la balance du pouvoir n’a pas été inutile.

Il sera intéressant de connaître quelle sera la réponse des libéraux lorsque la Chambre va rouvrir le 10 mars. Kevin Vickers avait laissé entendre qu’il pourrait demander au président de l’Assemblée qui est un libéral de démissionner afin de fragiliser davantage le gouvernement minoritaire de Blaine Higgs. Une motion de censure pourrait également être déposée afin de précipiter des élections ce printemps.

On peut penser que Blaine Higgs a été l’objet d’intenses pressions de ses ministres et des députés de son caucus. Même l’allié du gouvernement progressiste-conservateur, le People’s Alliance, s’est éloigné du navire en perdition dirigé par Blaine Higgs pour monter à bord du train en marche des opposants à la réforme en santé. Kris Austin et ses deux députés pourraient voter, le cas échéant, en faveur d’une motion de censure des libéraux.

Plus tôt que tard, les progressistes-conservateurs devront se lancer dans une campagne électorale avec à toutes fins utiles aucune chance de remporter des sièges dans les régions francophones. Les libéraux et dans une moindre mesure les verts vont rafler les 21 circonscriptions ayant une majorité ou un nombre significatif de francophones. En ayant fait la sourde oreille à son vice-premier ministre, Robert Gauvin, le chef progressiste-conservateur vient de mettre en péril son avenir politique.

Le moment venu, les libéraux devront mener une campagne électorale avec un chef inexpérimenté et encore largement méconnu par la population. Kevin Vickers devra démontrer qu’il peut diriger ses troupes à la victoire. Il aura sur son chemin le chef vert, David Coon, qui pourrait lui faire la vie difficile. Ce sont les verts qui avaient privé les libéraux de Brian Gallant d’une victoire lors des élections de 2018.

Lors de sa conférence de presse dans laquelle il devait claquer la porte du gouvernement Higgs et du caucus progressiste-conservateur pour siéger comme indépendant, Robert Gauvin s’est montré des plus combatifs et enclin à se présenter aux prochaines élections. Déjà il est courtisé par les libéraux et les verts. Étant donné que les candidats indépendants ont très peu de chance de se faire élire, Robert Gauvin devrait se chercher une nouvelle famille politique. Il faudra voir s’il résistera une fois de plus aux avances des libéraux pour plutôt rejoindre les verts.

Le Nouveau-Brunswick semble entré dans une période plus que jamais d’incertitude politique.