Le difficile rêve onusien du Canada

Justin Trudeau a lancé au 33e sommet de l’Union africaine, tenu à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 9 au 10 février, une offensive de charme en vue de l’obtention pour le Canada d’un siège non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui sera attribué lors d’un vote prévu en juin.

Les concurrents du Canada sont la Norvège et l’Irlande. Sur les trois pays, deux remporteront des sièges au Conseil. Ils inaugureront leur mandat de deux ans en janvier 2021. Après ce premier pas du premier ministre Trudeau, c’est toute son artillerie diplomatique que le Canada devrait déployer s’il veut voir se réaliser son rêve onusien.

Un total de 129 votes est nécessaire pour gagner ce siège au Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour avoir du succès, le Canada doit s’assurer de l’essentiel des 33 votes de l’Amérique latine et des Caraïbes, des 54 votes de l’Afrique, ainsi que des 53 votes de l’Asie et du Pacifique. Ce n’est pas impossible, mais la bataille sera rude.

Pourquoi ce siège est-il important?

L’organisation des Nations Unies compte plusieurs instances décisionnelles essentielles, comme l’Assemblée générale et le Conseil économique et social (ECOSOC). Le Conseil de sécurité est toutefois de loin la plus importante pour la politique mondiale.

De ses 15 membres, cinq sont permanents: les États-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France. Ils détiennent un droit de veto, qui en fait les vrais maîtres du monde. Les 10 autres détiennent des sièges tournants. Ces 15 pays sont aux prises avec les problèmes de sécurité les plus pressants au monde, du changement climatique aux questions économiques, politiques et nucléaires.

La candidature canadienne en 2010, sous le gouvernement du conservateur Stephen Harper, s’était soldée par un cuisant échec. La dernière fois que le Canada a siégé au Conseil remonte donc à 1999-2000. Le Conseil onusien n’a jamais autant besoin de la voix canadienne que maintenant.

L’abdication du leadership mondial des États-Unis sous la présidence de Trump plonge le monde dans une dangereuse zone d’incertitudes. Et les méthodes cavalières de Trump, y compris envers les alliés traditionnels américains, alimentent des tensions internationales constantes.

Pour combattre la «trumpisation» du monde, le Canada et les pays aux vues modérées similaires doivent faire ce qu’ils peuvent pour maintenir la coopération et les règles d’un système international chancelant. L’organisation des Nations Unies – et tout particulièrement, son Conseil de sécurité – demeure à cet effet un lieu incontournable.

Trop peu trop tard?

La récente visite de Trudeau en Afrique avait été précédée de celles du ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et du ministre du développement international, Karina Gould, sur le continent.

Retenu cette semaine par la crise engendrée par les protestations en cours au sujet des droits fonciers des Autochtones et d’un pipeline en Colombie-Britannique, M. Champagne a remplacé Justin Trudeau à la Barbade, où se tenait les 17 et 18 février la Conférence des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM).

Le Canada accuse cependant un sérieux déficit diplomatique dans la course, pour s’y être jeté tardivement. Par exemple, les Irlandais sont en campagne depuis plus d’une décennie. Et l’Irlande et la Norvège sont des modèles en raison de leur réputation de neutralité sur la scène internationale.

À Addis-Abeba, Justin Trudeau est entré dans l’histoire en étant le premier premier ministre canadien à assister à une session de l’Union africaine. Son homologue norvégien, Erne Solberg, était présent l’année dernière et cette année encore.

Quant aux Irlandais, ils font surtout montre d’une inventivité qui paraît cruellement manquer au Canada: son gouvernement a fait appel à Bono, figure iconique mondiale du groupe musical U2, dans sa tentative d’obtenir le siège onusien. Le Canada pourrait s’en inspirer, en mobilisant anciens premiers ministres et gouverneurs généraux, anciens ambassadeurs, entre autres atouts dont il dispose.

Le Canada mérite-il ce siège?

La politique étrangère incohérente de Justin Trudeau pourrait aussi nuire au Canada. La seule constance d’Ottawa en matière diplomatique semble être son obsession de gagner la faveur du président américain Donald Trump.

Au plan de paix controversé de Trump pour le Moyen-Orient dévoilé récemment, le nouveau ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, répondra ainsi mollement: le Canada l’«examinera attentivement».

Une logique similaire semble expliquer le soutien canadien à un changement de régime au Venezuela pour cause de dictature, alors même qu’Ottawa courtise l’Égypte du maréchal Abdel Fattah al-Sissi dans le cadre de son offensive onusienne.

Que dire de l’arrestation manifestement irréfléchie au Canada, à la demande des États-Unis, de la femme d’affaire chinoise Meng Wenzhou, suivie de l’arrestation et de la détention en Chine deux Canadiens?

Trudeau a promis de consacrer davantage de ressources au maintien au maintien de la paix dans le monde. Mais, comme peut le démontrer l’exemple du Mali, il s’est ensuite déjugé. Un siège onusien, oui. Et après?