The Call of the Wild: un chien qui n’en est pas un

Les technologies ont tellement évolué à Hollywood qu’il est maintenant possible de tourner un film mettant en vedette un chien sans que le moindre animal soit présent sur le plateau de tournage.

The Call of the Wild, en salle depuis vendredi, est l’adaptation d’un très classique roman de l’Américain Jack London.

Paru en 1903, le livre raconte l’histoire d’un chien domestiqué – Buck – qui est entraîné de force au Yukon, en pleine ruée vers l’or, pour servir de chien de traîneau.

Depuis, l’oeuvre a fait l’objet de plusieurs adaptations, que ce soit au cinéma (en 1935 avec Clark Gable, en 1972 avec Charlton Heston et en 1981 avec Bryan Cranston, notamment), en bande dessinée et même à la télévision (dans le cadre d’un épisode de Snoopy et Charlie Brown!).

Fait intéressant, dans le livre, ce sont des Canadiens français responsables de la livraison du courrier prénommés François et Perreault qui sont les premiers à faire preuve d’un peu de bonté à l’endroit de Buck.

Dans la plus récente version de The Call of the Wild, c’est le Français Omar Sy qui interprète Perreault alors que François est devenu Françoise et est joué par Cara Gee, une Canadienne d’origines autochtones.

Pour le reste, le film reste sensiblement fidèle au roman et demeure très universel tant dans son message que dans son récit.

L’odyssée de Buck

Chien plutôt indiscipliné d’un juge californien, Buck est un jour volé puis vendu pour servir de chien de traîneau au Yukon.

D’abord totalement dépassé par les événements, Buck s’acclimatera tranquillement à son environnement, jusqu’à devenir le meneur de son groupe utilisé pour livrer le courrier.

Quand la promesse du télégramme rend le courrier caduc, Buck est à nouveau vendu, cette fois, à des bourgeois montés dans le nord dans l’espoir de profiter de la ruée vers l’or.

Mais lesdits bourgeois n’y connaissent rien et ils traitent leurs chiens comme des esclaves. C’est alors qu’intervient John Thornton, un homme endeuillé à la recherche «d’un endroit où il pourra trouver la paix».

Naît du coup une grande amitié entre Buck et John, qui les mènera «au-delà des montagnes», où chacun, espèrent-ils, trouvera ce qu’il est venu chercher…

Le voyage

Vous aurez compris que le voyage de Buck et John est autant terrestre que spirituel.

Pendant que l’humain tente de faire la paix avec la mort de son jeune fils, le chien retrouve peu à peu ses instincts sauvages, chacun utilisant la nature pour se rapprocher de son idéal.

Les thèmes principaux du roman de London – le survivalisme et la retour à la nature – sont donc parfaitement reproduits.

The Call of the Wild n’est pas pour autant dénudé d’action et de péripéties. Le deuxième tiers, au cours duquel Buck sert de chien de traîneau, est certainement le plus existant.

On a aussi droit à quelques moments plus émotionnels entre Buck et John.

En ce sens, l’oeuvre du réalisateur Chris Sanders (qui fait ici ses débuts en prises réelles après avoir notamment réalisé les films d’animation Lilo & Stich et How to Train Your Dragon) est un divertissement assez potable.

Les limites du réel

Au-delà de l’aventure et des bons sentiments, The Call of the Wild est malheureusement un film qui manipule beaucoup trop souvent les limites du réel.

Pour un, l’oeuvre a été tournée dans le confort d’un studio californien. La neige, les blizzards, les avalanches, le froid… tout est faux.

On est loin, disons, du réalisme éblouissant de The Revenant (2005) – pourtant tourné avec un plus petit budget! – ou du fait que l’adaptation de 1972 du roman a été filmée dans l’enneigée Finlande.

Buck pose aussi problème… parce qu’il n’existe pas. Sur le plateau, c’est un type du nom de Terry Notary qui a «interprété» le canidé. Tout ce que l’on voit à l’écran est donc né des entrailles d’un ordinateur.

Pire, Buck est probablement le chien le plus humain de l’histoire du cinéma.

Non seulement ses réactions sont très exagérées – images de synthèse aidant… -, mais la bête exprime compassion et chagrin, comprend la valeur de l’or, les dangers de l’alcool et le poids du deuil de son maître, en plus d’être en mesure de faire la différence entre une pépite de métal et un vulgaire caillou…

Coïcidence très ironique puisque lors de la sortie du roman, il y a presque 120 ans, The Call of the Wild avait été décrié par certains critiques qui accusaient son auteur… d’avoir attribué des sentiments «anormaux» à un chien et de ne pas respecter les lois de la nature.

 

FICHE TECHNIQUE

Version française: L’Appel de la forêt
Genre: Drame d’aventure
Réalisateurs: Chris Sanders
Scénario: Michael Green, adapté d’un roman de Jack London
Avec: Harrison Ford
Durée: 100 minutes
Budget: estimé à 125 millions $
Une production des studios: Twentieth Century Studios

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 3
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 3
Originalité: 3
Divertissement: 3

Total: 16 sur 25 (3 étoiles sur 5)