Bienvenue au Canada!

En conférence de presse, vendredi dernier, le premier ministre Justin Trudeau, les traits tirés, la mine basse, le ton contrit, a reconnu son incapacité à résoudre l’ÉNORME cube de Rubik que constituent pour le Canada la crise née de la construction d’un gazoduc sur un territoire appartement à la nation amérindienne Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, et des blocus ferroviaires qui ont suivi ailleurs au Canada.

Impuissant, il a renvoyé les protagonistes à leurs responsabilités, donnant l’impression, ce faisant, qu’il s’était peinturé dans deux coins en même temps!

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Certes, l’affaire est complexe. J’ai eu de la difficulté à démêler tout ça. Mais j’ai vraiment pogné le buzz quand j’ai appris que plus aucun train ne circulait au Canada.

Ciel, me suis-je écrié, en faisant mes oraisons à sainte Brigitte, face contre terre, les bras en croix, pour soigner ma sciatique, disez-moé pas qu’i’ vont nous couper Via Rail pour se rendre à Edmundston, où je compte aller au prochain Salon du livre en avril?

Je blague, bien sûr, car il y a des décennies qu’il n’y a plus de train voyageur qui se rend dans mon pays natal. Une farce nationale! Et il n’y a plus de service aérien non plus. Quant à l’autobus, a passe quand qu’a file pour. Constat: le monde du Madawaska sontaient pas forts sur  le transport en commun, alors que c’est la grosse mode internationale! Après ça, le monde se lamente qu’on y va pas souvent!

Surprenez-vous pas de me voir er’soudre au Salon chaussé de raquettes Nike en babiche, comme mes aïeux les coureurs des bois de l’ancien temps.

Et ça, mesdames et messieurs, ça s’appelle le progrès! C’est Greta qui va être contente!

Mais je digresse. Revenons à la grosse chicane en Colombie-Britannique. Essayons de démêler les cartes. (Si je me perds en cours de route, téléphonez au journal, ils vont essayer de me retrouver. J’espère…)

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Il était une fois la compagnie TC Energy qui voulait construire, en Colombie-Britannique, un gazoduc d’environ 670 kilomètres, appelé Coastal GasLink, s’étirant de Dawson Creek à Kitimat, où le gaz serait liquéfié par la compagnie LGN Canada pour être exporté sur les marchés asiatiques. Coût prévu du projet: 6,6 milliards de pinottes. Et selon les promoteurs, il créerait de 2000  à 2500 emplois.

Ce gazoduc devrait traverser des terres «non-cédées» de la nation amérindienne Wet’suwet’en. Dans un premier temps, le tracé du pipeline avait reçu l’aval des conseils de bande élus de vingt communautés autochtones concernés, dont cinq conseils de bande élus des Wet’suwet’en.

Mais les chefs héréditaires des Wet’suwet’en, faisant fi de l’appui de leurs propres conseils de bande, s’opposèrent au projet. S’ensuivit un blocus des voies ferrées. La police montée, toujours à cheval sur les principes, est arrivée sur les lieux pour «négocier» avec les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en la levée du blocus illégal en question.

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Pendant ce temps, dans d’autres provinces canadiennes, des militants d’on ne sait trop quoi, foulards sur le nez comme dans le temps des cowboys, décidaient de bloquer également l’accès à des voies ferrées, en guise d’appui aux chefs héréditaires. La so-so-solidarité masquée est née!

Mais, forts de ces appuis canadiens, les chefs héréditaires, en plus de s’opposer au projet, annoncèrent qu’ils exigeaient maintenant le départ de la GRC avant de poursuivre toute négociation avec les gouvernements concernés.

Bref: c’était le retour à la case située avant la case départ!

Jusqu’ici tout le monde suit?

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Pendant que cette situation captait l’attention gourmande des médias, toujours friands de nouvelles à la fois juteuses et croustillantes, comme les frites surgelées prêtes en cinq minutes et indigestes pendant cinq heures, le gouvernement du Canada faisait des pieds et des mains pour dénouer l’impasse.

Réunions, conférences téléphoniques, déclarations, questions à la Chambre des communes: bref, tout le baratin ordinaire d’un gouvernement pogné avec un restant de poutine qu’il tente de refiler à quelqu’un d’autre. Mais qui, Seigneur, qui? Qui voudrait un restant de poutine figée dans son cholestérol?

Normalement, la poutine revient au gouvernement de la Colombie-Britannique, parce que tout cela se passe sur son territoire. Mais l’importance des enjeux a fini par entraîner le gouvernement fédéral dans la sauce et le fromage en crottes.

D’où la conférence de presse d’un premier ministre Trudeau à l’air si déconfit. S’il n’est pas en burnout, je mange ma chemise à carreaux en flanellette doublée! Un carreau à la fois.

Après s’être autoproclamé défenseur des autochtones et protecteur de l’environnement, le pauvre homme se voit accuser d’avoir négligé le dossier autochtone depuis son arrivée au pouvoir et de jouer le chaud et le froid en matière d’environnement. Le malheureux est tombé de Charybde en Scylla.

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Comme si tout cela ne suffisait pas à nous mêler tout à fait, vlà que les environnementalistes se mettent de la partie, de même que les pro-sables bitumineux et autres adeptes de la pollution-qui-est-bonne-pour-l’économie.

L’économie qui souffre maintenant le martyre, a-t-on appris, à cause des barricades empêchant la circulation ferroviaire, ce qui accentue la rareté des produits entraînant des hausses de coûts que les consommateurs payeront jusqu’à la dernière cenne, n’en doutons pas. Des coûts qui ne redescendront pas après le retour à la normale, n’en doutons pas non plus.

Je sens que le prix du pot va augmenter. Ciel, les anciens pousheurs devront-ils reprendre le collier? Une chance que Noël est encore loin, car la Péninsule pourrait vivre une autre crise de bûches de Noël Vachon!

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Bref, vous l’aurez compris, notre pays traverse une zone de turbulences existentielles causées par un magma inextricable de droits autochtones ancestraux, de territoires non-cédés, d’environnement en péril, de développement industriel compromettant et compromis, de gouvernements aux abois, de consommateurs frustrés, de militants aguerris, de médias traditionnels débordés et de médias sociaux débordants, forçant même un malheureux chroniqueur à se trouver des raquettes Nike en babiche, chauffantes si possible!

Bienvenue au Canada!

Han, Madame?