Une province ingouvernable?

Tout indique que le Nouveau-Brunswick se dirige vers des élections générales anticipées ce printemps. L’année 2020 pourrait confirmer que la province est maintenant entrée dans une ère d’instabilité politique. Depuis le début de la Confédération de 1867, la province avait l’habitude d’être dirigée par des gouvernements ayant plusieurs mandats consécutifs. L’élection d’un gouvernement minoritaire en 2018 était une première depuis presque cent ans.

C’est le gouvernement de Shawn Graham qui a été le premier à se voir montrer la porte par les électeurs après un premier mandat. Ce fut ensuite le tour des gouvernements de David Alward et de Brian Gallant. Ça pourrait maintenant être celui du gouvernement minoritaire de Blaine Higgs. On le voit, tant les libéraux que les progressistes conservateurs subissent la grogne de l’électorat.

Comment peut-on expliquer cet état des choses? Il faut tout d’abord regarder du côté de la situation économique précaire de la province. Avec une croissance économique anémique et une dette publique de plus de 14 milliards $, le Nouveau-Brunswick s’approche dangereusement du gouffre et devient de moins en moins gouvernable. Lorsque les temps sont difficiles, la tentation de trouver des coupables est souvent au rendez-vous.

Une petite province comme le Nouveau-Brunswick a-t-elle les moyens de ses ambitions lorsqu’il s’agit d’offrir des services à sa faible population? Les régions rurales exigent le maintien de tous leurs acquis alors que les francophones veulent le respect de la dualité notamment en éducation et en santé.

Ces tensions régionales et linguistiques interpellent les partis politiques de la province. Les deux partis dominants que sont les libéraux et les progressistes-conservateurs doivent faire face à la montée de tiers partis comme le Parti vert et la People’s Alliance. Les progressistes-conservateurs, plus que jamais, sous le leadership chancelant de Blaine Higgs, n’arrivent pas à renouer les ponts avec la population francophone. Les libéraux, avec leur chef Kevin Vickers qui est un néophyte en politique, patinent sur une glace mince.

Les prochaines semaines s’annoncent des plus déterminantes à Fredericton. Avec des élections générales anticipées pour le printemps, la mauvaise humeur des électeurs pourrait frapper de plein fouet les deux partis traditionnels que sont les libéraux et les progressistes-conservateurs. Le Parti vert pourrait poursuivre son élan et faire des gains surtout au détriment des libéraux. La People’s Alliance pourrait-il connaître le même sort que le CoR party et disparaître de la scène politique? Le NPD pourra-t-il sortir de son coma alors qu’il n’a toujours pas de chef pour les prochaines élections qui se profilent à l’horizon?

Tous les ingrédients semblent réunis pour de prochaines élections divisives. Les progressistes-conservateurs ne peuvent espérer former un prochain gouvernement majoritaire avec l’électorat francophone à dos. Les verts pourraient gruger une partie des électeurs traditionnels des libéraux si Kevin Vickers n’est pas en mesure de faire une campagne électorale inspirante.

Le Nouveau-Brunswick pourrait s’enfoncer un peu plus profondément dans l’incertitude politique en élisant un autre gouvernement minoritaire. Les tensions entre les régions urbaines et rurales de même entre les anglophones et les francophones continueront.