ICI Montréal

Le conseil d’administration de la Société Nationale de l’Acadie demande de la Société Radio-Canada qu’elle commence enfin à s’occuper du pays! Et par «pays», je ne parle pas de celui de Gilles Vigneault, mais du nôtre, ce Canada qui est au cœur de la Société et qu’on cache aujourd’hui sous le pagne trompeur de «ICI».

J’ai passé mes deux mandats de présidente de la SNA à me battre contre Radio-Canada et il y a près de 10 ans, j’ai même écrit un billet décapant intitulé «Ici, c’est où?». Si j’avais pu le retrouver dans mes papiers, je l’aurais publié ici même, car il n’a pas pris une ride. Hors Montréal et, accessoirement le Québec, rien n’est intéressant aux yeux de la société d’État. À en croire ses argentiers, la population québécoise n’en a que faire non plus: parler du pays, du Pacifique à l’Atlantique, nuirait aux revenus publicitaires.

Qu’on soit nombriliste à Montréal ne me surprend pas. C’est humain de voir en priorité ce qui nous est proche! Ce qui est impardonnable, en revanche, c’est de ne pas en être conscient pour pallier ce défaut. Surtout quand on a pour nom «Canada» et que nos subventions viennent directement des Canadiennes et Canadiens.

Ce n’est pas comme si on ne pouvait pas mieux faire. Souvent, quand je regarde le journal télévisé de France, j’entends la présentatrice dire «on fait le point avec notre équipe en région», laissant ainsi Lyon, Rennes ou Toulouse traiter d’un sujet d’intérêt national. À Radio-Canada, au mieux on envoie une équipe «nationale» (de Montréal) ou bien on traite ça ICI (à Montréal). Dans les deux cas, la perception est montréalaise. Et ce qui est vrai pour les nouvelles vaut pour tout le reste: émissions d’affaires publiques, divertissement et autres.

Ce faisant, Radio-Canada mène l’auditoire à penser que seul ce qui se passe au Québec est important, que les Francophones n’existent pas dans le reste du pays, que le pays en soi n’a pas grand-chose pour intéresser les Québécois et Québécoises et qu’«on est donc bien chez nous, entre nous». On a un mot pour ça aujourd’hui: on appelle ça de «la désinformation».