Mozusse de virus!

Qu’est-ce qui m’a pris de manger des egg-rolls l’autre soir? Maintenant, j’ai peur d’avoir avalé un coronavirus. C’est petit un virus. C’est gros comme ça: . Voyez: vous ne le voyez pas! Mozusse de virus!

Ce n’est pas gros, et ce n’est pas gentil non plus, parce que ça s’attaque principalement aux personnes dont le système informatique – oups, pardon: le système immunitaire – est magané.
Les vilains microbes se comportent comme les intimidateurs à l’école: ils s’en prennent toujours à ceux qu’ils pensent les plus faibles pour montrer comment, eux, ils se croient les plus forts. Malheureu­sement, ces ânes scolaires, on ne les met pas en quarantaine.

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Naturellement, l’intimidation virale s’est emparée des médias qui ne craignent pas la surenchère hystérique. Oui, les médias procèdent comme les virus: ils nous contaminent sans qu’on s’en rende compte, à force de nous postillonner dans la face la peur de tout, sur les ondes et les écrans, à longueur de journée.
Tenez, ils sont même parvenus à sortir de son bunker le bonhomme en charge de l’Organisation mondiale de la santé, une organisation qui n’en est pas à une controverse près. Je n’ai pas pris le temps de retenir son nom vu que j’ai des choses plus importantes à faire, comme prendre des bains de Purell pour être pur et sans tache. C’est exactement comme au baptême: on sort de là spic and span!
Donc, le bonhomme Santé a dit que fallait se laver les mains avec du Purell. WOW! Une vraie soutenance de doctorat! J’aurais pu vous dire la même chose pour la moitié de son salaire!
C’est comme attendre dix heures à l’urgence pour se faire dire d’aller prendre deux Tylenol à la maison.
C’est sûr que beaucoup de chercheurs essaient de trouver un remède approprié. Tant mieux!
Mais c’est sûr aussi que les géants pharmaceutiques sont à calculer comment ils vont pouvoir faire une piasse avec ça. Et ce n’est pas l’OMS qui va les en dissuader.

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Cela dit, je ne minimise en rien la gravité de la situation, bien conscient qu’il y a un danger, et que c’est normal d’inciter les gens à prendre des précautions. Mais de toute manière, depuis le temps qu’on les répète, on devrait toujours les prendre, ces précautions.
Le même principe doit s’appliquer quand on se rend dans un hôpital. Quand j’ai des rendez-vous à l’hôpital, j’ai toujours une peur bleue d’attraper une maladie nosocomiale, c’est-à-dire une infection qu’on attrape à l’hôpital. Comme la fameuse bactérie «C. difficile».
J’ai lu qu’au Québec, en 2015-2016, un millier de personnes sont décédées d’une maladie nosocomiale! C’est pourquoi j’ai froncé un sourcil en apprenant qu’on maintenait en quarantaine des touristes sur des paquebots de croisière non équipés pour ce type d’urgence. Excellente manière de répandre le coronavirus!
Bon, j’aime pas trop en parler, me semble que ça me pique partout. Zut, maintenant faut que je me gratte.

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Avec tout ça, je ne sais plus où j’en suis. Ah! oui: l’hystérie médiatique.
Aujourd’hui, les médias conventionnels doivent faire la lutte aux médias sociaux qui sont déjà très contagieux. N’importe quelle rumeur idiote y trouve son idiot de service pour la répéter, croyant rendre service à l’humanité en répandant tous azimuts son médiavirus, également appelé manque de jugeote.
Cette concurrence mène à l’escalade. C’est à qui trouverait l’adjectif le plus effrayant, le plus abracadabrant, le plus extravagant pour nous annoncer quelque chose, croyant que cette diarrhée de mots à résonance catastrophiste va capter notre attention suffisamment longtemps pour attirer, ensuite, celle des annonceurs.

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J’en ai eu la preuve au moment où j’ai entendu dans un débat télé un spécialiste-en-tout se lancer dans une comparaison douteuse entre le coronavirus et la peste noire qui a décimé l’Europe au XIVe siècle, fauchant des dizaines de millions de personnes. Dieu merci, un autre expert l’a ramené au XXIe siècle.
Quand je vous dis qu’on se gave de nouvelles épeurantes, qu’on aime ça, qu’on en redemande, ben, c’est ça. Ce n’est pas pour rien que le soir autant de monde se roule en boule devant des téléséries pour voir des gens se faire trucider. Ça les excite.
Toutefois, bizarrement, quand la mort nous touche de près, on ne veut rien savoir. On se débarrasse au plus vite de l’être «aimé»! Presque plus d’exposition, de fleurs, de messe, d’accompagnement au cimetière; rien que des sandwichs en triangle au salon funéraire. Et encore!

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Bref, le coronavirus est déjà «médiaviral»! Il a contaminé tout ce qui grouille et scribouille en matière médiatique. Pourtant, sans en minimiser la dangerosité, rien ne nous interdit de garder la tête froide.
Ce que ne sont pas parvenus à faire les boursicoteurs la semaine dernière. La Bourse se dégonflait à vue d’œil. Certes, les multiples mesures prises partout pour endiguer l’expansion du virus causent de réels problèmes dans les échanges commerciaux internationaux. Et c’était la panique. On parle même d’annuler les Jeux olympiques! Bref: le coronavirus s’attaque aussi à la mondialisation!
Sur terre, depuis quelques années, une peur morbide se répand: de l’arrivée au pouvoir de Trump, à la guerre tarifaire avec la Chine d’où nous vient ce virus; des prophéties alarmistes de Greta sur l’environnement, aux objurgations papales pour sauver les migrants; de la montée de l’islam radical, aux succès électoraux des mouvements populistes; des gilets jaunes, aux barricades sur les voies ferrées; et maintenant, le coronavirus: tout, absolument tout, est devenu global, fatal et final, ânonnent les médias.

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Je me demande s’il ne serait pas utile de prendre un grand respire, pour pouvoir mieux réfléchir. De garder son sang-froid. Et surtout d’éviter de paniquer sans savoir.
De nos jours, on perd plus de temps à réagir qu’à agir, simplement, solidairement, efficacement, pour solutionner les problèmes mondiaux.
Où est passée notre humanité? Notre simple bon sens? Certainement pas sur les médias sociaux où chacun est dans son coin avec sa meute à postillonner des bêtises virales à la meute d’en face. Mozusse de virus, ça itou.
Faudrait y penser, sereinement, non? Purell, quelqu’un?
Han, Madame?