Les dures leçons du coronavirus

À ce jour, le coronavirus aurait infecté plus de 92 000 personnes et en aurait tué au moins 3 125 à travers le monde. Le spectre mondial grimaçant du Covid-19 (ainsi que le virus est désigné) permet de se rendre compte jusqu’à quel point les pays du monde – riches et pauvres – n’étaient pas préparés à faire face à une épidémie d’une telle ampleur. Fait encore plus intriguant, l’irrésistible propagation de la maladie se moque quotidiennement de la myopie de la plupart de nos élites dirigeantes mondiales.

L’exemple américain est instructif. Le président Donald Trump a été appelé à signer dans l’urgence un budget de 8,3 milliards $ du Congrès américain, consacré à la réponse au coronavirus. Ce paquet alloue des fonds fédéraux afin d’aider les gouvernements locaux et des États à intensifier leurs préparatifs en cas de pandémie.

Les analystes s’entendent toutefois pour affirmer que la politique «Amérique d’abord!» de Donald Trump n’aura été jusqu’ici d’aucun secours contre l’épidémie d’origine chinoise. Ironiquement, c’est aussi ce président pathétique qui a fait pression pour que les États-Unis réduisent le financement de l’Organisation mondiale de la Santé, l’organe des Nations unies qui coordonne la réponse internationale en la matière.

L’exemple britannique n’est pas moins paradoxal. Jusqu’à cette semaine, le frère siamois de Trump, Boris Johnson, continuait d’étonner par une égale insouciance. Alors que le virus se propageait, le premier ministre de la Grande-Bretagne s’affairait, lui, à rompre les liens de son pays avec l’Union européenne. La promesse de M. Johnson? «Reprendre le contrôle» (Taking back control) de l’UE.

À ses dépens, Johnson aura toutefois appris que le Brexit n’a nullement permis au Royaume (des dizaines de cas d’infection et un décès) de tenir le coronavirus en respect. Même leçon d’humilité devant l’arrogance de Trump: le mur qu’il construit avec un singulier acharnement le long de la frontière américano-mexicaine se révèle être une de ces mesures impuissantes, en plus d’être coûteuses.

Le virus s’est donc joué du respect des frontières nationales. Il ne fait non plus aucun cas des bannières anti-immigrants brandies par des dirigeants populistes comme Narendra Modi en Inde. La propagation mondiale du coronavirus vient plutôt confirmer l’«interdépendance complexe» de notre monde, où le global peut être aussi (sinon, plus) important que le local.

De nombreuses incertitudes

Les scientifiques pourraient peut-être bientôt trouver un vaccin efficace contre le coronavirus. Pour être significatifs, les efforts de surveillance et de traitement seront nécessaires à travers le monde.

Cette fin de semaine, les médias faisaient état d’au moins 49 cas confirmés ou présumés de Covid-19 au Canada. Le ministre des finances Bill Morneau annonçait vendredi à Toronto que le prochain budget fédéral réservera plus de fonds d’urgence que d’habitude «pour s’assurer que nous sommes prêts et capables de répondre» à l’épidémie.

D’autres pays moins nantis comme la Corée du Nord ou Haïti, avec des systèmes de soins de santé en ruine et qui sont privés d’investissements publics, sont plus vulnérables et n’ont pas les moyens de cette réponse. D’où, dans certains pays, les gouvernements s’en remettent aux prochaines conditions météorologiques estivales, notamment dans l’hémisphère nord. Un tel espoir peut toutefois être discutable.

En effet, les changements climatiques ont sérieusement affecté les schémas de migration des oiseaux. Ceux-ci pourraient plus facilement propager des virus à de nouveaux endroits et à travers un plus large éventail d’espèces d’oiseaux, expliquent des scientifiques.

Le changement climatique a aussi entraîné des pertes (non remédiées) de récoltes et de malnutrition à travers le monde en développement. Or, certaines études démontrent que les personnes souffrant de malnutrition et de maladies sous-jacentes, comme la tuberculose, sont plus susceptibles de mourir d’infections comme le coronavirus.

Le vieillissement de la population mondiale est un autre défi majeur, comme dans tout cas de pandémie. Les grippes saisonnières tendent en effet à tuer plus facilement parmi les personnes les plus âgées.

Du reste, l’interdiction des rassemblements publics et les précautions sanitaires (se laver les mains fréquemment, par exemple) peuvent contribuer à réduire les niveaux d’infection et de décès. Ces mesures ne constitueront toutefois pas une panacée. Pour être efficaces, elles doivent être appliquées à l’ensemble des populations et le temps que durerait une épidémie.