Juste de donner ce mot comme titre de la chronique peut donner l’impression d’habiter une autre époque. Est-ce que c’est encore possible de parler d’humilité en 2020? Dans un contexte de laïcité, peut-on faire l’éloge d’une telle vertu souvent associée au monde religieux, mais qui est d’abord humaine?

Dans la vie spirituelle, l’humilité est le remède à bien des maux. À commencer par l’orgueil! L’humilité permet de se situer à sa juste place. Sans cette attitude, l’être humain croit pouvoir se passer de Dieu ou se mettre à sa place.

L’humilité est importante dans nos relations. Elle apporte des bienfaits dans le monde politique, religieux et communautaire. Fidèle à elle-même, elle prend sa place au rancart lorsqu’elle est bousculée par l’arrogance, la vantardise et la gloire acquise en dépit de tout.

+++

Pour bien saisir ce qu’est une personne humble, nous pouvons imaginer son contraire. Ce serait alors quelqu’un qui croit pouvoir se passer des autres. Ou encore qui n’a rien à apprendre des autres: au contraire, elle a toutes les solutions et veut les faire connaître.

Une telle personne se situe au-dessus des autres. Elle considère comme une perte de temps l’écoute, le dialogue, les consultations ou les remises en question. Elle recherche constamment la flatterie et la vaine gloire. Pendant cette quête incessante, elle ne peut reconnaître ses propres limites.

Contrairement à la personne orgueilleuse, celle qui est humble se met en état de réceptivité et d’accueil. Elle ne se situe pas au centre de l’univers, pas même de son univers. Elle va jusqu’à considérer les autres comme étant supérieurs à elle-même (Ph 2, 3).

Vivre humblement, c’est vivre simplement. Sans chercher les grandeurs ou les choses compliquées. C’est miser sur la confiance dans nos rapports avec les autres. C’est aussi s’engager dans des projets communautaires qui ne font pas beaucoup de bruit, mais qui font advenir un monde plus juste.

Une telle existence a des incidences sur l’environnement. Sachant qu’elle n’est pas le tout de la création, une personne humble accorde aux autres êtres vivants le droit de vivre. Consciente que les ressources de la planète sont aussi pour les générations à venir, elle adopte de saines habitudes de vie.

+++

Les arrogants se trouvent autour de plusieurs tables. Des tables de cuisine et de restaurants. Des tables de conseils d’administration et de bureaux de direction. Des tables de jeu de cartes et de bingo. Il s’en trouve aussi près des machines à café. Dans les salles d’attente.

Et à la sortie des églises.

Vous reconnaissez peut-être certains de vos collègues ou amis. Vous n’auriez pas de difficulté à les nommer. Mais il ne faudrait pas être aveuglé par la poutre dans notre œil. Il est facile et tentant de croire que cette maladie atteint surtout les autres. L’orgueil est plus contagieux que le Covid-19. Il se transmet de génération en génération depuis le premier humain.

Au lieu de condamner les personnes orgueilleuses, il faut plutôt les voir comme des rappels de ce que nous pouvons être (et que nous sommes tous profondément). Elles peuvent être des occasions de rester vigilant vis-à-vis de soi-même et de nos inclinations intérieures.

+++

Il y a dix jours, les chrétiens sont entrés en carême. Les cendres sur le front rappellent que nous sommes de la terre. Les mots «terre» et «humilité» ont la même racine: «humus». Se rappeler sa condition humaine et consentir au réel aide à rester humble.

Je remarque beaucoup de ressemblances entre ce que disent les psychologues et les maîtres spirituels sur l’orgueil qui rend l’esprit malade: un rejet ou un dégoût pour la condition humaine.

Tous sont invités à se détourner de leur orgueil. C’est accepter le publicain comme modèle de priant. C’est prendre la dernière place. C’est recevoir la grâce de l’humilité et s’approcher ainsi de sa ressemblance divine.

Marcher en prenant la main de l’humilité nous fait avancer d’un pas confiant et sûr. Ce n’est certes pas se déprécier, mais recentrer sa vie et affirmer que son vrai «moi» est faillible.

En ce sens, l’humilité est une illumination. Elle permet de s’ouvrir aux autres, ce qui est la source de toute joie.

mathieu_roy_comeau 808x461-c logo
Survivre au budget