The Invisible Man: terrifiante métaphore sur la violence conjugale

NDLR: La chronique Au grand écran est exceptionnellement publiée mardi cette semaine. Elle reviendra à son horaire régulier le samedi 21 mars.

Certains des meilleurs films d’horreur sont ceux qui parviennent à porter un regard critique sur la société. The Invisible Man (en salle depuis le 28 février) en est un rappel probant.

Pendant la période de l’entre-deux-guerres, les studios Universal ont créé les bases du cinéma d’horreur tel qu’on le connaît aujourd’hui en mettant sur pellicule les aventures du bossu de Notre-Dame (1923), du fantôme de l’opéra (1925), de Dracula (en 1931, avec Bela Lugosi), de Frankenstein (1931), de la momie (1932), de l’homme invisible (1933) et du loup-garou de Londres (1935), notamment.

Tous ces monstres sont aujourd’hui très bien ancrés dans la culture populaire et la plupart de ces films sont considérés comme des classiques.

Chacune de ces oeuvres a engendré une série de suites et de remakes.

Au début des années 2010, les studios Universal ont tenté d’imiter le succès de Marvel et de bâtir un univers cinématographique dans lequel évolueraient conjointement certains monstres classiques et leurs antagonistes.

The Mummy (2017), avec Tom Cruise, devait être la pierre d’assise du Universal Dark Universe, Un échec critique et commercial monumental a forcé les bonzes du studio à revoir leurs plans. Ils ont finalement décidé de laisser tomber leur projet d’univers pour simplement se concentrer à lancer des films sans lien entre eux qui mettent en vedette les monstres classiques.

Adapté du roman de H.G. Wells, paru en 1897, The Invisible Man est la première entrée de cette nouvelle stratégie. Une entrée fort réussie.

Hantée par un fantôme

Cecilia Kass (Elizabeth Moss) cherche à tout prix à quitter son conjoint contrôlant, Adrian Griffin (Oliver Jackson-Cohen), un spécialiste mondial dans le domaine de l’optique.

Un soir, Cecilia parvient à s’enfuir. Elle se réfugie chez un ami policier, vivant constamment dans la peur qu’Adrian la retrouve.

Les angoisses de la jeune femme s’évanouiront quand elle apprendra que son ex-conjoint s’est enlevé la vie et qu’elle hérite d’une belle somme d’argent.

Les réjouissances seront toutefois de courte durée quand Cecilia réalisera qu’Adrian, qui a simulé sa mort, veut gâcher sa vie sous la forme d’un homme invisible…

Formidable Moss

Elizabeth Moss est une des comédiennes de l’heure à Hollywood. Mise au monde par les séries Mad Men et The West Wing, elle a connu la consécration récemment grâce à son travail dans l’adaptation du roman de la Canadienne Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale.

Dans The Invisible Man, Moss en est à son premier rôle d’importance dans un film à grand déploiement et le moins que l’on puisse dire, c’est que la Californienne âgée de 37 ans livre la marchandise.

Puisque Moss doit interagir avec un personnage invisible, vous comprendrez qu’elle porte le film en entier sur ses épaules. Ce sont ses réactions qui nous font ressentir l’ampleur du cauchemar que vit Cecilia.

Moss rend à la perfection une ribambelle de sentiments, de la crainte à l’angoisse en passant par la peur absolue et la détermination.

Il est très tôt dans l’année et l’Académie affiche un dédain très assumé pour le cinéma d’horreur, mais force est de constater que nous avons une première candidate à l’Oscar de la meilleure comédienne.

Efficace

Au-delà du travail de Moss, The Invisible Man est surtout un suspense extrêmement bien ficelé.

Aidé par la musique de Benjamin Wallfisch (Hidden Figures, Blade Runner 2049), l’oeuvre nous fait constamment douter, incertain que nous sommes si Adrian est dans la pièce, et, si oui, où exactement…

Un excellent rappel qu’au cinéma d’horreur, ce que le spectateur ne voit pas est parfois beaucoup plus terrifiant que ce qu’il voit.

Le réalisateur et scénariste Leigh Whannell (Insidous: Chapter 3) a pris ses distances face au roman de Wells et à pratiquement toutes les adaptations qui ont suivi.

L’homme invisible n’est plus le héros romantique et mal compris que nous avons vu dans le passé. Il est un prédateur froid et calculateur dont la détermination nous rend très mal à l’aise.

Le film est en fait une métaphore sur la violence conjugale. L’homme abusif qui, malgré son absence, continue de hanter ses victimes est une réalité que trop de femmes connaissent et vivent. Whannell le rappelle avec un à-propos qui donne froid dans le dos.

 

FICHE TECHNIQUE

Version française: L’homme invisible
Genre: suspense / horreur
Réalisateur: Leigh Whannell
Scénario: Leigh Whannell
Avec: Elizabeth Moss
Durée: 124 minutes
Budget: estimé à 7 millions $
Une production des studios: Universal Pictures

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 4
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 4
Originalité: 3
Divertissement: 4

TOTAL: 19 sur 25 (quatre étoiles sur cinq)