La déception est grande

Bien que la COVID-19 est encore très loin de figurer parmi les grandes épidémies (ou pandémies) de l’Histoire comme la peste noire, la variole, le choléra, la grippe espagnole et le sida, il n’empêche qu’elle est déjà assurée de passer à la postérité, ne serait-ce que pour avoir été la première à provoquer la suspension de tous les sports, ou presque, sur le globe.

Depuis que la grippe espagnole avait forcé l’annulation de la finale de la coupe Stanley de 1919 entre les Metropolitans de Seattle et le Canadien de Montréal, à la suite du décès du défenseur Joe Hall du CH, le sport en général avait été plutôt épargné à ce niveau.

En fait, mis à part le fléau des commotions cérébrales et les stéroïdes qui ont changé la donne dans les performances, la santé des athlètes a rarement fait les manchettes pendant les dernières 100 années.

Cela dit, en attendant des développements, plusieurs athlètes de l’Acadie souffrent néanmoins de la situation.

Bien qu’ils comprennent les raisons qui ont poussé les décideurs à travers le monde de suspendre les activités, ils n’en sont pas moins catastrophés.

J’ai d’ailleurs eu l’occasion de discuter un peu avec certains de nos athlètes les plus bouleversés par la pandémie.

Prenons le cas de Daniel LeGresley, qui devait escalader l’Everest le mois prochain. Son projet est désormais kaput. Et croyez-moi, ça lui fait mal. À l’âme surtout.

Il faut dire que ça fait des années que Daniel se préparait pour la réalisation de son grand rêve. Le sommet du monde, il s’y voyait depuis des milliers de lunes.

«Évidemment que je suis très déçu de la tournure des événements, m’a-t-il confié. Je me suis beaucoup investi physiquement, mentalement et financièrement dans ce projet. Ça fait des années que je m’entraîne et que je me prépare pour ça en courant et en escaladant de nombreuses montagnes dans les Adirondacks, à New York, ou encore dans les Alpes.»

«C’est triste, mais il est évident que développer la COVID-19 dans les hauteurs, où l’oxygène est déjà rare, aurait multiplié le risque d’avoir des problèmes. C’est sans oublier qu’il faut protéger le Népal qui n’est pas autant équipé médicalement que d’autres pays afin de bien gérer une pandémie. Ce n’est que partie remise. J’espère juste que l’année prochaine je pourrai prendre deux autres mois de congé pour réaliser mon rêve», a ajouté l’enfant chéri de Néguac.

Johanne Thériault, qui devait prendre part au Marathon des Sables, du 3 au 13 avril au Maroc, a elle aussi encaissé un choc quand l’événement a été annulé au début du mois.

«Je comprends la déception, d’autant plus que comme maman de deux filles je n’aurais pas couru le risque de potentiellement les exposer au virus. Sportivement, par contre, je suis déçue. Ç’a été beaucoup de préparation sur le plan physique et mental, ainsi qu’au niveau de la logistique. Je reste positive en me disait que ce sera plus facile de m’y préparer la prochaine fois et que ce que j’ai fait dans les derniers mois sera un atout. Ce n’est donc que partie remise. En fait, ma plus grande déception est pour Daniel LeGresley. Daniel y avait mis tellement de préparation pour son projet d’escalader l’Everest», m’a raconté la coureuse de Nigadoo.

Au hockey, Marc-André LeCouffe était en bonne position de faire un long bout de chemin dans les séries éliminatoires de la Ligue junior A des Maritimes avec les puissants Western Capitals de Summerside. Il se voyait vivre une expérience similaire à celle de 2018 quand il avait aidé le Titan d’Acadie-Bathurst à remporter la coupe du Président et la coupe Memorial.

«C’est très décevant, m’a révélé l’attaquant originaire de Tracadie en début d’après-midi. Nous avions une très bonne équipe et j’avais travaillé extrêmement dur afin d’être prêt pour les éliminatoires. De possiblement terminer ma carrière junior pour quelque chose comme ça est dur à prendre. C’est frustrant. En même temps, il y a des choses plus importantes dans la vie que le hockey. La santé de tout le monde est bien plus importante. Alors si l’annulation des activités était la meilleure option pour la santé des gens, le mieux à faire est d’être patient et de comprendre la situation.»

Les Flyers de Moncton, au niveau midget AAA, doivent eux aussi composer avec beaucoup de déception. Le défenseur Jonathan Desrosiers s’est fait le porte-parole de ses coéquipiers.

«C’est évident que je suis déçu que la saison se termine aussi vite, mais je pense qu’il faut penser à notre santé avant tout. Quand nous avons appris que la saison de la LHJMQ était repoussée, nous savions très bien que ça allait nous arriver à nous aussi. Mais honnêtement, je ne me doutais pas que ça allait se faire si rapidement. Nous avions vraiment une équipe pour nous rendre jusqu’à la coupe Telus et compétitionner avec les meilleures formations au Canada. En attendant des développements, nous allons essayer de nous garder en forme même si aucun entraînement sur la glace est prévu», m’a confessé le jeune espoir des Wildcats.

J’ai aussi tenté d’obtenir la réaction d’un joueur des Wildcats, mais ce dernier a reçu l’ordre de ne pas commenter la situation dans les médias.

Par ailleurs, à moins que quelqu’un ne vienne me dire le contraire, les courses de chiens de traîneaux semblent être le seul sport qui n’a pas succombé à la tornade du coronavirus.

Rémy Leduc, de l’équipe Akkada, m’a mentionné cet après-midi que seul le tirage des dossards avait été annulé pour le Défi Taïga de Fermont, au Québec, qui se déroulera du 22 au 24 mars.

«Il n’y aura également pas de banquet à la fin pour la remise des prix, mais sinon la course va avoir lieu. La remise des prix, elle, va se faire en privé», m’a expliqué le musher de Glenwood, dans le Restigouche.