Jeudi, ce sera la fête de saint Joseph. Célébrée en grandes pompes il y a quelques années à peine en terre acadienne, cette fête demeure une solennité au calendrier de l’Église. Même en plein carême, l’Église n’hésite pas à chanter la gloire de Dieu pour ce géant de l’histoire sainte.

Le plus grand sanctuaire au monde dédié à saint Joseph se trouve dans notre pays. D’ailleurs, avant même avant la Confédération canadienne, les missionnaires récollets et capucins avaient confié le pays à naître au saint paternel. Sur le flanc du mont Royal, le frère André a commencé une construction qui allait devenir un haut lieu de pèlerinage. L’oratoire St-Joseph de Montréal accueille chaque année des milliers de pèlerins et de visiteurs.

L’Acadie n’est pas en reste. Ici aussi, la dévotion au noble époux de Marie a marqué les commencements de l’Église. Plusieurs des anciennes paroisses ont comme patron saint Joseph (ou encore Joseph, Marie et Jésus). Qu’on pense à la paroisse-mère de Bathurst, Ste-Famille à Népisiguit, ou encore les paroisses St-Joseph à Carleton, à Shédiac, au Madawaska et ailleurs.

À Memramcook, la dévotion du Père Lefebvre à saint Joseph a donné le nom du saint au collège. À Tracadie, l’arrivée des religieuses hospitalières de saint Joseph pour prendre soin des lépreux, conjuguée avec la dévotion légendaire du Père Trudel au père de Jésus, ont incité Mgr Rogers à nommer le saint paternel co-patron de la paroisse. Sur la pointe Le Royer, la chapelle St-Joseph (imitant l’église de Grand Pré) est le rappel bâti de l’attachement de plusieurs Acadiens à Joseph.

Si la dévotion à Joseph est si répandue ici, c’est à cause de la foi de ceux et celles qui sont venus évangéliser en terre d’Amérique. Les premiers missionnaires sont arrivés au 17e siècle, à une époque où le christianisme redécouvrait la valeur de l’Incarnation. Il est normal, quand on s’intéresse à l’humanité de quelqu’un, de s’intéresse à ses parents.

Les missionnaires ont donc apporté avec eux un héritage spirituel qui faisait une grande place à Jésus et à ses parents. Les pasteurs ont fait de même: la dévotion de Mgr de Laval à la sainte famille a fait en sorte qu’il demandait aux familles de son immense diocèse (tout le territoire au nord du Mexique) de se consacrer à celle de Nazareth. Il encourageait aussi les parents à ajouter le prénom de la vierge à celui de leurs filles et celui de Joseph à celui de leurs garçons.

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Les saints de l’Église sont présentés comme intercesseurs et modèles. Ils montrent une façon de vivre concrètement l’Évangile. Peut-on comprendre la référence à Joseph dans cette perspective?

La Bible dit peu de choses sur Joseph, sinon qu’il était un homme juste et religieux, un père de famille, un époux, un ouvrier. On conclut qu’il accomplissait bien ses tâches. Que les évangélistes rapportent si peu de choses sur la vie de Joseph à Nazareth devient difficile pour celui ou celle qui voudrait l’imiter servilement. C’est peut-être une chance pour nous. Si nous avions des renseignements précis, nous serions peut-être portés à imiter la vie d’une autre époque.

Pour imiter Joseph, les questions demeurent: qu’est-ce qu’un bon père de famille? un bon époux? un bon ouvrier? À chacun de répondre en fonction de ce que ce modèle appelle de lui. Le peu de donnés sur Joseph est une chance, car elle permet d’inscrire dans le cadre de nos vies, non la copie de la vie quotidienne d’une autre époque, mais la sienne propre. Chaque époque doit réviser l’idéal et remplir le cadre à partir de sa réalité.

Joseph vit les joies et les peines des gens ordinaires; il est un bon ouvrier qui gagne le pain quotidien pour faire vivre sa famille. À travers lui, l’existence quotidienne est canonisée. Ce modèle dit que la vie de tous les jours peut être un lieu de haute sainteté, que chaque geste du quotidien n’est pas négligeable, puisque cette vie a été vécue par Joseph.

L’Église a canonisé des martyrs, des ascètes, des fondateurs, des docteurs, des rois, des papes. Ces saints ont servi de modèle a bien d’autres personnes. Qu’advient-il alors de ceux et celles qui ne sont ni martyrs, ni moines, ni pasteurs, ni membres de communauté? Ces gens ont leur modèle en Joseph.

À côté des «grandes spiritualités» reconnues (bénédictines, dominicaines, jésuites, etc.), il existe une spiritualité pour la vie de tous les jours. La dévotion et la référence à Joseph permet de vivre le quotidien, de penser l’éducation des enfants et d’orienter vers Dieu. N’est-ce pas là une voie spirituelle? Pour la majorité d’entre nous!