Quand le Bleu et Or écrivait l’histoire

Après vous avoir servi (I’d take an) Al MacInnis slap shot in the balls for you et d’autres chansons consacrées au hockey, j’ai décidé de vous téléporter aujourd’hui en 1980.

Alors laissez-moi d’abord vous mettre dans le contexte de cette période qui marquait la mort du disco et la naissance de la coupe Longueuil.

Par exemple, dans le merveilleux monde du hockey, les Américains ont causé un véritable miracle en battant les Russes dans la finale des Jeux olympiques de Lake Placid, les Islanders de New York ont mis un terme à la série de quatre coupes Stanley consécutives du Canadien de Montréal, les frères Stastny, Peter et Anton, ont déserté la Tchécoslovaquie pour Québec et, même si Guy Lafleur était toujours au sommet de son art, Wayne Gretzky est le nouveau phénomène du hockey.

Dans les autres sports, George Brett et Mike Schmidt font peur à tous les lanceurs du baseball majeur, les Steelers de Pittsburgh dominent outrageusement le football américain, Björn Borg, John McEnroe, Jimmy Connors, Martina Navratilova et Chris Evert emballent les mordus de tennis, Tom Watson et Jack Nicklaus sont les dieux du golf et le sprinteur le plus important du 20e siècle Jesse Owens meurt à l’âge de 66 ans.

Vous voilà maintenant prêt à entendre la suite qui retrace une partie importante de notre histoire sportive.

Dans les décennies antérieures, Yvon Durelle et Ron Turcotte ont été à peu près les seuls qui ont su nous faire vibrer par leurs exploits. C’était avant que les Aigles Bleus de l’Université de Moncton décident de quitter l’anonymat relatif dans lequel le club se trouvait.

C’est justement du Bleu et Or dont j’ai envie de vous parler dans cette chronique. J’ai la nostalgie de cette belle époque, où chaque victoire importante s’imprégnait de façon durable dans la mémoire collective.

En 1980, les Aigles Bleus s’apprêtent donc à devenir la première équipe acadienne à nous irradier de fierté. Demandez à n’importe lequel Acadien féru de sports qui est âgé de plus de 50 ans et il vous dira à quel point les Aigles Bleus ont frappé fort dans l’imaginaire collectif.

Pour nous parler des championnats de 1981 et 1982, j’ai réussi à retrouver l’un 14 porte-couleurs de l’équipe qui a soulevé deux fois la coupe David Johnston, soit le Franco-Ontarien Denis Rochon.

Dans l’un des recoins de son cerveau, Denis conserve précieusement des souvenirs de ces deux sacres.

«Nous avions une belle équipe et je me souviens que tous les gars détestaient la défaite. En fait, perdre un match était inacceptable. Moi-même je n’étais pas parlable pendant deux ou trois jours après une défaite. Pour nous, perdre un match était comme voir un virus s’installer dans l’équipe», me lance-t-il en riant.

Selon Denis, les gars ont commencé à croire véritablement à la possibilité d’atteindre le sommet lors de la finale du Championnat canadien de 1979. Les Aigles Bleus n’y étaient pourtant pas.

«En 1979, nous avons perdu en finale de l’Atlantique contre les Tigers de Dalhousie et nous les avons ensuite vus s’incliner en finale nationale face aux Golden Bears de l’Alberta. C’est alors que nous avons réalisé que nous n’étions pas si loin que ça des meilleures équipes. Ç’a été comme un déclic. Nous nous sommes dit que si Dalhousie était capable, alors nous aussi. L’année suivante, nous étions aux Nationaux présentés à Régina, en Saskatchewan. Nous n’étions cependant pas encore prêts pour passer à l’autre étape. Nous étions encore un peu croches et immatures. Mais en 1981 à Calgary, nous étions prêts», raconte-t-il.

«Nous avions beaucoup de caractère dans cette équipe et ça commençait devant le filet avec Benoit Fortier. Benoit était incroyable et lui non plus n’aimait vraiment pas perdre. Même dans les entraînements, ça l’enrageait de voir un gars marquer contre lui», se souvient-il en ricanant.

Si l’offensive pouvait compter sur plusieurs éléments de premier plan, dont François Bessette, Kevin Gaudet et Rémi Lévesque, la défensive elle était de première qualité avec les Michel Béchard, Louis Durocher et Charles Bourgeois, entre autres.

«Il faut donner le crédit à Jean Perron et ses adjoints. Ils ont su recruter de bons joueurs. Michel Béchard c’était le défenseur qui faisait toujours le gros jeu au bon moment, soit par une passe ou encore avec un but. Il avait tout un lancer Michel. Et François Bessette, quel tireur il était. Ça ne lui prenait pas un gros trou pour marquer», mentionne-t-il.

Le 15 mars 2021, cela fera exactement 40 ans que les Aigles Bleus auront remporté leur premier titre canadien grâce à une victoire de 4 à 2 devant les Huskies de l’Université de la Saskatchewan. Eh oui, voilà 40 ans que Jean Perron avait déclaré dans les pages de L’Évangeline: «Il n’y a pas beaucoup de gens qui croyaient en nos chances de gagner, seulement nous».

Denis Rochon souhaite que l’organisation du Bleu et Or organise une fête pour souligner l’événement.

«C’est Benoit Fortier qui m’a fait réaliser ça l’autre jour au téléphone, dit-il. Je n’avais pas réalisé que ça faisait déjà si longtemps. Ce serait plaisant de réunir tous les gars. Il y en a certains que j’ai complètement perdu de vue, comme François Bessette par exemple.»

Denis m’assure cependant avoir gardé le contact avec plusieurs d’entre eux. Michel Laforest, Jacques Jobin, Douglas McGrath, Jean «Dixie» Belliveau, François Robert et Benoit Fortier sont parmi ceux qu’il revoit de temps à autre.

«Nous avons toujours autant de plaisir à nous remémorer nos vieux souvenirs, même si ce sont pas mal toujours les mêmes histoires. Cela dit, il y a des histoires qui ont changé un peu avec le temps», affirme-t-il en éclatant de rire.

«Mais j’adore toujours autant revoir le gars. Ce sont comme des frères. Quand tu vas au bout d’une saison et que ça se termine par une victoire et les bras dans les airs, ça crée inévitablement des liens forts. D’autant plus que je ne rajeunis pas. Je vais bientôt avoir 60 ans et j’ai eu une petite crise de coeur cet été. Tout est maintenant correct, mais ça se veut quand même un avertissement. C’est aussi pour ça que j’aimerais tellement revoir tous les gars», ajoute-t-il.

Un parcours inusité

Je dois par ailleurs vous admettre que je n’avais pas seulement l’intention de parler des Aigles Bleus avec Denis Rochon. Je savais aussi qu’il figurait dans une courte liste de 44 joueurs qui ont joué dans la LHJMQ à leur année de 15 ans. Le dernier en liste est Joe Veleno en 2015-2016 avec les Sea Dogs de Saint-Jean.

Denis, lui, a réalisé son exploit en 1972-1973 avec les Royals de Cornwall. Je lui laisse vous raconter son histoire.

«Mon histoire est un peu différente des autres, me lance-t-il. Je suis né en Ontario, mais j’ai grandi à Gatineau. Puis, en 1972, mes parents ont décidé de retourner en Ontario, mais moi j’ai décidé passer l’été à Gatineau. J’avais 15 ans et plein d’amis et je voulais jouer au baseball avec eux. Avant que la saison de hockey ne débute, comme j’étais sur le point d’aller rejoindre mes parents, ils ont eu un gros accident d’automobile dans lequel ma petite soeur est décédée. Mes parents, eux, ont été sérieusement blessés.»

«Mon oncle Ron Racette, le frère de ma mère, a alors proposé à mes parents de m’emmener à Cornwall pour prendre part au camp des Royals. Mon oncle était le nouvel entraîneur de l’équipe. J’ai connu un bon camp et mon oncle a décidé de me garder. Je n’ai toutefois disputé que quelques parties (15 matchs en fait) et j’ai surtout joué dans le midget.

Avec les Royals, il a eu l’occasion de connaître quelques joueurs qui ont évolué dans la LNH, ont Blair MacDonald, Al Sims, Bob Murray et John Wensink. Lors de cette première saison dans la LHJMQ, les Royals comptaient aussi sur le fils de Bernard Boom Boom Geoffrion, Robert, de même que les frères jumeaux Bob et Doug Chase, de Miramichi.

Denis portera les couleurs de l’équipe pendant trois autres campagnes avant qu’il ne soit échangé aux Olympiques de Hull.

«À ma saison de 18 ans, qui a été la pire de ma carrière junior, je me suis fait casser la mâchoire à deux endroits puis le pied à mon retour au jeu. Une fois au camp d’entraînement quelques mois plus tard, le directeur général des Royals Orval Tessier m’a fait savoir qu’il n’y avait pas de place pour trois joueurs de centre de 19 ans dans l’équipe et il m’a donc échangé aux Olympiques», raconte-t-il.

«Mais pour une raison que j’ignore, l’entraîneur Marcel Pronovost ne m’aimait pas et ne m’utilisait pas beaucoup. J’ai alors quitté le club puis ils m’ont échangé au Bleu Blanc Rouge de Montréal où j’ai disputé quelques matchs avant la pause des Fêtes. Une fois à la maison, en voyant ma mère qui était dépressive des suites de l’accident et en réalisant que je n’avais aucun avenir dans le hockey avec mes modestes statistiques et mes 5 pieds 8 pouces et 165 livres, j’ai décidé d’abandonner le junior pour m’occuper de mes parents», dit-il.

L’année suivante, il reçoit une invitation pour joindre les rangs des Tigers de l’Université de Dalhousie dirigée par Pierre Pagé. Il décline l’invitation et se contente de jouer pour un club senior. Puis, pendant l’été 1978, âgé de 21 ans, il est invité au camp d’entraînement d’Équipe Canada en vue des Jeux olympiques de Moscou. Il n’est pas retenu, sauf que Jean Perron est présent et lui propose de venir jouer pour les Aigles Bleus.

«Ça s’est fait très rapidement. Jamais je ne m’étais imaginé aller à l’université , d’avoir un diplôme et de remporter deux championnats canadiens. Mes quatre années à l’Université de Moncton ont été les quatre plus belles de ma vie, raconte Denis, aujourd’hui retraité après plus d’une trentaine d’années dans la fonction publique»

À ma demande, Denis Rochon m’explique aussi pourquoi il portait le numéro 5 avec le Bleu et Or. Un numéro peu commun pour un joueur de centre.

«À Cornwall, j’ai aussi joué avec l’autre fils de Boom Boom Geoffrion, Danny, qui est d’ailleurs l’un de mes meilleurs amis. Danny portait le numéro 5 avec les Royals et c’est la raison pourquoi j’ai demandé le 5 une fois à Moncton», m’a-t-il confié.

Deux ajouts pour votre iPod

Trois lecteurs, Raymond Shearer, Larry Landry et Carole Chouinard, m’ont écrit pour me parler d’un oubli de ma part dans la liste de chansons consacrées au hockey dans ma chronique de mardi matin.

Ils tenaient mordicus (et avec raison) de me rappeler qu’il y a aussi la pièce Les Canadiens de Montréal d’Oneil Devost.

Ça se veut de plus la seule chanson acadienne à parler de hockey si je ne m’abuse.

M. Devost, un chanteur country originaire d’Edmundston, est d’ailleurs décédé cette année.

Il y a également mon grand ami Michel Doucet qui m’a fait savoir qu’Oscar Thiffault n’a pas seulement rendu hommage à Maurice Richard avec Le Rocket Richard, mais également à Guy Lafleur grâce à La toune à ti-Guy Lafleur.