Soyez solidaires: prenez vos distances!

Autrefois, quand on pressait les gens d’être solidaires, ça voulait dire: se serrer les coudes. Aujourd’hui, on leur demande d’être solidaires… en prenant leurs distances! Un paradoxe de plus dans la lutte mondiale contre la propagation du coronavirus.

Dans les années 1970, la solidarité, c’était les communes, les programmes sociaux, les droits humains collectifs. En 2020, l’époque carbure à l’individualisme et aux ego-portraits. Alors, la solidarité, c’est la distance.

Le virus s’adapte à nos mœurs contemporaines!

Ainsi, étonnamment, en France, dimanche dernier, le gouvernement a permis la tenue des élections municipales, même s’il avait interdit tout rassemblement. Un peu partout, on maintient l’ouverture des métros et autres transports en commun, même si on commence à limiter le va-et-vient des commerces, des restaus et des bars.

Je ne critique pas ces mesures. Je comprends pourquoi on les adopte. Je ne fais que jeter un rayon de lumière sur les paradoxes auxquels nous accule ce satané virus.

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Ce qui est remarquable dans le branle-bas mondial pour contrer la propagation du virus et ses conséquences létales possibles, c’est la multiplication des éléments de communication, notamment les conférences de presse des autorités gouvernementales qui tiennent mordicus à se montrer à la hauteur de la situation.

Lundi, par la magie des ondes et des fuseaux horaires, j’ai pu écouter en direct, l’un après l’autre, le premier ministre Trudeau, suivi du premier ministre Legault, suivi du président Macron, suivi du président américain.

Dans sa conférence de presse, Trudeau semblait (semble) distant, comme s’il était agacé. Ça donne l’impression qu’il n’est pas, ou ne se sent pas, à la hauteur de la situation, et qu’il manque d’empathie. Legault, toujours très calme, semble plus chaleureux de nature, ses propos sont moins formatés. Conséquence: il est plus rassurant.

De son côté, le président Macron a adopté un ton martial, invitant ses compatriotes à la guerre, ni plus ni moins, tout en les admonestant pour leur manque de discipline. Le bonhomme Trump, fidèle à lui-même, avait l’air dépassé par les événements. Une chance qu’un contingent d’entrepreneurs sont venus à sa rescousse, possiblement par civisme élémentaire, jouant les bons citoyens corporatifs.

Même si finalement tous les quatre disaient sensiblement la même chose, annonçant diverses mesures (visant, notamment, la fermeture de lieux publics, la limitation des rassemblements et les efforts déployés pour accroître le dépistage), c’était quatre approches, quatre exposés, quatre attitudes qui en disent long sur nos dirigeants et le degré de confiance qu’ils inspirent… ou non!

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À l’heure actuelle, de façon générale les gouvernements font appel au bon sens des citoyens pour contrer ce virus, tel que les mesures d’hygiène personnelle et le confinement individuel volontaire.

Mais j’ai été étonné de constater, y compris dans mon propre entourage, une forme de désinvolture face à la nécessité du confinement justement. Que des personnes informées «profitent» du confinement pour organiser des soupers entre amis, voilà qui défie le bon sens!

C’est faire preuve d’une irresponsabilité sociale qui peut mettre la vie des autres en danger. Point.

Faudra-t-il se rendre au couvre-feu?

C’est en partie ce qui explique que les gouvernements aient dû prendre des mesures drastiques pour imposer la fermeture des restaus, des bars, des gymnases, des centres sportifs, des théâtres, et autres.

À nous d’agir en conséquence.

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Élément positif: après l’énervement ridicule des courses folles pour s’approvisionner en papier de toilette (pour contrer un virus qui affecte les voies respiratoires…?), il semble que ce délire «solidaire» se soit calmé.

Mais si je me risquais à faire dans l’anthropologie futuriste, je sens, via mes antennes paraboliques invisibles, que ce qui se passe aujourd’hui constitue une rangée de pierres de plus dans l’édification d’un futur gouvernement mondial.

Déjà, il y a cinquante ans, on en parlait. Évidemment, ce n’est pas un système qui peut être mis en place dans une fin de semaine, mais l’addition d’un certain nombre de changements sur la planète depuis, laisse plus aisément entrevoir l’avènement d’un tel type de gouvernement.

On a vu depuis plus d’un demi-siècle, la création de l’ONU, du G-7, du G-20, de l’Otan, de l’Union européenne, de l’OMS, de l’OCDE, du FMI, de l’OUA, du Mercosur, de l’ASEAN, et de nombre d’autres traités de libre-échange, pour ne nommer que quelques-unes de ces institutions mondiales.

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C’est de tous ces développements protéiformes qu’est finalement née la mondialisation. Cette même mondialisation mise à mal, ces jours-ci, par le nouvel éclairage que jette sur elle cette pandémie. Notamment, l’approvisionnement en équipement médical.

Ironie du temps: la Chine, qui a probablement le plus profité de cette mondialisation, est aussi le foyer initial de la propagation de ce virus.

Et c’est vers elle que nombre de pays ont dû se tourner pour des approvisionnements de toutes natures en produits pharmaceutiques et en appareils médicaux!

Voilà que sont révélées au grand jour certaines limites de cette mondialisation, y compris les effets néfastes de la pléthore de délocalisations qu’elle a entraînées. Il est à parier que dans les grandes capitales économiques du monde, certains esprits éclairés commencent à questionner «l’efficience» tant saluée de ce système.

Il y aura un avant et un après coronavirus. Ça, on peut en être certain. Et par toutes les mesures contingentes similaires mises en place, en même temps, à la grandeur de la planète, on voit grossir l’embryon d’un futur gouvernement mondial. L’étau se resserre?

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Ce n’est pas le premier virus mondial auquel nous faisons face et, pourtant, on dirait que le degré de psychose collective atteint cette fois des proportions irréelles. Pourquoi?

Je pense que c’est un effet d’écho des médias sociaux qui répercutent à la fois les bonnes infos et les innombrables âneries. C’est «notre» premier virus à l’ère numérique et on voit bien, là aussi, les écueils dans la qualité des communications auxquels ces médias nous confrontent. Pour la panique, ils sont excellents!

Mais bon, on ne réglera pas ça ici, aujourd’hui. Sur ce, «confiné» entre les fêtes de saint Patrick et saint Joseph, comme une rose entre deux épines, je vais prendre mon bain de Purell.

Han, Madame?