Donald Trump, l’homme malade de l’Occident

Nous sommes quotidiennement exposés au «narcissisme pathologique» du président américain, bien expliqué par la psychiatre et psychanalyste Marie-France Hirigoyen dans son livre récent Les Narcisse: Ils ont pris le pouvoir (La Découverte, 2019).

Elle y cite, entre autres éminents spécialistes, le professeur américain de psychiatrie John Gartner pour qui «Donald Trump manifeste une maladie mentale sérieuse qui le rend psychologiquement incapable d’être compétent pour remplir les fonctions de présidents des États-Unis».

Sa gestion désastreuse de la crise du coronavirus en offrirait, s’il était besoin, la preuve irréfutable. Trump débute chacun de ses points de presse réguliers sur la pandémie en rappelant de manière controversée que le COVID-19 est un «virus chinois» (China virus).

Ce jeu d’égo infantile de Trump avec les Chinois ne fera toutefois pas oublier que la contagion mondiale consécutive à ce virus létal ne révèle pas seulement une crise de gouvernance en Chine. En étant moins hostile à la science et moins dédaigneux vis-à-vis des institutions américaines, Trump aurait peut-être pu aider à prévenir ce qui se profile comme probablement la pire crise depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Les Américains ont tout prévu

En 2009, l’agence de renseignement américain (CIA, en anglais) publiait aux éditions Robert Laffont la version française de la quatrième édition de son rapport périodique dans lequel elle tente en général de prédire les grandes tendances émergentes susceptibles de marquer l’évolution du monde pour les 15-20 prochaines années.

Intitulé «Le Rapport de la CIA : comment sera le monde en 2025?», les auteurs du rapport décrivaient alors un scénario mondial cauchemardesque proche de celui provoqué par le COVID-19. Voici ce qu’on peut lire à la page 250 du document:

«L’apparition d’une nouvelle maladie respiratoire humaine virulente, extrêmement contagieuse, pour laquelle il n’existe pas de traitement adéquat, pourrait déclencher une pandémie mondiale.»

Faisant par ailleurs montre d’une faculté analytique poussée pour la prospective, les auteurs sont allés jusqu’à prévoir les zones et les circonstances de l’émergence de ce nouveau virus:

«Si une maladie pandémique se déclare, ce sera sans doute dans une zone à forte densité de population, de grande proximité entre humains et animaux. Comme il en existe en Chine et dans le Sud-Est asiatique où les populations vivent au contact du bétail.»

Le risque d’une pandémie

Citant d’autres experts, les analystes voyaient avec perspicacité dans les souches hautement pathogènes de la grippe aviaire, telles que le H5N1, des candidats probables à ce type de transformation. Selon eux, d’autres agents pathogènes, comme le coronavirus et diverses sources de la grippe, auraient également les mêmes propriétés.

Les analystes américains avaient même anticipé qu’il y aurait une identification tardive de la maladie en cas de manque de moyens adéquats pour sa détection, ce qui les avait poussés à redouter une «pandémie».

«Il faudrait, craignaient-ils, des semaines pour que les laboratoires fournissent des résultats définitifs confirmant l’existence d’une maladie risquant de muter en pandémie.»

Les conditions de propagation du virus étaient également parfaitement envisagées.

«En dépit de restrictions limitant les déplacements internationaux, des voyageurs présentant peu ou pas de symptômes pourraient transporter le virus sur les autres continents.»

La CIA se voulait malgré tout rassurante. Elle promettait que les centres de recherche américains travailleraient à la mise en place d’un vaccin qui réduirait le risque d’une telle pandémie.

Puis vint Trump!

En 2014, le Conseil de sécurité national (NSC) de la Maison-Blanche avait alors formé une unité de lutte contre les pandémies avec des experts mondialement reconnus. Toutefois, l’administration Trump a décidé de la supprimer en 2018.

Après l’épidémie d’Ebola qui ravageait l’Afrique de l’Ouest depuis 2013, l’administration Obama avait lancé une initiative mondiale pour mieux protéger le monde contre les menaces de maladies infectieuses. Plus de 60 pays y participaient.

Ces dernières années, ce leadership mondial américain s’est aussi évaporé. L’administration Trump a en effet dissous la Direction de la biosécurité du gouvernement fédéral, réduit ses efforts de prévention des maladies infectieuses, restreint l’aide au développement pour des pays en développement, a fait plusieurs tentatives d’annulation de l’aide étrangère, y compris pour la santé mondiale.

Sur la COVID-19, Trump a gaspillé de précieuses semaines en ignorant les recommandations des experts fédéraux, parmi lesquels le très respecté immunologiste qui dirige le National Institute of Allergy and Infectious Diseases, Anthony Fauci. Jared Kushner, le gendre de Trump, a notamment insisté sur le fait que les informations parues dans les médias sur la maladie étaient exagérées.

L’Europe n’a malheureusement pas sur combler ce vide de leadership américain. Encore visiblement déstabilisés par le récent divorce du Royaume-Uni de l’Europe (Brexit), les Européens sont actuellement plongés dans une profonde introspection.

Le virus est donc symptomatique d’une crise tout aussi américaine, voire occidentale.