C’est le printemps! À l’ère de la COVID-19, la chanson de Denis Richard aurait besoin d’être aseptisée. Pas évident de chanter que «les baisers sont plus sucrés et que les adolescents s’embrassent longtemps, tendrement».

Pour cette première chronique d’un temps de distanciation sociale, j’ai choisi de ne pas aborder le sujet de l’heure de plein front. J’aurai amplement le temps de le faire plus tard. Pour élargir nos perspectives, j’ai choisi de faire diversion. Il est bon de lire autre chose. Et de faire autre chose… comme le ménage du printemps!

Plusieurs vont ranger leur linge d’hiver. Moi, je ne maîtrise pas bien ce rituel. Me semble que mes vêtements sont tous quatre saisons… ou presque! Je ne procède pas à un changement de garde-robe avec le passage des saisons, même si, dans quelques semaines, je vais rapprocher mes cuissards de vélo et mes polos sur le devant de la tablette. Je pousserai simplement les chandails de laine au fond. Je ne les veux jamais trop loin, au cas où j’en aurais besoin.

Je vais aussi placer les manteaux et les foulards dans le fond de la garde-robe, mais toujours à portée de main. Je me dis qu’il suffit de quelques semaines pour en avoir à nouveau besoin. Enfin, je rangerai mes bas de laine derrière ceux de coton. En rangeant mes bas, je ferai le tri entre ceux qui seront utiles pour la prochaine saison et ceux qui sont troués aux extrémités ou usés à la corde. Chaque fois, ça me donne des bas célibataires. Qu’en faire?

Portez-les aujourd’hui. C’est la journée des chaussettes colorées et dépareillées.

Je sais… Pour les jeunes, cette journée revient souvent au cours de l’année. Mais aujourd’hui, pas besoin d’être jeune, pauvre ou original pour porter des bas dépareillés. C’est pour être solidaire.

Porter des bas colorés et dépareillés, c’est une manière de souligner la journée internationale de la trisomie 21. Chaque année, le 21e jour du 3e mois (pour les trois copies du 21e chromosome), nous célébrons la richesse des personnes trisomique. J’en connais quelques-uns. Qui sont devenus mes amis. Et l’un d’eux: mon filleul!

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Pour les parents, la nouvelle qu’ils attendent un enfant trisomique est souvent un choc. Après avoir apprivoisé la réalité, ils doivent annoncer et présenter leur petit trésor à leurs proches. Simultanément, se familiariser avec les services de santé (plusieurs de ces enfants ont besoin de soins médicaux spécialisés). Et les différents services communautaires. Une nouvelle vie commence… comme l’accueil de tout nouvel enfant dans une famille, mais celui-ci est un cadeau surdimensionné.

Des caps doivent être surmontés. Enfants, ces personnes doivent faire leur place dans les salles de classe et les lieux publics. Devenues adultes, les défis demeurent. Ces dernières années, on a appris qu’un homme trisomique avait été maîtrisé avec un Taser et qu’une femme trisomique avait été agressée (son agresseur a même vu sa peine réduite).

Pourtant, toutes les personnes trisomiques que j’ai connues avaient une qualité du cœur que je n’ai jamais retrouvé ailleurs. Elles enseignaient mieux la joie de vivre que les meilleurs coachs de vie. À côté d’elles, les humoristes peuvent aller se rasseoir: elles nous font rire sans écorcher personne. Avec elles, on ne fait jamais semblant de vivre: ces personnes vivent l’instant présent.

Les personnes trisomiques sont un trésor pour leurs proches. Hélas, pour d’autres, c’est un trésor qui coûte plus qu’il enrichit. Dans une société qui valorise le rendement économique et l’ascension sociale, ces personnes ne sont pas toujours bien vues. Pas toujours bienvenues. Aujourd’hui, un diagnostic prénatal permet de savoir si l’enfant dans le sein de sa mère est porteur d’un 3e chromosome sur la 21e paire. Les parents sont alors confrontés à un choix déchirant: garder ou non l’enfant. Des pressions viennent de toutes parts.
Les enjeux éthiques laissent perplexe. L’eugénisme pratiqué par des puissants de ce monde pour avoir une race pure (dénoncée et condamné depuis) est aujourd’hui promu par d’autres puissances. Selon notre législation civile, une femme enceinte a le droit de choisir de garder ou non l’enfant trisomique dans son sein. Collectivement, je crois en la diversité et l’égalité de tous. Or, pour que le choix de mettre au monde un enfant trisomique soit aussi celui de toute une communauté, nous devons tous consentir à des efforts d’inclusion.

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La trisomie, c’est l’éloge de la diversité. Ces personnes fleurissent nos vies: des crocus du printemps à l’année! Elles virent notre monde à l’envers en pointant le bonheur ailleurs que là où nous le cherchons. Nous le cherchons autour de nous. Alors qu’une source coule en nous et nous invite à boire à notre puits.

À l’ère de la COVID-19, les personnes vulnérables sont encore plus fragilisées et inquiètes. Ce temps de prévention active ne devrait pas être un prétexte pour que ces personnes en marge de nos réseaux soient isolées davantage. Prenez de leurs nouvelles. Offrez votre aide. Montrez de la compassion.

C’est le temps d’une charité active. C’est le temps de la revanche du cœur. Ce virus est comme l’Esprit-Saint: on ne le voit pas, mais il est à l’œuvre, il travaille au cœur du monde. C’est le temps de montrer la foi qui agit. C’est le temps de se laisser guider. De suivre les consignes aussi!

Et pourquoi ne pas changer vos bas? Plutôt: changer un bas! Si quelqu’un dans votre maison vous demande pourquoi êtes-vous si dépareillés, vous répondrez: «C’est en regardant vers le bas (de la société) qu’on trouve une diversité qui nous élève».
Bonne journée! Bon printemps!