Chronique d’un confiné (1?)

J’ai été enchanté d’apprendre que les Jeux olympiques de Tokyo, prévus cet été, sont reportés à l’an prochain. Ça va me donner plus de temps pour me préparer! Je suis inscrit en haltérophilie pour le lever du pois vert. Vu le confinement qui me force à me bourrer de chocolat, je serai dans la catégorie extra sumo tout garni. J’ai hâte!

Bon, évidemment, faudra venir à bout du mozusse de virus avant. Ça fait que j’annonce une mesure draconienne de plus: je veux pas en voir un me cracher dans face d’ici les Olympiques. Gardez vos microbes che-vous!

C’est d’ailleurs pour ça que je respecte à la lettre les consignes sanitaires du gouvernement. Je ne sors plus depuis au moins cinq ans. Je ne donne plus la main à personne, même que je n’ai pas touché à une seule personne vivante, encore moins vibrante, depuis que je me suis renfermé che-nous. C’est pas l’envie qui manque des fois, vous comprenez, mais bon, on exulte avec les moyens du bord!

De toute façon, sur le Plateau Mont-Royal, depuis que l’embourgeoisement (ou la «gentrification», si vous préférez) a pris le dessus, c’est la mode chez les nouveaux voisins de nous regarder comme si on était des figurants dérangeants dans un film. Ces malheureux parvenus sont venus s’installer dans ce qu’ils perçoivent comme un décor de cinéma et ne tiennent pas à nous voir passer sur la rue trop souvent, ça paraît mal en fond d’écran sur un selfie!

Ah! le malheur des riches! Ça donne pas trop l’envie de leur serrer la pince et tant mieux, car ça contribue à éviter de propager le mozusse de virus! Yéé.

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Mai faut bien manger quand même, non? Alors je tente de faire mon épicerie depuis deux semaines. Chaque jour, je me dis: j’y vais! Pis chaque fois, quelque chose arrive: le téléphone sonne, ou faut que j’aille aux toilettes, ou une voix Netflix me susurre des titres de films, ou je finis par m’ouvrir une bière en allant prendre une marche sur Facebook pour tâter le pouls de la planète.

En arrivant sur Facebook, j’ouvre mes messages. Pour les flocher. Car dans ce temps-ci, c’est la folie furieuse: tout un chacun envoie des vidéos, des liens Internet, des «mèmes». (Ceux qui connaissent ça peuvent sauter le paragraphe suivant. Et passer directement au message subliminal.)

Un mème, c’est une image, un collage informatique, parfois assortie d’une citation drolatique, ou d’une pensée affectueuse, quand ce n’est pas un ange qui nous fait des bye-bye! Souvent, on nous intime également de le partager avec d’autres facebookiens, en précisant qu’il faut qu’on l’envoie également à l’expéditeur qui vient de nous l’envoyer!

Coudon, Chose, si tu viens de me l’envoyer pourquoi je te la renverrais back? C’est sûr qu’on a tous besoin d’attention. Tu pourrais pas trouver un autre moyen de communiquer avec moi?

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Bon, oussé que chu rendu avec mes sparages de confiné? Ah! oui, je vous expliquais pourquoi j’ai pas encore fait mon épicerie. Là, je suis rendu à l’étape de la faire par téléphone.

Hier, j’ai désinfecté mon téléphone pour appeler chez Métro. Après une attente aussi infernale qu’éternelle, la ligne s’est coupée. Trois fois plus tard, j’ai lâché prise. Le lâcher prise, pour les personnes qui n’ont jamais fait de burn-out, c’est un genre de technique new-age qui fait qu’on se tanne de quelque chose à un moment donné pis qu’au lieu de dire qu’on est en clisse, on dit qu’on s’en clisse. Grosse nuance.

Alors, j’ai décidé de passer à l’épicerie sur l’Internet. Ben, joual vert, pas moyen là non plus, car il n’y a pas de plage horaire disponible pour la livraison, vu l’achalandage! C’est achalandé parce que c’est plein de jeunesses à téléphone intelligent, pourtant moins vulnérables face au mozusse de virus, qui se font livrer leur épicerie à maison avant d’aller faire semblant de faire du jogging sur la rue pour que leurs voisins pensent qu’ils sont des athlètes olympiques, au lieu de courir faire leur épicerie en direct!

Tassez-vous, les faux olympiens! Laissez passer les boumeurs enfermés! On était là avant vous autres! Priorité d’épicerie à papi! Déjà qu’on a peur que l’ordi nous saute dans face si on tape la mauvaise touche, vlà qu’on va mourir de faim devant notre écran d’ordi parce qu’on pourra pas se faire livrer nos cannes de bines et nos jus de prunes!

Pis après ça vous pensez vraiment qu’on va vous laisser hériter de nos douzaines de rouleaux de papier de toilettes double épaisseur? Pense pas, moé!

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Honnêtement, c’est pas tout à fait ça que je voulais vous dire aujourd’hui. Je voulais simplement vous révéler une idée anti-virus qui m’est venue par hasard, comme dans un songe: LAVEZ-VOUS LES MAINS!

Parce que le mozusse de virus voyage gratis sur vos mains, que les frontières soient fermées ou non. Sans oublier les mautadites gouttelettes de postillons – pensez aux lamas du Pérou – qui flottent dans l’air. Finalement, on ferait aussi ben de se laver le visage aussi!

Perso, je prends carrément des bains d’eau de Javel! Ok, ça change la couleur du poil, mais bon, puisque je suis confiné, y a pas de danger que le monde voie ça! Tiens, vous me donnez une idée: je pourrais faire des mèmes de moi quand je sors du bain et poster ça sur Facebook pour que le monde le partage avec moi! Comme ça, tout le monde serait ensemble, mais séparé désinfecté!

Cela dit, je ne suis pas encore assez fou pour ignorer que cette chronique répondra à beaucoup de questions d’intérêt public. C’est une forme inédite de transmission communautaire. Vous me remercierez plus tard. Faut s’entraider, non?

Sur ce, je m’en vais me faire une salade. Au menu: mon cactus.

Je serai peut-être plus piquant la semaine prochaine!

Han, Madame?