Geneviève Lalonde reste zen

En temps normal, j’aurais déjà accouché de quelques chroniques d’athlétisme et de course à pied à ce stade-ci de l’année.

Malheureusement, tout est au neutre à cause de cette vilaine de COVID-19, qui n’en finit plus de nous saper le moral et notre liberté. Comparé à elle, Joe Dalton et ses frères sont des anges.

Pour une société de consommation comme la nôtre, être privée d’événements sportifs et culturels devient de plus en plus lourd à gérer. Ça nous dépasse tous pour la plupart.

Quand la reprise d’un match de hockey datant d’une trentaine d’années devient le sujet sportif numéro un dans les médias sociaux, c’est signe que nous sommes en manque de nouveauté.

Mais voilà que la décision du Comité international olympique (CIO) de repousser d’un an les Jeux de Tokyo, me donne l’occasion de vous pondre une chronique pour satisfaire l’appétit de ceux et celles qui ont le pouvoir de rêver seulement en mettant un cuissard, un débardeur et des espadrilles.

Et par la même occasion, je vais en profiter pour vous parler de la 41e Finale des Jeux de l’Acadie qui est pareillement repoussée d’une année.

Commençons d’abord avec la reine canadienne du steeple, Geneviève Lalonde.

Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre que notre Geneviève nationale reste zen face à la pandémie. On la comprendrait pourtant très bien de manifester sa colère envers le destin, mais il n’en est rien. Au lieu de ça elle garde le cap et trouve le moyen de conserver son humour. Vous devriez d’ailleurs aller jeter un œil sur la vidéo d’exercices qu’elle et son copain John Erik Rasmussen ont mis en ligne. On peut même voir Geneviève faire du surf de sofa avec un kit de plongé, incluant les palmes, dans le salon de leur appartement.

Vraiment, son positivisme fait du bien à voir.

«Comme tout le monde, je suis bien sûr triste de voir tout ce qui a été annulé. En même temps, il faut se rappeler que ce qui arrive actuellement est plus gros et plus important que n’importe lequel événement sportif. C’est d’une épidémie mondiale dont on parle et ça fait en sorte que de multiples communautés de gens ne peuvent même pas sortir dehors.»

L’Acadienne de Moncton est aussi très consciente que le report d’un an des Jeux de Tokyo va changer beaucoup de choses dans sa préparation. Là encore, elle ne voit que le positif.

«Nous avons maintenant un an de plus pour nous préparer. Je vais donc utiliser ce temps pour augmenter le volume de mon entraînement et bâtir une plus grande base. En augmentant mon millage et en travaillant sur les théories de base (lire les petits détails qui font souvent la différence), ça va faire en sorte qu’il y aura plus d’essence dans la tank. Ça veut aussi dire que je vais arriver encore plus prête et plus forte à Tokyo», m’explique-t-elle.

Elle croit aussi que sa décision de confier sa carrière à deux nouveaux entraîneurs va donner de bons résultats. Joël Bourgeois, qui n’a pas besoin de présentation, et Hilary Stellingwerff, une spécialiste du 1500 m qui a pris part aux Olympiques de 2012 et 2016, représentent pour elle une superbe combinaison.

Joël, lui-même un double Olympien en steeple (1996 et 2000), a bien sûr le mandat de bien la préparer mentalement et physiquement, tout en lui prodiguant des trucs à tenter en course. Hilary, pour sa part, va travailler surtout à améliorer la vitesse de Geneviève.

Bien entendu, ces temps-ci, la pandémie la force à s’entraîner de façon différente.

«J’ai changé mon horaire, dit-elle. Je cours très tôt et plus tard afin d’éviter les gens. J’emprunte des routes qui sont moins utilisées. Pour le reste, je fais mes autres exercices dans le salon. Je dirais que ça va plutôt bien. Je suis en très bonne forme physique.»

«Sinon, je me garde occupée. Par exemple, comme je vis juste à côté de la mer et que nous avons le droit de nous promener, j’en profite. Moi et mon copain on s’est adapté», mentionne-t-elle.

Je décide que le moment est maintenant bon pour lui rappeler que je lui avais demandé, il y a un an, si elle avait déjà songé à la possibilité de se retrouver aux Olympiques en compagnie de ses deux dauphines, Laura Dickinson et Erin Vringer, Néo-Brunswikoises comme elle.

Elle m’avait répondu en riant qu’elle ne sera probablement plus dans le portrait quand les deux autres seront prêtes à se mesurer à l’élite mondiale sur la plus grande plateforme sportive de la planète.

Comme ça n’avait aucun rapport avec le texte que j’étais alors en train d’écrire, je n’avais pas utilisé ce bout d’entrevue en me promettant de revenir là-dessus plus tard.

Jeudi, je lui ai reposé la question, juste pour voir.

«Ouf… Il y a beaucoup de choses qui ont changé depuis ce temps-là. J’ai déménagé en Colombie-Britannique, j’ai deux nouveaux entraîneurs et voilà maintenant que les Jeux sont repoussés. Disons qu’on va y aller une étape à la fois. Mais je dois admettre que ce serait vraiment quelque chose d’avoir en même temps deux Néo-Brunswickoises dans la course à pied aux Jeux olympiques.»

Entre les lignes, je crois comprendre qu’elle pourrait peut-être être encore là si Laura parvient à se greffer à l’équipe canadienne olympique. Geneviève n’est pas sans savoir que la coureuse de Miramichi grimpe rapidement les échelons dans sa nouvelle épreuve de prédilection, le 10 000 m.

Pour ce qui est d’Erin, il est vrai que cette dernière est encore très jeune, elle qui a célébré son 16e anniversaire en janvier. À 28 ans, bientôt 29, Geneviève n’aura probablement pas la patience, ni peut-être la capacité physique, d’attendre qu’Erin n’atteigne sa maturité physique.

Pour terminer, je fais un Guy A. Lepage de moi-même et je lui balance la question qui tue. A-t-elle le sentiment que la COVID-19 est un wake-up call et que ça va provoquer un changement important dans le comportement et les priorités des gens sur la planète.

«C’est une bonne question. Pour l’instant, j’espère juste que les gens vont profiter de cette période pour faire des choses en famille et de prendre soin de leur corps en faisant de l’exercice. Pour ce qui est de la société en général, il faudra attendre pour voir. Les comportements prennent normalement longtemps avant de changer.»

«En attendant, il ne faudrait pas oublier qu’il y a beaucoup de monde qui vont moins bien présentement. Plusieurs jeunes ne mangent pas bien et ne profitent pas d’un menu santé. Il y a aussi des personnes âgées qui ne peuvent même pas voir leur famille. Et c’est sans oublier que de plus en plus de gens perdent chaque jour leur emploi. C’est pas facile pour eux. Personnellement, je me compte très chanceuse de pouvoir courir et d’être en mesure de travailler à partir de chez moi», termine-t-elle.

Avant de me lâcher, Geneviève me prouve encore une fois à quel point elle a le cœur à la bonne place.

«Peux-tu faire savoir aux gens que je suis prête à donner un coup de main. Par exemple, s’il y a des enseignants qui ont besoin d’aide, je suis là. Et s’il y a des gens qui aimeraient faire des exercices à la maison, je serais très contente de pouvoir les aider.»

Qui ne voudrait pas être ami avec Geneviève Lalonde?

Un rêve détruit

La pandémie a également fini par avoir raison de la 41e Finale des Jeux de l’Acadie, prévue pour avoir lieu du 24 au 28 juin à Quispamsis et à Saint-Jean. Le tout a été repoussé en 2021.

Ce sont en fait les trois prochaines Finales qui sont reportées, ce qui veut dire que Memramcook et Bouctouche auront désormais droit aux événements de 2022 et 2023.

Évidemment, les Jeux régionaux de cette année sont eux aussi annulés.

Le président de la SJA Yves Arsenault a expliqué la décision en faisant savoir que la santé des jeunes, des bénévoles et des organisateurs était la priorité.

«La SJA et le COFJA 2020 se devaient de respecter les mesures en place par nos divers gouvernements et d’éviter toutes grandes manifestations de groupe», a révélé le président de la SJA dans un communiqué.

Ce report cause par ailleurs bien de la peine auprès des jeunes, particulièrement ceux et celles qui en étaient à une dernière année d’éligibilité.

C’est le cas de Madalyn McKinnon, une spécialiste du 800 m de Miramichi qui avait pour objectif de battre le vieux record de Geneviève Lalonde datant de 2006.

Déjà gagnante de l’épreuve en 2019 avec un chrono de 2min30s71, l’élève du Carrefour Beausoleil avait mis les bouchées doubles depuis décembre afin d’améliorer ses chances de jouer dans les plates-bandes de son idole.

«Je m’attendais à ce que les Jeux soient annulés. Je comprends la situation à 100%, mais c’est quand même triste. C’était mon objectif de battre la marque de Geneviève. J’ai eu le privilège de la rencontrer il y a quelques années à Dieppe et elle est depuis mon idole», m’a confié Madalyn.

«Depuis décembre, je m’entraîne avec mon amie Ellahna Priska Mintsa, qui est une sprinteuse. Ça me permettait de travailler sur ma vitesse. Je ne me suis pas chronométrée, mais je sentais de plus en plus forte et de plus en plus rapide. C’était évident quand je pratiquais d’autres sports comme le volleyball et le handball. Je ne sais pas si j’aurais battu le record, mais j’aurais tout donner pour y arriver en sachant que c’était ma dernière chance», dit-elle.

Madalyn MacKinnon – Acadie Nouvelle: Robert Lagacé

Madalyn n’en continue pas moins de s’entraîner à la maison en compagnie de son frère Noah, lui aussi un bon athlète.

«Ma mère nous a même fait un horaire comme à l’école qui comprend 60 minutes d’exercice minimum», lance-t-elle.

«Nous faisons du tapis roulant, de la raquette et aussi du fat bike. Ce matin, nous avons même été dehors pendant plus de deux heures pour fabriquer un fort de neige», ajoute-t-elle en riant.