The Platform: une critique sociale incisive… et sordide

NDLR: Jusqu’à nouvel ordre, la chronique Au grand écran vous proposera deux films par semaine qui peuvent être vus sur les plateformes de diffusion en continu (comme Netflix).

Le film espagnol The Platform (Netflix) n’est pas le premier à critiquer le capitalisme. C’est peut-être toutefois la première oeuvre a le faire de façon aussi sordide…

Goreng (Ivan Massagué) est détenu dans une prison pour le moins particulière.

Dans cette geôle verticale, dans laquelle vivent deux détenus par cellule, un grand plateau de nourriture descend chaque jour d’un étage à l’autre.

Les prisonniers des étages supérieurs mangent plus qu’à leur faim alors que ceux des étages inférieurs doivent se contenter de miettes… quand il en reste.

Chaque mois, les prisonniers sont anesthésiés et transportés sur un étage différent.

Goreng tentera de devenir un vecteur de changement en convainquant les autres détenus de ne manger que le minimum afin que les malheureux des étages inférieurs puissent survivre.

Son appel sera-t-il entendu jusqu’au sommet?

Lutte des classes

Pas besoin d’un doctorat en science politique pour comprendre que The Platform est une critique acerbe du capitalisme.

Dans la société comme dans la prison du film, les classes supérieures vivent dans l’opulence et l’excès alors que les autres peinent à survivre.

Le réalisateur Galder Gaztelu-Urrutia ne ménage pas les effets pour faire valoir son point de vue. Sang, selles, asticots, hallucinations, mutilations, cannibalisme…

La transformation physique et psychologique de Goreng – en raison des mois passés dans les niveaux inférieurs – est cauchemardesque.

Bref, il faut avoir le coeur solide pour apprécier The Platform.

Au-delà de l’étrangeté de l’oeuvre et de son caractère sordide, le film de Gaztelu-Urrutiaa a le mérite de métaphoriser parfaitement l’état de la société capitaliste actuelle: la masse a beau réclamer l’équité, encore faut-il que ceux qui ont le pouvoir de changer les choses écoutent… et acceptent de renoncer à leurs privilèges.

 

Blow the Man Down: dans le sillage de Fargo

En 1996, les frères Joel et Ethan Cohen ont réinventé le film noir en lançant Fargo, une oeuvre frôlant l’absurde dans laquelle une policière enceinte du Minnesota est aux trousses de criminels totalement incompétents. Vingt-cinq ans plus tard, nous arrive Blow the Man Down (Amazon Prime), un enfant légitime de Fargo qui se déroule dans un petit village côtier du Maine.

Le jour de l’enterrement de sa mère, une jeune femme, Mary-Beth Connelly (Morgan Saylor), est abordée par un homme dans un bar.

Elle accepte de le suivre et découvre un fusil et du sang dans la voiture de l’homme.

Craignant pour sa vie, elle s’enfuit et finit par attaquer et tuer son potentiel assaillant.

Avec l’aide de sa soeur Priscilla (Sophie Lowe), Mary-Beth découpe le cadavre, le dépose dans une glacière et le largue du haut d’un cap rocheux.

Dans les jours qui suivent, le corps d’une jeune femme qui travaillait dans une maison close est découvert dans le port.
Déjà qu’elles vivent très mal avec leur crime, les soeurs Connelly vont découvrir que les secrets sont nombreux à Easter Cove et que certaines femmes en mènent très large…

Sombre

Je le précise tout de suite: Blow the Man Down n’est pas Fargo.

Le scénario du film de Bridget Savage Cole et Danielle Krudy (qui signent également le scénario) n’a pas l’intelligence et l’élégance de celui des frères Cohen.

Qu’à cela ne tienne. Malgré deux budgets fort différents, l’ambiance est semblable et nous propulse dans un univers que l’on croirait pourtant aseptisé de tout crime.

Le film se déroule assez lentement et les surprises sont très nombreuses.

À mesure que l’étau se resserre sur les soeurs Connelly, on en vient à se demander comment les deux jeunes femmes vont bien s’en sortir…

Communauté côtière

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant de Blow the Man Down, c’est son décor.

Communauté tissée serrée, bateaux de pêche, quais, poissonnerie, filets, neige… on se croirait en Acadie!

Je me suis toutefois demandé à quelques reprises quelle espèce de poisson ou de fruits de mer les pêcheurs du Maine peuvent-ils bien capturer en plein hiver…

Pour le reste, sans être un futur film culte, Blow the Man Down est une oeuvre intéressante en raison de son ton et de son décor.