M’est revenu en tête les résultats d’un sondage rapporté sur ICI-Première: parmi les demandes citoyennes, c’est le temps qui était le plus sollicité. Ce que les jeunes voulaient, ce n’était pas plus d’argent, ni plus de loisirs, ni plus d’amis, mais plus de temps! Les 24 heures d’une journée ne sont plus suffisantes.

Les résultats de ce sondage sont corroborés par plusieurs études qui montrent qu’autant les travailleurs que les gens à la maison déplorent leur suractivité. Au point que 47% des Français au travail disent frôler le «burn-out». Le manque de temps est une vraie pandémie!

Si on peut trouver quelque chose de positif dans la distanciation sociale, c’est le temps libre qu’il apporte. Alors qu’à longueur d’année nous implorons nos employeurs, notre famille ou notre agenda pour avoir des cases vides, voici une denrée rare qui nous est donnée: du temps pour soi! Du temps pour sa maisonnée! Et si vous êtes croyant: du temps pour Dieu!

Or, il faut savoir organiser son temps. Je pense aux moines ces jours-ci. Et à leur règle pour bien occuper chaque heure. Pour eux, c’est vital! Sinon l’oisiveté mène… vous savez où! Ils ont inspiré l’adage: «le temps, c’est un cadeau de Dieu; ce que tu fais de ton temps, c’est ton cadeau à Dieu».

Voici donc du temps pour ranger. Le stock de papier de toilette et d’alcool. Aussi les placards! Faire un tri parmi les photos stockées dans l’ordinateur. Accepter d’ouvrir les filières pour jeter ce qui n’est plus nécessaire. En faisant de l’ordre autour de nous, notre propre vie intérieure en bénéficie.

Du temps pour réfléchir, pour avoir de la perspective par rapport à la vie qu’on mène. Pour faire le bilan de cette vie. Peut-être que le confinement peut nous inspirer une nouvelle manière de vivre. Nos habitudes de vie pourraient devenir plus simples. Nos désirs de consommation devront être assouvis autrement. Notre planète va pousser un soupir de soulagement.

Ce n’est pas le temps d’aller visiter des amis. Ce n’est plus le temps de jouer à l’autruche et faire comme si la science n’existait pas. Il est trop tôt pour imaginer un futur sur lequel nous avons si peu de prises. Il est trop tard pour raccommoder les pans de sa vie passée. C’est le temps de vivre aujourd’hui. Voilà un présent caché dans ce confinement que nous aurions peut-être préféré éviter.

En lisant les récits intimes du temps qui passe d’Antonine Maillet, je recopie cette perle: «Chacun l’affronte (le temps) à sa façon. Certains choisissent de tuer le temps, d’autres de l’arrêter, de le fuir, de s’en moquer, de l’ignorer, ou de le laisser passer. (…) Je choisis de convier le temps, mon plus proche et fidèle adversaire, à entrer chez moi par la porte d’en avant.» Faites comme elle. Parce qu’un temps viendra où vous trouverez des gens qui rediront manquer de temps.

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En ces temps de prévention, nous sommes invités à veiller les uns sur les autres. La fraternité et la solidarité de la vie communautaire doivent se conjuguer sur un nouveau temps: le plus-que-parfait.

Certains sont choqués (avec raison!) que d’autres ne respectent pas les consignes d’isolement. Nous voyons des dénonciations sur les médias sociaux. Le gouvernement invite aussi à rapporter les délinquants. C’est inédit! Je partage la stupéfaction et les inquiétudes de l’éditorialiste François Gravel (édition du jeudi 26 mars).

Si tous prennent le téléphone pour signaler les infidèles, ce sera rapidement congestionné. Ça l’est déjà! Avant d’en arriver là, je pense qu’il y a des étapes préalables à essayer. Parce qu’après cette pandémie, nous aurons à vivre à nouveau ensemble. Je ne pense pas que la délation doit être la solution première.

Si un membre de ma famille, de mon voisinage ou de ma communauté ne respecte pas les consignes, il vaudrait peut-être mieux lui faire part de mon inquiétude. Lorsque cela est fait avec respect et charité, ça peut porter des fruits. Le faire avec les règles de base en communication: parler en «je», se rappelant que le «tu» tue. Au lieu de dire «ton comportement est irresponsable et scandaleux», opter pour «je me sens mal à l’aise et inquiet face à ton comportement».

S’il refuse d’écouter, trouver quelqu’un en qui il (ou elle) a confiance: un parent, un enfant ou un collègue de travail. Demander à cette personne si elle serait à l’aise d’intervenir. Toujours avec charité, pour aider. Jamais avec arrogance, pour condamner. Et si cela ne fonctionne toujours pas, il est alors sage d’aviser les autorités.

Cette situation peut nous apprendre à vivre avec les autres d’une nouvelle manière. Avec soi-même aussi. Et avec l’environnement qui nous entoure. Bon courage!

De vieux textes à redécouvrir…

« Il y a un moment pour tout sous le ciel: un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher, un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour construire, un temps pour pleurer et un temps pour rire (…) Mais quel avantage celui qui agit retire-t-il de la peine qu’il se donne? Dieu fait toute chose belle au moment voulu. Il a même mis dans le cœur des humains la pensée de l’éternité, même si l’homme ne peut pas comprendre l’œuvre que Dieu accomplit du début à la fin. J’ai reconnu que leur seul bonheur consiste à se réjouir et à bien agir pendant leur vie.» (Ben Sira le Sage, 3)

«Si ton frère a commis un péché, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église.» (Matthieu, 18)