Chronique d’un confiné (2)

Le monde est ben petit: ma coiffeuse est une Acadienne originaire de Caraquet et son salon est à trois coins de rue de che-nous! Incroyable!

Bon, c’est pas ma touffe de cheveux qui est la plus complexe à coiffer. Ça ressemble plutôt à une huppe de vieux cacatoès.

Mais la situation se corse, car je ne suis pas allé me faire tondre depuis plusieurs mois. Ah! la coquetterie d’un p’tit papi pimpant! J’ai donc été pogné la touffe au vent quand le gouvernement a ordonné que le pays aille jouer à la cachette dans la maison!

En sonnant ainsi l’hallali domestique, le gouvernement ne se doutait pas que ce confinement changerait dramatiquement la mode des coiffures. Des cheveux, ça pousse même quand on se cache du mozusse de virus!

Pire: je n’étais pas passé chez ma coiffeuse depuis quelques mois parce que je suivais un traitement Vite-N-Gros® pour la pousse des cheveux, en me disant que si ça fait pousser des carottes dans terre, ça doit être capable de faire pousser des cheveux sua tête, parce qu’un cheveu, c’est comme une minimini-carotte!

La crigne de cheveux me descend maintenant quasiment aux fesses. Comme Lady Godiva. En fait, juste au ras de ma… comment dire… euh, de ma sciatique, tiens. Je me demande même s’il n’y aurait pas un lien de cause à effet vu que je dois me tenir le dos raide pour me tenir la touffe r’levée, en l’honneur de l’ancienne devise d’Edmundston: «Capite Alto», la Tête Haute!

Bref, j’ai l’air d’un Cro-Magnon.

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J’ai bien essayé de me faire des tresses françaises mais on dirait que j’ai trois douzaines de bretzels collés sua tête! J’ai peur que le monde saute dessus si je me rends finalement à l’épicerie! NON, sont pas à vendre!

Finalement, j’ai opté pour un combo tresses françaises et boudins anglais en l’honneur de ma province natale bilingue, le Niou-Bi. Tellement bilingue, qu’il y a même des francophones qui se parlent en anglais entre eux! Un exploit!

En fait, j’ai la conviction que je vais lancer une coupe de cheveux qui sera bien utile dans ma nouvelle carrière.

Car, oui, sitôt le virus éradiqué, j’entreprends une nouvelle carrière.

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Ça faisait un bon moment que j’y pensais. Les circonstances actuelles ont grandement influencé ma démarche: ma nouvelle propriétaire veut mon appartement et je dois déménager.

À cause du confinement et de la pénurie de logement à Montréal, ce sera impossible de chercher et trouver un appart ici avant des lunes. Aussi bien retourner vivre par che-nous, surtout que j’aurai dix fois l’âge de raison en mai prochain et que je ressens l’appel de la terre natale.

Oui, je retourne vivre dans mon patelin. Pire que ça: j’y retourne pour me lancer en politique!

En effet, j’ai décidé de me présenter à la mairie d’Edmundston.

Ça adonne bien, les élections sont repoussées. J’aurai amplement le temps de faire campagne. Une campagne dynamique, efficiente et inclusive. Paraît qu’il faut dire ça, ces mots-là, en politique.

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Évidemment, je ne me lance pas en élection sans avoir un programme politique aussi fantastique que réalistique.

J’ai bien analysé la situation edmundstonienne depuis des années, et j’ai découvert que ce qui manquait le plus dans cette ville, c’est la Beauté avec un grand B, aussi essentielle à l’être humain que l’air qu’il respire.

(Oups, je devrai revoir cette affirmation, parce qu’à Edmundston, l’air qu’on respire sent souvent le djabe. Mais on est fort de nature, on se pince le nez, et hop la vie!)

Je mets l’accent sur la Beauté, parce que du côté sport, y a déjà à peu près tout ce qui se fait en sports et loisirs au monde: installations, terrains, gymnases, centres sportifs, pistes cyclables, sentiers pédestres, à motocross, à VTT, à skidoo, alouette. Y a même du monde qui marche en courant. Ou qui court en marchant, on sait pu!

Quant à l’économie, vu que Grey Rocks s’en occupe pas mal, ça va m’enlever une épine du pied!

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Pour embellir la ville et attirer le tourisme, faut se r’nipper!

Mon gros projet sera de reconstruire à l’identique le fameux bureau de poste, édifice patrimonial, coin des rues Canada et de l’Église, comme on l’a fait avec le Fortin du P’tit Sault, autre emblème historique ressuscité par la fierté indéfectible de la population. Le bureau de poste a été sacrifié pour une bâtisse qui fait peur aux touristes. Faut arrêter ça!

Ce nouveau «bureau de poste» deviendra une galerie d’art exposant en permanence le meilleur des œuvres d’artistes du Madawaska. Et le Musée historique aura une salle de spectacles de 350 places. Ça manque.

De plus, cette section de la rue Canada comprise entre la rue de l’Église et le pont Boucher sera transformée en une place piétonne, avec floralies et terrasses (parce que ça va attirer restaus, bars, citadins et touristes tout ça), pour créer, dans le Vieux-Edmundston, qui s’appellera officiellement ainsi, un espace de convivialité qui débouchera sur le site du festival de jazz, en rejoignant la rue du marché. C’est là qu’aura lieu la Fête-au-Pays, nouvelle appellation du Party du Parking.

Les devantures des vieux magasins qui bordent la rue retrouveront aussi leur lustre d’antan, histoire d’épousseter notre histoire. Et les trucks passeront ailleurs; c’est possible.

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Sur la rivière Madawaska, entre les ponts Fournier et Boucher, on installera un système de jets d’eau à effets multicolores (et même musicaux) qui feront la joie des citadins et des touristes (plus nombreux).

La foire Brayonne sera transformée en Foire des Nations, pour souligner le caractère original et international des trois frontières locales. Chaque année, un pays du monde sera l’invité d’honneur, afin de perpétuer le destin brayon qui a toujours été d’accueillir des gens en provenance de partout au monde.
Promis, on n’assassinera pas Monsieur Typique!

Bon faut que je m’arrête ici avec la politique, ma chronique est au bout du rouleau. Mais sachez, gens de par che-nous, qu’à cœur vaillant, rien n’est impossible! J’arrive!

Sur ce, BON POiSSON D’AVRiiiiiiiiiiiiL!!!

Han, Madame?