Les leçons du passé

Dans un article publié dans le Bulletin canadien de l’histoire médicale en 2007, la professeure Jane E. Jenkins de l’Université St. Thomas fait l’historique du développement de politiques publiques en matière de santé au Nouveau-Brunswick et plus particulièrement la création d’un ministère de la santé provincial. C’est le Dr Williams F. Roberts qui sera l’instigateur de la mise en place du premier ministère de la Santé au Canada et dans l’Empire britannique en 1918.

La volonté du Dr Roberts de doter la province d’un premier ministère de la Santé ayant du pouvoir et des ressources financières et humaines ne devait pas passer comme une lettre à la poste. Ses détracteurs seront très nombreux.

Dans un éditorial publié le 3 octobre 1918, le St. John Standard assure que l’épidémie de la grippe espagnole va disparaître aussi soudainement qu’elle est apparue. Et si par malchance elle devait se s’approcher de nous, tout ce qu’il faudra pour la combattre est une attitude positive et plein d’air frais et de soleil.

On croirait lire cent ans plus tôt les recettes magiques de Donald Trump pour enrayer la pandémie du coronavirus!

Pour faire avancer ses idées avant-gardistes en matière de santé publique, le Dr Roberts s’est tout d’abord fait élire comme député de Saint-Jean à l’Assemblée législative lors des élections de février 1917. Les libéraux dirigés par William E. Foster vont remporter une courte majorité pour former le nouveau gouvernement. Le Dr Roberts ne va pas perdre de temps et va convaincre ses collègues qu’un projet de loi soit déposé à la Chambre afin de créer un ministère de la Santé.

Les tordages de bras du caucus libéral et la menace de démission du député Roberts vont permettre l’adoption par une petite majorité du projet de loi le 26 avril 1918. Le ministère comptait seulement deux personnes, soit le Dr Roberts qui devient le premier ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick et le Dr George Melvin, médecin en chef de la province.

C’est avec très peu de ressources, mais une Loi sur la santé qui a des dents, que le Dr Roberts va à l’automne 1918 mener une bataille sans merci pour contrer la pandémie de la grippe espagnole qui commence à circuler comme une traînée de poudre dans la province.

La réponse du Dr Roberts est rapide et il n’hésite pas à fermer la province. Il ordonne le 9 octobre 1918 la fermeture de toutes les écoles, des cinémas et des églises de l’ensemble du Nouveau-Brunswick. Dans une deuxième ordonnance le 18 octobre, il interdit les rassemblements publics. Des annonces dans les journaux offrent des conseils à la population sur la manière de se comporter face à cette terrible épidémie.

Le Dr Roberts va rester de marbre devant les demandes d’exemptions formuler notamment par les leaders des églises. Nous sommes un siècle plus tôt à mille lieues du comportement irresponsable du gouverneur de Floride, Ron DeSantis, qui a décidé de permettre les offices religieux dans son État malgré la pandémie.