Samedi saint. Les apôtres se sont tous enfuis. Ils se sont cachés. Terrés. Confinés. Ils ont peur des Juifs. Ils ont aussi eu peur du regard moqueur des autres qui pourraient leur dire «Pas fort, votre Maître! Mourir de la sorte: comme un criminel!»

Notre expérience rejoint celle des apôtres. Nous sommes confinés. Nous sommes inquiets. Nous avons peur d’un virus. Peur aussi du regard désapprobateur des autres qui pourraient nous dénoncer si on sortait pour Pâques.

Les apôtres sont déçus de leur Maître qui aurait pu faire un geste d’éclat pour montrer sa puissance. On lui avait demandé d’ailleurs: «Si tu es le Messie, descends de la croix.» Mais il s’est laissé faire. C’est vraiment dommage pour eux.

Ils sont aussi déçus d’eux-mêmes, même s’ils n’osent pas se l’avouer. Dire qu’ils ont laissé leurs bateaux et leurs comptoirs pour cet homme. Ils ont tout laissé pour suivre un prophète qui a été jugé par les autorités pour recevoir la peine capitale, la crucifixion, comme sentence.

Nous aussi nous sommes déçus. Déçus du Maître qui semble dormir dans la barque alors que plusieurs périssent. Il pourrait faire un miracle et intervenir avec fracas pour éradiquer le virus. On aurait alors des preuves convaincantes pour montrer au monde que nous avions raison de mettre notre confiance en Lui. Mais Il garde silence.

Nous sommes aussi déçus de nous-mêmes. Comment avons-nous pu croire que nous étions les maîtres de l’univers et de nos vies? Voici qu’un virus, infime et invisible, vient bouleverser les fondements de nos sociétés et met au jour notre finitude humaine. Au point de nous faire trembler.

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Les Douze sont confinés. Au soir de Pâques, les consignes du début sont respectées: pas plus que dix! Judas est parti et Thomas est absent. Les portes sont verrouillées et ils se parlent à voix basse pour ne pas être remarqués. Ils essaient de se réconforter les uns les autres en se disant «ça va bien aller».

Et voici qu’Il vient. Dans leur joie, les disciples n’arrivent pas à y croire: serait-ce Lui? Dès qu’Il ouvre la bouche, ils reconnaissent sa voix. Mais surtout: son message! Il n’a qu’une chose à leur dire. Tout ce qu’il a voulu leur faire comprendre pendant qu’Il était avec eux, Il le résume avec un souhait. Trois années d’enseignement, de miracles, de témoignages, d’encouragements résumées avec cinq mots: «La paix soit avec vous.»

La paix, si essentielle pour avancer sereinement et se bâtir intérieurement. La paix avec soi-même: avec des pans de notre personnalité difficiles à assumer et notre histoire de relations troubles. Faire la paix avec les autres qui nous ont déçus et qui ne comprennent pas les motifs de nos actions. Trouver la paix qui fait marcher sereinement en dépit des épreuves de la vie. Vivre en paix avec Dieu, au lieu de combattre les institutions et les personnes qui le défigurent.

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À Pâques, Jésus fait don de sa paix. De quelle paix parle-t-Il?

Juste avant de mourir, Il avait dit «Je vous laisse la paix. Je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde.» Lorsque Jésus a prononcé ses paroles, il était en proie à la méchanceté.

Des violents se préparaient à venir le chercher et son âme est triste à mourir.

Alors que Jésus est entouré de conflits, Il dit «Je vous donne ma paix.» La paix peut donc se vivre même lorsqu’il y a des troubles autour de nous, des tourments en nous.

Humainement parlant, la paix dépend de circonstances favorables: un environnement sécure, un avenir désirable, un cercle d’amis fiables. La paix de Dieu quant à elle ne dépend pas uniquement des conditions externes. Elle peut se vivre même en période troublée. Elle vient de cette confiance d’être habité de la Présence du Ressuscité.

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Ce don de la paix est fait à chacun. Pour ne pas se laisser mener par les inquiétudes et la peur. Celle de tomber malade. De ne pas pouvoir payer toutes les factures. De ce qui pourrait arriver.

Cette part obscure en nous peut être éclairée. Elle n’a pas le dernier mot dans l’histoire de la résurrection. Chaque apparition vient rassurer.

Les anges disent aux femmes saisies de frayeur: «Soyez sans crainte.»

Jésus aussi dit aux disciples apeurés: «Soyez sans crainte. C’est bien moi.»

Ah! Si Pâques pouvait apporter ce cadeau. Si la paix n’était pas qu’un souhait du passé au Cénacle, mais une réalité pour transformer nos profondeurs. Si ce secret d’une paix possible, non parce qu’elle arrive au terme de nos efforts, mais parce qu’elle est accueillie comme un don, était révélé.

Si cela arrivait, Pâques ne serait pas vain. Pas plus que la mort! Ou le confinement!

La conversion de Pâques consiste à redécouvrir une Présence. Par sa résurrection, Dieu rappelle à chacun qu’il peut faire quelque chose pour la joie des autres.

Même si j’ai moins d’énergie qu’autrefois, même si je n’ai pas toutes les capacités que je voudrais, même si je ne suis pas dans les conditions idéales, je peux faire une différence.

Ensemble, nous sortirons un jour de nos tombeaux, pleinement vivants et heureux.

En veillant jusqu’à ce moment, Joyeuses Pâques!