Tout est relatif

Me revoici après ce qui aurait dû être le début de mes vacances! Vous l’aurez compris, je ne suis allée nulle part, j’ai défait mes valises, annulé tous nos plans et au lieu de chauffer mes rhumatismes au soleil de Malaga, je prends des Tylenol Arthrite. Désolée, découragée, oui, mais il y a pire.

La semaine dernière, j’étais en ligne à l’épicerie – à deux mètres du client le plus proche comme me l’ordonnait un représentant de sécurité très pointilleux – quand je me suis avisée que mon voisin était une vieille connaissance, Jam, un de ces Boat People arrivés à Terre-Neuve en 1979, après une errance de plusieurs mois en mer de Chine et en camp de réfugiés. À l’époque, il était le plus jeune réfugié de la province, 14 ans à peine. Avec sa femme, Kim, Vietnamienne et réfugiée elle aussi, ils ont depuis très bien réussi avec leur entreprise de couture.

Jam portait un très joli masque, sûrement cousu par son épouse. Le nez et la bouche enfouis dans mon foulard, je faisais triste mine à côté de lui. En attendant que sortent assez de gens pour que nous puissions entrer dans le magasin, nous avons discuté un peu. Nous étions d’ailleurs les seuls à mettre un peu de vie dans le couloir, les magasins sont devenus ces jours-ci plus lugubres que des salons funéraires. Mais, là n’est pas mon propos.

« Triste époque! » que je lui dis. Et Jam de sourire et de me répondre : « Oh, ce n’est pas grave, au Vietnam, durant la guerre, avec ma famille, on a passé un an enfermé dans une pièce. On cuisinait là, on mangeait et on dormait là tous ensemble. Ce qu’on vit tout de suite, ce n’est rien. C’est ce que j’explique à ma fille. »

Et vlan! c Count your blessings, dit l’Anglais. Une devise à appliquer en ces jours bien plus difficiles pour certains que pour d’autres.