J’abandonne (suite et fin)

Que de réactions à ma chronique de la semaine dernière sur mon abandon face à Radio-Canada! On m’a fait la leçon: «Il ne faut pas baisser les bras!», ce que j’ai trouvé amusant puisque cela fait plus de 30 ans que je m’acharne. Ce que j’abandonne c’est l’idée que Radio-Canada puisse, dans son état actuel, respecter son mandat journalistique (je ne parle pas du volet culturel de la société d’État, je vous laisse faire le parallèle).

Ce mandat est clair: Radio-Canada doit «être principalement et typiquement canadienne», «refléter la globalité canadienne et rendre compte de la diversité du pays tant au plan national qu’au niveau régional» et «contribuer au partage d’une conscience et d’une identité nationales». Cherchez l’erreur.

À chaque fois qu’on évoque l’orientation montréalo-québécoise de la salle des nouvelles nationales on nous répond:

  • Que les stations régionales répondent au mandat national
  • Que la salle des nouvelles est indépendante et n’a pas à justifier ses choix
  • Que la majorité des auditeurs sont au Québec et l’argent des publicitaires aussi.

D’un point de vue journalistique, ces justifications sont mensongères. Nos stations régionales n’ont pas seulement vocation de nous informer localement, mais aussi d’en informer le Canada afin de «contribuer au partage d’une conscience et d’une identité nationales».

Se faire accuser d’ingérence dans les choix journalistiques nationaux en demandant que les nouvelles reflètent la réalité canadienne, c’est encore plus offensant! La salle des nouvelles de Radio-Canada a un mandat canadien. Elle est entièrement libre de ses choix journalistiques dans ce cadre, mais quand elle ne s’adresse en priorité qu’aux Montréalais voire accessoirement aux Québécois, elle ne respecte pas son mandat. Enfin, je n’entrerai même pas dans la question du financement: aucune salle des nouvelles ne s’y arrête, puisque cela va à l’encontre même de l’indépendance journalistique.

C’est ce message qu’il faut aller porter au CRTC dont les audiences de renouvellement de licences sont reportées pour cause de virus. Allez-y seuls, en groupe, par lettre, par demande d’audition. Allez affirmer haut et fort que Radio-Canada ne contribue aucunement au partage d’une conscience et d’une identité nationales, plus grave encore qu’elle l’en empêche!

Pour ma part, je le répète, il faut que le service de nouvelles sorte du Québec ou, comme le suggérait un lecteur, que la société d’État se décentralise.