Le bilinguisme en option

Pandémie oblige, on est vite ramené à des questions de base: le pitoyable travail de Radio-Canada dans sa couverture «nationale» (je n’y reviens pas, j’ai dit ce que j’avais à dire!) et le caractère «facultatif» du bilinguisme au Canada.

50 ans de langues officielles et dès que survient une crise, on met le bilinguisme de côté pour cause d’urgence nationale, comme si deux langues sur pied d’égalité étaient un superflu qu’on ne peut se permettre que durant les beaux jours. Qui l’eût cru? Tout celui ou celle qui a déjà regardé la question de près.

Il y a au moins dix ans de cela, je me trouvais à l’aéroport d’Halifax et entamais la conversation avec un voyageur anglophone assis à côté de moi. Les annonces bilingues se succédant sur la nécessité de surveiller ses bagages et de ne pas fumer dans l’aéroport, le monsieur me fit remarquer, avec justesse, que les choses s’étaient améliorées dans cet aéroport très réticent au bilinguisme.

En effet, mais je soulignais tout de même qu’il s’agissait de messages enregistrés et d’une portée limitée. Le voyageur me trouva bien exigeante. Quelques minutes après, le ciel devint très noir et un orage électrique énorme s’abattit sur nous.

Les téléphones se mirent à sonner aux comptoirs d’embarquement, du personnel se mit à courir et puis, quelques minutes plus tard, un message en anglais nous annonça que personne ne devait sortir de l’aéroport, que les voyageurs prêts à débarquer resteraient dans leurs avions et les bagages aussi. «Attendons le message en français», dis-je alors à mon compagnon … Il ne vint jamais, ce qui me permit de lui demander ce que devaient faire les unilingues francophones dans l’aéroport. Suivre les anglophones en espérant qu’ils aillent dans la bonne direction?

Il en va de même avec l’étiquetage unilingue des produits de nettoyage en provenance des États-Unis. C’est dans l’urgence qu’il est essentiel que tout le monde comprenne que, quoiqu’en dise le clown de la Maison-Blanche, il ne fait pas bon boire une gorgée de Lysol.

Enfin, reste le test ultime: mettons que les produits de nettoyage soient venus de France au lieu des États-Unis, étiquetés en français uniquement: seraient-ils mis sur le marché canadien comme ça? Vous avez la réponse…