François Buote, errance et enracinement à l’Île-du-Prince-Édouard

François Buote n’avait que 15 ans quand survient la Déportation. Orphelin, il prend la fuite avec la famille de son oncle et sa tante vers Ristigouche, dans le nord du Nouveau-Brunswick actuel. Mais le groupe sera fait prisonnier. Après plusieurs années d’errance à Saint-Pierre et Miquelon, ainsi qu’en France, il finira par s’établir à l’Île-du-Prince-Édouard où le nom de Buote fera figure de pionnier dans l’enseignement, l’édition et la défense des droits des Acadiens.

François Buote est né en 1740. Son père, Pierre Buhot – cette façon d’écrire son nom cessera avec lui – était un Normand. Selon le père Yvon Léger, qui a écrit une histoire de la famille Buote, Pierre Buhot faisait partie de l’expédition du comte de Saint-Pierre, qui avait obtenu les droits de pêche autour de l’Île Saint-Jean (l’Île-du-Prince-Édouard), l’île Miscou et d’autres petites îles du golfe du Saint-Laurent.

Pierre Buhot ne restera pas longtemps à l’île Saint-Jean et ira s’établir dans la région de Beaubassin, où il épousera Madeleine Poirier, fille de Michel Poirier «dit de France». C’est là où naîtra François. Sa mère meurt peu après, peut-être en le mettant au monde, on l’ignore. Son père meurt alors qu’il est encore enfant. Il va habiter avec le frère de sa mère, René Poirier, et l’épouse de celui-ci, Anne Gaudet.

En 1755, alors que le fort Beauséjour tombe, tout bascule. Comme bien d’autres familles, celle de François Buote sera écartelée. Trois de ses sœurs aboutiront en France, dont deux à Bordeaux, après avoir été déportées en Georgie avec mari et enfants. Une autre se réfugiera près de Québec avec son mari canadien.

Quant à François, il prendra la direction du nord avec sa nouvelle famille. Sans doute vont-ils s’arrêter au «camp d’Espérance», à Miramichi, où tant d’Acadiens ont trouvé refuge. Mais on sait qu’ils gagnent Petite Rochelle (l’actuelle Campbellton) et seront sans doute présents, en juillet 1760, lors de la Bataille de la Ristigouche, le dernier affrontement naval entre la France et la Grande-Bretagne en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans.

En effet, un recensement effectué par Bagazier à l’automne 1760 relève la présence de René Poirier dans la région. L’année suivante, la famille fait tout probablement partie des nombreux habitants capturés par Roderick MacKenzie, commandant du fort Cumberland (fort Beauséjour), qui parcourait les côtes du nord du Nouveau-Brunswick à la recherche de réfugiés acadiens.

La probabilité de leur capture lors de ce fameux «raid MacKenzie» vient du fait que la famille de René Poirier figure dans une liste de 23 familles acadiennes prisonnières au fort Cumberland, en 1763. Lorsqu’elles seront libérées après la guerre de Sept Ans, plusieurs, dont celle de René Poirier, prendront le chemin de Saint-Pierre et Miquelon, seul territoire demeuré français en Amérique du Nord.

Ce nouveau refuge ne sera que de courte durée puisqu’en 1765, c’est un nouvel exil. La France décide alors de récupérer les Acadiens non pêcheurs présents dans l’archipel dont la population est jugée trop nombreuse. François Buote – souvent appelé France Buote – sera du nombre, avec sa tante Anne Gaudet, devenue veuve, et les enfants de celle-ci. Anne Gaudet mourra dans la région de La Rochelle, mais François reviendra à Saint-Pierre et Miquelon quelques années plus tard, alors que la France permettra un retour. Il se mariera avec Marie Belliveau, originaire de l’île Saint-Jean.

Puis, c’est un deuxième exil en France. L’historien Michel Poirier de Saint-Pierre et Miquelon cite un document indiquant que François Buote et sa famille ainsi que des membres de la famille de sa femme ont été emmenés dans la région de La Rochelle en 1778 et que François y était encore en 1781.

La famille Buote-Belliveau revient une autre fois à Saint-Pierre et Miquelon avant d’entreprendre le voyage vers leur dernière destination: l’Isle-Saint-Jean. Ce sera d’abord Rustico, puis Tignish.

Une lignée de Buote leaders et engagés

Parmi les enfants du couple, un se démarquera, soit François, surnommé Petouche. En 1815, l’abbé Jean-Louis Beaubien, missionnaire à l’Île, ouvre une école à Rustico. Il n’a pas de «maître» pour le seconder. Il écrit à son évêque qu’il prendra «un certain jeune homme que j’ai avec moi et qui sait bien lire et écrire et qui a quelques notions d’arithmétiques.»

Ce jeune homme, c’est François Buot fils. Il deviendra le premier enseignant acadien de l’Île-du-Prince-Édouard. En son honneur, la première école francophone de Charlottetown, ouverte en 1978, porte son nom.

François Buote fils épousera Victoire Gaudet. Le couple aura neuf enfants, dont Gilbert, qui sera lui aussi enseignant. Il sera également engagé dans les causes acadiennes, militant pour l’enseignement du français dans les écoles de l’Île et des manuels en français. En 1893, il fonde, appuyé de son fils François-Joseph, le premier journal de langue française de la province, l’Impartial, en adoptant la devise acadienne L’union fait la force.

Gilbert Buote sera également historien et généalogiste amateur et écrivain. Quant à Francois-Joseph, il poursuivra la tradition familiale et deviendra enseignant et travaillera comme typographe au Courrier des provinces maritimes à Bathurst. Il lancera même un périodique à Cap-Pelé. Il sera président de la Société nationale de l’Assomption et organisera la 7e Convention nationale acadienne à Tignish en 1913, quoiqu’avec plusieurs ratés.

La grande famille Buote comte aujourd’hui plusieurs membres à l’Île-du-Prince-Édouard et ailleurs avec, comme ancêtre commun le normand Pierre Buhot et son épouse Madeleine Poirier, ainsi que leur fils François et sa femme Marie Belliveau.