Une troisième guerre mondiale?

Plongé dans le confinement en raison de la pandémie de CVOD-19, le monde célébrait ce 8 mai la fin en Europe il y a 75 ans de la Seconde Guerre mondiale. Ce conflit horrible fit 60 millions de morts et laissa dans son sillage des pays profondément dévastés.

Sa fin rappelle dans l’imaginaire collectif mondial la victoire morale des Alliés sur le totalitarisme nazi. Cette victoire, ainsi que le rappellent certains médias, on la doit d’abord au courage des soldats russes qui s’étaient battus héroïquement à Stalingrad. Et à celui des soldats américains, anglais, canadiens et australiens, qui réussirent l’exploit du débarquement en Normandie.

On doit ensuite cette célébration au leadership exemplaire du Britannique Winston Churchill et du Français, le Général de Gaulle, ainsi qu’à la contribution de tous ceux qui refusèrent de plier devant le redoutable défi militaire des forces ennemies.

Pour toutes ces raisons, le 8 mai devrait être célébré aujourd’hui dans les limites des restrictions imposées par la crise sanitaire mondiale. Les festivités, fastueuses ou modestes, n’auront toutefois de sens que si elles rappellent aux élites dirigeantes mondiales que la véritable question inscrite à l’ordre du jour le 8 mai 1945 portait principalement sur l’avenir (et non le passé): «plus jamais».

C’est ce cri qui a mené à la création de l’organisation des Nations Unies au sortir de la guerre. Ainsi que le rappellent plusieurs analystes à l’occasion de ce 8 mai, cette organisation mondiale, bien que perfectible, a «permis aux peuples de se parler plutôt que de s’affronter, même au plus fort de la Guerre froide». Elle a également facilité la réconciliation des ennemis d’hier. La Communauté Européenne, née dans ce même esprit, en est sans doute l’exemple le plus convaincant.

Cet ordre mondial est cependant sérieusement menacé aujourd’hui. La principale menace vient de la difficulté de la Chine et des États-Unis à coopérer pour la fourniture des biens publics mondiaux. Les deux plus grandes économies mondiales, si longtemps liées au commerce et à l’investissement, semblent maintenant se diriger vers une nouvelle guerre froide, comme celle qui opposait les États-Unis et l’Union soviétique au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

On s’accorde en effet à reconnaître qu’il y a aujourd’hui moins de confiance entre les deux gouvernements qu’à aucun moment depuis la normalisation de leurs relations en 1979. Et, à l’approche des élections de novembre, la crainte en est que les risques d’incompréhension, d’erreur de calcul et de provocation ne s’intensifient des deux côtés.

À Pékin, les dirigeants deviennent de plus en plus en plus nerveux. Le 4 mai, l’agence de nouvelles Reuters rapportait qu’un groupe de réflexion sous la supervision du ministère chinois de la Sécurité d’État aurait récemment mis en garde les dirigeants chinois contre un risque élevé de guerre avec les États-Unis, à un moment où la Chine subit une réaction mondiale hostile jamais vue depuis le massacre de la place Tiananmen dans les années 1980.

Toujours début mai, un journal de Hong Kong rapportait qu’un stratège militaire chinois pourtant zélé se disait préoccupé devant la possibilité que certains en Chine n’envisagent d’exploiter le moment de faiblesse apparent des États-Unis pour par exemple tenter de réunifier par la force la province rebelle de Taiwan, ce qui entraînerait immanquablement des coûts stratégiques trop élevés.

Aux États-Unis, tandis que Donald Trump fait maintenant face à des critiques croissantes pour son échec à contenir la pandémie de coronavirus sur le territoire américain, les stratèges républicains ont l’air de croire qu’une rhétorique guerrière anti chinoise pourrait l’aider contre Joe Biden, son adversaire démocrate.

Une publicité payée par les alliés de Trump diffusée ces derniers jours dit ainsi: «Pour arrêter la Chine, vous devez arrêter Joe Biden». Une autre déclare: «La Chine tue nos emplois et, maintenant, tue notre peuple».

Pour sa part, Mike Pompeo, secrétaire d’État et inventeur de l’expression polémique «virus de Wuhan», twittait récemment que «la Chine a une histoire d’infecter le monde», expliquant ainsi la pandémie de COVID-19 par «les échecs dans un laboratoire chinois» à Wuhan.

Une théorie en relations internationales démontre que les problèmes intérieurs ont tendance à amener les élites dirigeantes à poursuivre des conflits internationaux, voire la guerre, comme un moyen de détourner les attentions nationales.

Aujourd’hui, même si la probabilité d’un conflit militaire entre la Chine et les États-Unis demeure heureusement faible, cette hypothèse devient de plus en plus crédible aux yeux d’un nombre croissant d’analystes. Le monde est-il à l’abri d’une troisième guerre mondiale?