Un déficit très ordinaire

La trajectoire du débat entre le gouvernement et l’opposition pour les prochains mois est à peu près tracée. Après la mise à jour financière de jeudi, il est on ne peut plus clair que le Parti libéral et le Parti vert feront subir une pression énorme au premier ministre Blaine Higgs pour qu’il dépense davantage afin de relancer l’économie de la province.

Dans les circonstances, les données économiques présentées par le ministre des Finances auraient pu être bien pires. En à peine deux mois, la pandémie de COVID-19 a transformé le surplus budgétaire prévu de 92 millions $ en un déficit anticipé de 300 millions $. On est loin du manque à gagner de plus d’un milliard de dollars auquel s’attendait récemment un analyste de la Banque Scotia.

Un déficit n’est jamais une raison de se réjouir, mais celui-ci n’est pas particulièrement exceptionnel. Au cours des 10 dernières années, le Nouveau-Brunswick a enregistré un déficit de plus de 300 millions $ à cinq reprises sans jamais faire face à une pandémie mondiale. Lorsqu’il était ministre des Finances, Blaine Higgs a d’ailleurs déposé trois budgets incluant des manques à gagner supérieurs à 300 millions $.

En temps normal, les déficits d’hier seraient une bien piètre excuse pour justifier le déficit d’aujourd’hui. Durant une pandémie, ils peuvent toutefois servir d’argument à ceux qui pensent qu’un déficit de cette taille n’est vraiment pas la fin du monde et que le Nouveau-Brunswick doit en faire plus pour aider ses citoyens et ses entreprises à traverser la crise.

De plus, la détérioration récente des finances de la province s’explique surtout par une baisse des revenus. Moins du quart de cette dégringolade est dû à l’augmentation des dépenses causée par la pandémie. Ses opposants accusent déjà le gouvernement Higgs de ne pas en faire assez pour aider ceux qui sont les plus durement touchés par la crise. Cet aspect de la mise à jour économique ne manquera pas les réconforter dans leur opinion.