À cause de l’absence de messes dans les églises, certains ont peut-être besoin de se faire rappeler où nous sommes rendus dans le calendrier liturgique. Sachez que demain, ce sera la fête de l’Ascension. Quarante jours après Pâques, le temps des apparitions du Ressuscité cesse. Ce sont désormais les disciples qui perpétuent le ministère du Christ dans le monde.

Depuis, l’ascension, ceux qui ont fait la rencontre du Christ en témoignent. Ainsi se poursuit de génération en génération la proposition de la foi. Cette fête est toute désignée pour réfléchir sur l’Église appelée à renaître, à l’instar de la nature en ce printemps, après des semaines de confinement.

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Lors d’une récente réunion de notre conseil presbytéral pour préparer l’ouverture éventuelle des églises, chaque curé a pu s’exprimer sur son vécu et celui de sa paroisse. Pour les prêtres aussi le confinement a été un défi! Du jour au lendemain, les agendas se sont vidés. Tout ce qui remplit habituellement les journées n’était plus possible: les sacrements, les visites et les messes dans les foyers de soins, les rencontres avec les familles endeuillées et les personnes en difficulté, les réunions, etc.

Tout a été annulé, alors que les paroisses préparaient les Jours saints.

Le confinement a provoqué chez les prêtres une introspection sur leur ministère: comment être signe du Christ dans ce monde?

Chacun a cherché des moyens pour s’adapter à l’inédit. Des initiatives ont permis à des paroisses de rester unies grâce aux moyens sociaux. D’autres ont redécouvert le bon vieux téléphone pour faire preuve de bienveillance mutuelle. Tous disent avoir été soutenus par la prière et par le désir (souvent comblé) de réconforter d’une manière nouvelle.

Lors de ce partage fécond, c’était unanime: rien ne sera plus comme avant! L’Église sera différente. Bien malin celui qui oserait dire qu’il sait ce qu’elle sera. Une chose est sûre: c’est le même Esprit qui va l’animer.

Pour ma part, voici les réalités sur lesquelles je vais me pencher au cours des prochains mois comme autant d’opportunités à saisir.

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Un défi s’annonce sur le plan liturgique après des mois de célébrations virtuelles avec des présidents qui célèbrent seuls (ou avec un nombre réduit de fidèles) et des gens qui assistent de l’autre côté d’un écran.

Le Concile Vatican II avait mis l’emphase sur des réalités liturgiques originelles, occultées pendant des siècles: la participation active des fidèles, la diversité des ministères, l’assemblée comme sujet de l’eucharistie.

Les liturgies des prochains mois seront dépouillées (pour respecter les consignes sanitaires). Simplifiées ainsi, elles peuvent faire ressortir l’essentiel de l’eucharistie; mais si elles deviennent la norme, elles peuvent conduire vers une perte des acquis fragiles du Concile.

L’éducation de la foi est aussi un dossier à privilégier. Plus que jamais, il me semble nécessaire d’encourager les initiatives qui favorisent une foi capable de se ressourcer à de nouveaux lieux.

Même privés de célébrations liturgiques pendant le temps pascal, des paroissiens me disent avoir grandi spirituellement lors du confinement. Ceux-ci se sont tournés vers des ressources qu’ils connaissaient ou qu’ils savaient disponibles: des médias qui diffusent la messe, des ressourcements et des retraites en ligne, des méthodes de prière (lectio divina, méditation, etc.).

Il y a peut-être plus important encore que des ressources à faire découvrir; c’est en puisant en eux que les chrétiens pourront grandir. À nous de faire connaître l’itinéraire.

Afin de ne pas ratisser trop large, je me limiterai à une dernière chose. Pour réussir les deux premiers défis (liturgie et catéchèse), nous avons besoin de ressources: des églises, des temps de formations, du personnel, etc.

Même en voulant rester modeste, il y a des coûts à tout cela. Les conseils de gestion auront besoin de trouver des moyens pour financer les paroisses. Le programme de dons préautorisés (préconisé par de plus en plus de diocèses) me semble adapté à la réalité de notre époque.

En Église comme ailleurs, des changements nous attendent au tournant.

Renée-Claude a encore le dernier mot cette semaine: «C’est le début d’un temps nouveau!»

Cette semaine…

Vérifié pourquoi les drapeaux de l’Université de Moncton (campus de Shippagan) avaient été placés en berne la fin de semaine dernière. C’est bien pour cela: à cause du décès de Mgr Gérard Dionne. Ami de l’Université, ce pasteur de l’Église d’Edmundston a su tisser des liens avec nombres d’institutions et d’organismes dans notre province. Il a toujours milité pour que l’Église ne soit pas confinée dans les sacristies. Poursuivre son œuvre, c’est lui rendre hommage.

Tempéré les craintes d’un paroissien qui doute voir les gens revenir à l’église après avoir vécu la messe dans le confort de leur foyer. Les Actes des Apôtres qui relatent la vie des premiers chrétiens le montrent bien: la foi a une dimension communautaire. C’est en allant vers l’autre, à la rencontre de l’assemblée dominicale, que nous allons vers Lui.

Lu le message de François pour le dimanche des communications sociales qui est souligné en ce dimanche de l’Ascension. Le pape met en valeur la narration qui nous inscrit dans une histoire. Les récits nous apprennent que le monde ne commence pas avec nous. Et François nous met en garde: «À une époque où la falsification devient de plus en plus sophistiquée, nous avons besoin de sagesse pour accueillir et créer de beaux, de vrais et de bons récits. Nous avons besoin de courage pour repousser ceux qui sont faux et mauvais.»

Ajouté une intention à la prière dominicale du 24 mai pour l’Église en Chine. Depuis 2007, le pape demande aux catholiques de s’unir aux fidèles chinois qui célèbrent Notre-Dame de Sheshan (en banlieue de Shanghai). Les croyants chinois subissent des pressions constantes et des contrôles fréquents de la part du régime. Notre impossibilité de se réunir en Église pendant le confinement nous fait communier à ce que d’autres vivent d’une manière quasi permanente.