L’horreur annoncée

On ne peut qu’être choqué par le rapport des Forces Armées canadiennes sur la situation actuelle dans nos foyers de soins, mais surpris? Non!

Quiconque a fréquenté ces résidences, surtout les plus grandes et celles qui s’occupent des personnes plus médicalisées, savent que la qualité des soins laisse souvent à désirer. J’en ai fait la pénible expérience à deux reprises – à Terre-Neuve et à Saint-Pierre et Miquelon – où malgré la bonne volonté des soignants, on savait bien que si nous n’étions pas là régulièrement à côté de notre père et de notre mère, les choses seraient plus compliquées: le repas ne serait qu’à moitié mangé ou pas du tout, la protection changée beaucoup plus tard que nécessaire, etc.

Au fil de ces années j’ai vu les services diminuer: de deux infirmières en poste de nuit, on passe à une, par exemple. Bien sûr, ça ne change pas grand-chose… Jusqu’au moment où deux ou trois personnes sont malades de nuit, ou jusqu’à ce que surgisse une épidémie!

En tant que citoyens et citoyennes, nous aurons beau crier que ces établissements sont mal gérés, qu’il faut se débarrasser des résidences privées au profit d’un service public, rien ne cachera la réalité.

La réalité c’est que nous ne pouvons et, dans certains cas, ne voulons plus, nous occuper de nos aînés; que nous préférons les confier à des institutions dont nous attendons le meilleur tout en ne voulant pas payer plus qu’il faut, que ce soit dans une résidence publique ou privée. La réalité c’est aussi qu’en tant que contribuables nous sommes obsédés par le besoin de «coupe», sans considérer les retombées: couper dans le personnel, dans les services, sans jamais augmenter les salaires de ceux et celles qu’aujourd’hui on appelle des héros et qu’hier nous ignorions.

La pandémie nous a ouvert les yeux sur la situation et sur nos manquements collectifs. En tant qu’enfant, citoyenne ou électeur, il nous appartient aujourd’hui de prendre nos responsabilités et de mieux faire.